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Nip/Tuck sur Warner TV : retour sur une série décadente et unique !
Par Guillaume Nicolas (@gehenne) — 5 mai 2019 à 12:00
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Dès le 5 mai, Warner TV diffuse l’intégralité de Nip/Tuck, la série qui a révélé Ryan Murphy au monde. Tout était déjà là : un penchant pour les extrêmes, une envie de bousculer la morale et le puritanisme américains.

Warner Bros.

Avant American Horror Story, PoseGlee ou 9-1-1 et en attendant The Politician et ses nombreuses séries à venir pour Netflix, il y a eu Nip/Tuck. Si cette série médicale singulière n’est pas la première création de Ryan Murphy (il y a eu Popular juste avant), c’est bien elle qui a révélé l’auteur au monde. Aujourd’hui, il figure parmi les producteurs les plus puissants d’Hollywood (avec Shonda Rhimes et Greg Berlanti). Une chose impensable tant l’auteur n’aime rien mieux que de bousculer les lignes, provoquer la morale, s’amuser du puritanisme américain en osant aller toujours plus loin dans l’inconfort, les paradoxes, l’horreur. Une attitude punk jusqu’au-boutiste un peu gratuite parfois. A l’image de ses séries. A l’image de Nip/Tuck dont l’intégrale débute dimanche 5 mai sur Warner TV.

Flash-back sur cette série qui n’était déjà pas tout à fait comme les autres au moment de sa diffusion et qui l’est demeurée bien après.

Warner Bros.


Grandeur et Décadence

Nip/Tuck est symptomatique des oeuvres de Ryan Murphy. Elle vit des grandes heures, vole un peu trop près du soleil et chute. Lancée en grandes pompes sur la modeste (à l’époque) FX en 2003, la série arrive comme un chien dans un jeu de quilles. Son cocktail de sexe et de trash a rapidement capté l’attention des américains. Ils sont même séduits, ce qui en dit long sur leur perversité ! Nous sommes en plein été et 3.7 millions de spectateurs s’amoncellent pour découvrir deux chirurgiens plastiques de Miami. Ils seront 3.3 millions en moyenne à revenir chaque semaine et 3.8 millions l’année suivante.

Le succès se confirme alors en saison 3 qui pointe à 3.9 millions en moyenne avec des pics d’audience à 5.7 millions. Le public américain est conquis par les aventures des plasticiens immoraux dans un monde où les apparences comptent avant tout. La quatrième saison se montre aussi victorieuse avec une moyenne similaire et un season premiere s’élevant à 4.8 millions de spectateurs. Pourtant, c’est sans crainte qu’elle affronte la période plus compétitive de septembre. Nip/Tuck est une valeur qui compte dans le paysage télévisuel américain.

Seulement tous les rêves ont une fin et le voyage entame sa sortie de route l’année suivante. Symboliquement, cette déchéance est marquée par le déménagement des deux héros, quittant le climat moite de la Floride pour celui tout aussi ensoleillé mais sec de la Californie. Au rayon du culte de l’apparence, Los Angeles n’a rien à envier à Miami mais l’esprit n’y est plus, le public se lasse, même les auteurs semblent moins inspirés. C’est un peu ça, les séries de Ryan Murphy. Une première partie où tout est rose entre le public et sa création. Puis un désintérêt progressif. Le producteur lui-même semble passer à autre chose, imaginant certainement son futur programme et comment il pourrait à nouveau bousculer les codes de la télévision américaine.

Car une chose que l’on ne pourra jamais enlever à Nip/Tuck c’est son goût de la surenchère, de la décadence, de l’immoralité ; sa façon bien singulière de brutaliser une amérique persuadée que l’image est reine ; sa volonté manifeste de toujours aller plus loin, trop loin, tout le temps.

Warner Bros.


La reine du trash

Pour Ryan Murphy : « La clé du succès à la télévision est de faire des choses que personne n'a jamais faites ». Et se diriger dans les extrêmes est probablement la route la plus courte pour poser les pieds là où personne n’a osé aller. Alors Nip/Tuck semble prendre les tabous d’une amérique puritaine un par un pour les briser avec le sourire espiègle des sales gosses. Une jolie panoplie de déviances (inceste, zoophilie,...) emballée avec un goût assumé et volontaire pour le bling bling. Rien n’est plus glauque que cette esthétique léchée, venue tutoyer les endroits les plus sombres de l’âme humaine. C’est chic, un peu vide, volontier ostentatoire et gratuit mais avec toujours cette fascination pour le dégoût, ce que l’être humain peut avoir de plus abject.

« Dites-moi ce que vous n’aimez pas chez vous ». On corrige les corps mais la psychologie malade des personnages, on n’y touche pas !

Nip/Tuck a fait parti de ces séries que le journaliste américain Brett Martin a englobé sous le terme des Héros Tourmentés. Et côté tourments, il n’y a pas un personnage pour rattraper l’autre. Christian, Sean, Matt, autant d’exemples de gens malades, torturés, s’enfonçant parmi la lie de l’humanité. Ils forcent des femmes à coucher un sac sur la tête (elle est jugée « pas belle »), rouent de coups une petite amie transgenre, couchent avec sa soeur,... le sexe et les apparences sont plus que jamais liés dans la série. Ryan Murphy s’amuse de la monstruosité des corps et de l’esprit. Quand un personnage baise avec une cul-de-jatte, ce n’est pas tendre ou décalé, cela provoque le malaise. Nip/Tuck multiplie les triolismes, faisant participer une mère et sa fille, une frère et sa soeur. Le sexe est rarement érotique mais figure le plus souvent perversité et pouvoir. A l’image de la série.

Enfin il n’y a pas que le sexe dans la vie et Nip/Tuck, en plus du soap trash tel qu’elle se définit, est aussi (surtout ?) une série médicale. Aucun cas n’est gratuit et tous viennent plus ou moins souligner les états d’âmes des personnages principaux. Cela dit, on se souviendra peut-être des plus événementiels et dégueulasses que les plus plus subtils. Surtout, la série montre les opérations telles qu’on peut les imaginer : sales, gores où la chair est martyrisée avant d’être magnifiée. Mais le plus souvent, les actes médicaux montrent une Amérique dont le culte du corps devient névrotique. Rares sont les opérations réparatrices (à quelques notables exceptions), non, la série préfère montrer les lubies fantasques de gens qui pensent (ou voient) leur corps comme une matière à corriger ou améliorer. Nip/Tuck, c’est Pimp my ride, seulement l’être a remplacé la voiture.

Warner Bros.


Une bonne compagnie

Succès oblige et réputation sulfureuse, Nip/Tuck a attiré du beau monde : Catherine Deneuve dans le rôle d’une riche veuve souhaitant se faire implanter les cendres de son mari dans les seins. Il faudra également compter avec Jacqueline BissetLarry Hagman (J.R. de Dallas), Donna Mills et Joan Van Ark (Côte Ouest), Melissa Gilbert (vous ne verrez plus jamais Laura Ingalls de La Petite Maison dans la Prairie comme avant), Richard Chamberlain (Les Oiseaux se cachent pour mourir), Melanie Griffith (Lolita), Katee Sackhoff (Battlestar Galactica, version 2003) remplacée par Rose McGowan (Scream, Charmed), Rebecca Gayheart (la petite amie tragiquement tuée de Dylan dans Beverly Hills), Jennifer Coolidge (La Revanche