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    La polémique Netflix rebondit aux Oscars
    Par Guillaume Nicolas (@gehenne) — 26 févr. 2019 à 18:01
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    Décidément le cinéma gronde contre Netflix. Si le géant du streaming peut se féliciter de la victoire d’Alfonso Cuaron pour Roma, ce n’est pas le cas des exploitants qui accuse Netflix d’avoir acheté les victoires et les Oscars de s’être dévalués.

    Netflix

    Dans les années 80, Jean-Luc Godard annonçait tragiquement « le cinéma est mort ». En 2007, Peter Greenaway lors du festival de Pusan, avançait un diagnostic similaire : « La date de la mort du cinéma est le 31 septembre 1983, quand la télécommande s'est répandue dans les salons ». 2019, Detlef Rossmann, président de la Confédération internationale des cinémas d'art et d'essai (CICAE), accuse les Oscars de s’être dévalués en offrant autant de récompenses à Roma d’Alfonso Cuaron. Ce n’est plus la mort du cinéma mais la mort des cinémas.

    Après Cannes, c’est au tour des Oscars de soulever la polémique avec Netflix. Film ou pas film ? La question sonne déjà comme une vieille rengaine et ne manque pas d’inspirer différents acteurs, du CICAE à l’AFCAE (association française des cinémas d’art et essai), qui s’est exprimée, à travers son président François Aymé, dans l’édito du Courrier Art & Essai de janvier. On reproche au géant du streaming de limiter l’exploitation des ses productions à un unique circuit en ligne au détriment des salles de cinéma, et d’avoir mené une campagne massive pour cette édition 2019, d’où la célébration autour de Roma.

    Pour Tim Richards, PDG de la chaîne de cinémas anglaise Vue International : « Netflix ne devrait pas sous-estimer la valeur et l’impact d’une sortie en salle pour ses propres productions et nous espérons qu’il reste ouvert à la discussion sur comment atteindre une plus large audience à l’avenir avec les exploitants ». Une tentative de conciliation que ne semble pas prêt à adopter tout le monde. Christian Brauer, de l’association des exploitants allemands, AG Kino est plus vindicatif : « Évidemment, Netflix se fichait de Roma, il voulait seulement se servir des Oscars comme un moyen de promouvoir leur marque. Et d’essayer de passer en force leur stratégie qui met à l’écart le circuit des salles ».

    Malgré tout, la voix des exploitants n’est pas uniforme et certains, comme Jason Chae, PDG du distributeur indépendant coréen Mirovision ne voit pas le géant du streaming d’un mauvais oeil : « Netflix a permis à des films plus petits et expérimentaux d’atteindre une large audience et sur d’autres territoires. J’ai personnellement été content de pouvoir trouver un film que j’avais manqué à Sundance et qui était disponible sur Netflix. Les modes de consommation évoluent et il est peut être temps que l’industrie évolue aussi ».

    La croissance exponentielle de Netflix fait peur. Son implantation dans le monde l’impose comme un acteur fondamental dans la diffusion des films comme des séries. On pourra effectivement féliciter Netflix d’avoir permis à Roma d’exister, d’offrir de la visibilité à des oeuvres qui en auraient manqués, de permettre la diffusion à grande échelle, à moindre coût. Netflix est entré dans le langage courant. On ne dit plus « qu’est ce qu’il y a à la télé ? » mais « y a quoi sur Netflix ? ». Pour l’instant, on dit toujours que l’on va au cinéma. Les exploitants de salles d’art et essaie, qui n’ont pas les reins aussi solides que les multiplexe craignent un changement de paradigme. On peut entendre cette peur.

    Ecoutez le podcast du débrief des Oscars et César d'Allociné :

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    Commentaires
    • Bacta142 (bis)
      C'est un Netfilm. ;)
    • Marthi
      Franchement, vu la qualité et la démarche du cinéaste, on ne peut pas considérer le film comme un téléfilm à mon avis.
    • Marthi
      La vraie question, c'est effectivement de savoir comment l'industrie du film va s'adapter à ce nouveau cinéma à la maison. Personnellement, je suis très heureux de découvrir des films que je ne payerai pas une fortune vu le prix du ticket. Roma en fait partie, je n'aurais jamais payé plus de 10€ pour aller le voir au ciné. Je vous rassure, je n'ai aucune envie de payer pour nos films français sauf certains à grands spectacles ou beaux décors. C'est plutôt bien résumé en fin d'article, la consommation de vidéo et de cinéma évolue. On fait du cinéma quand on a la bonne démarche avant de filmer, pas parce qu'on le diffuse en salles selon moi. Le cinéma ne meurt pas, il change de visage.
    • tueurnain
      Oui voilà, à Cannes notamment….
    • CreedTime
      Il n’est pas sorti au cinéma en France me semble-t-il
    • CreedTime
      De une, merci de me traiter d'idiot, ça fait toujours plaisir. rien ne permet d'affirmer qu'une diffusion également en salles n'apporterait pas autant (sinon plus) de revenus à la boîte de prod Vous en conviendrez donc que rien ne permet d'affirmer le contraire non plus ? Des millions de gens qui vont voir un film au cinéma, ce sont des millions de gens qui ne le verront pas sur la plate-forme. S'il ne vont pas le voir sur la plate-forme, à quoi sert la plate-forme ? C'est le contenu original qui a permis à Netflix de grandir et de prospérer aujourd'hui jusqu'à devenir l'un des plus gros investisseurs dans la création de contenu audiovisuel. Supprimez ça, et je suis à peu près certain que la moitié des abonnés se désengagent. C'est un mode de diffusion exclusif oui, et donc ? Sortir un film au cinéma, ce n'est pas un mode de diffusion exclusif ? Fondamentalement ce qui me chagrine personnellement dans le progrès exponentiel de Netflix sur les parts de marché, c'est que l'on y perd le côté social (au sens noble du terme) qu'apporte la salle de cinéma. Ainsi que l'effet véritable de spectacle qu'apporte certains films en étant diffusés sur un écran large.De deux, bien sûr qu'il n'y a pas que les blockbusters au cinéma, et heureusement. Mais ce qui lui fait du tord, ce n'est pas Netflix, car Netflix promeut aussi ce genre de projet. Ce qui fait du tord à ce type de cinéma c'est une nouvelle fois l'industrie d'exploitation de film en cinéma qui centralise de plus en plus la diffusion d'oeuvre au sein de multiplexes qui deviennent en quelques sortes des grosses entreprises avec des coûts de fonctionnement exorbitant et donc qui privilégient la course aux profits rapides avec des œuvres calibrées pour plaire au plus grands nombres et permettre un retour sur investissement rapide. Ce n'est plus ni moins qu'un schéma économique qui a structurer (bien malheureusement je trouve) bien d'autres secteurs avant la culture. Regardez par exemple le secteur alimentaire...Et puis Netflix n'est pas la seule plateforme dans son genre. Hulu, Amazon Prime, bientôt Disney+ et Apple,...Autant de plateforme qui moi me font penser au schéma des studios hollywoodiens du début du 20ème siècle. Un schéma où la production d’œuvres de cinéma était phagocyter (pour reprendre votre terme) à l'extrême. Ce qui fâche en fait cette industrie c'est le passage d'un statut de quasi-monopole à un statut d'ouverture de concurrence. Quand il s'agit de passer d'une production argentique à une production numérique en jetant quasi à la rue tout un pan entier de l'industrie technique (adieux laboratoires photo-chimiques, équipes de montage pellicule, télécinéma, projectionnistes,...) là, pas de problèmes. Mais que l'on vienne toucher à leur porte-feuilles et là, c'est une levée de bouclier unanime. Le vrai problème pour eux, il est d'ordre financier, la pluralité de la production d’œuvres de cinéma, cela fait belle lurette qu'ils s'en contre-fichent.Alors oui, du coup et bien ce sont les petits qui payent les pots cassés. C'est bien dommage. Mais malheureusement la vie nous rappelle chaque jour que c'est comme ça, même si ça ne devrait pas l'être.
    • Bacta142 (bis)
      En tout cas en France, je ne l'ai vu dans aucune salle.
    • Hunnam29
      Ouais... A Cannes notamment ? Quand Okja est arrivé là-bas, c'était la foire. Il n'était pas question pour le jury de le récompenser. C'est vrai que cette notion de vrai cinéma est bête. Un film comme Roma vaut largement pleins de trucs navrants qui sortent dans les salles quasi chaque semaine. C'est juste une question d'égo de puriste à la noix. Mais bon, quand Scorcese sortira ses films sur Netflix, et encore d'autres grands réalisateurs derrière, ils reviendront petit-à-petit sur leur propos. Surtout si les films sont grandioses. Chaque évolution technologique commence par un refus d'une partie de la communauté, mais fini toujours par être accepté.
    • tueurnain
      Je disait ça en me rappelant le discours de certaines personne en France qui disait que Netflix ne faisait pas du vrai cinéma...
    • Hunnam29
      C'est pas le cinéma français qui lui aurait financé son film de toute façon. Plutôt des producteurs mexicains/américains. Donc bon, pas grand chose à voir avec ce que tu dis. Tu dois parler des distributeurs j'imagine. Mais s'il n'est pas au ciné aux USA, il ne le sera logiquement pas chez nous. Netflix empêcherait des sorties en salle de toute façon.
    • -Nomade-
      On est bien d'accord avec le fait qu'Hollywood se gourre dans les grandes largeurs avec sa frilosité de production, qui l'attire vers les blockbusters à très haute rentabilité en négligeant le reste.De ce point de vue, Netflix n'a fait que reprendre la main sur une situation que d'autres prods avaient délaissées.Seulement : de un, la production au cinoche, ce n'est pas QUE les blockbusters hollywoodiens ou Netflix... Il existe (dieu merci !) encore un cinéma plus indépendant ou auteuriste, y compris aux USA évidemment, et Netflix lui fait du tord également.Car le problème de Netflix, c'est qu'on se retrouve avec UNE plate-forme qui phagocyte le reste. Le choix de ce qui sera produit ou non, diffusé ou non, n'appartient plus qu'à une seule boîte. C'est très mal...Et deuxièmement, encore une fois, Netflix ce n'est pas qu'un mode de production novateur. C'est un mode de diffusion exclusif, et la nuance est importante.L'argument de la perte financière sur d'éventuelles sorties en salle est idiot : rien ne permet d'affirmer qu'une diffusion également en salles n'apporterait pas autant (sinon plus) de revenus à la boîte de prod, et rien n'empêche non plus de prévoir des accords pour des délais de diffusion en salle.
    • CreedTime
      Il n'est plus diffusé que sur Netflix maintenant.
    • CreedTime
      C'est donc un film, pas un téléfilm vous en conviendrez !?
    • tueurnain
      Oui, le grand cinéma français surtout: les nouvelles aventures d'Aladin, qu'est-ce qu'on a fait au bon dieux, les tuches etc.C'est sur que tout ça c'est tellement mieux que le film de Cuaron……………….
    • tueurnain
      En même temps; le premier film sortit au cinéma en France de Steven Spielberg (Duel en 1971) était un téléfilm, mais comme il était de qualité les producteurs l'ont sortit sur grand écran en Europe.Donc, déjà à l'époque (presque 50 ans) se posait la question: film ou téléfilm???
    • Hunnam29
      Il est en effet là le soucis. Hollywood n'ose plus se mouiller... Pourquoi aller financer un Roma qui ne rapportera rien, là où tu peux aller filmer de la soupe à 200 millions qui va rapporter plus d'un milliard de recettes ?Les réalisateurs de la trempe de Cuaron, Scorcese, Joon-Ho & d'autres ne se rabattent pas sur Netflix pour le plaisir ou par pure conviction, mais bel et bien pour une certaine liberté artistique. Et quand t'as autant de réalisateurs qui te filent entre les doigts, tu te remets un minimum en question quoi.Après, ça reste des grands réalisateurs et du grand cinéma parfois. Netflix ou pas, c'est de l'Art. Donc encore heureux que Roma repart avec des statuettes malgré que ce soit un film Netflix. C'est juste dommage pour nous de ne pas avoir pu le découvrir sur grand écran... MAIS, et c'est un énorme mais, on aurait peut être jamais eu ce film tout court sans cette plateforme. Donc encore une fois, la faute revient entièrement à Hollywood. C'est d'autant plus hallucinant que Cuaron a apporté le gros succès Gravity à la Warner, et qu'après il est obligé d'aller chercher Netflix pour financer son nouveau film.
    • Nickonik
      Oui mais il a été diffusé seulement dans 3 salles en Amérique justement pour pouvoir être au oscars sinon il n’aurait pas pu concourir et il ne sera pas diffusé en France au cinéma
    • Lucas J
      ce n'est pas Netflix qui tu le cinéma c'est le cinéma qui se tue lui même car la semaine dernière j'ai dû débourser plus de 20€ pour aller voir un film de 1h30 avec ma compagne alors que sur Netflix je peux voir plusieurs films et séries en nouveautés pour 10€ par mois
    • CreedTime
      Oui enfin bon, Cuaron a aussi sûrement choisi Netflix comme diffuseur parce que les grandes majors n’ont pas voulu se mouiller sur un projet comme « Roma ». Donc la faute à la base, elle est là. Netflix est une devenue une énorme machine qui économiquement se suiciderai (un peu) en proposant un mode de diffusion beaucoup moins rentable pour elle qu’est la salle de cinéma. Netflix ça fait 20 ans que ça existe, l’industrie cinématographique (et de distribution surtout) devait bien se gausser à l’époque devant cette société. Cette industrie cinématographique, elle a eu le temps de s’adapter, de se structurer, de créer des partenariats en 20 ans, mais non, devant sa condescendance envers la VOD, elle se retrouve maintenant à pleurnicher. Netflix ne doit rien à cette industrie. Ces Oscars 2019 devraient être riches d’enseignement... mais non, encore une fois les exploitants pleurnichent et maugréent plutôt que de se remettre en question. Le problème c’est pas eux, c’est les autres... Peut-être que si l’industrie arrêtait de financer autant de mastodonte à 200 millions et la création de cinéma multiplexes, peut-être que les talents reviendraient et que les gens iraient dans une salle près de chez eux plutôt que de devoir faire 20-30km en voiture pour aller voir des films formatés ?!
    • Bacta142 (bis)
      Il est donc diffusé en salles? Où ça? Seulement aux Etats-Unis ou aussi en France?
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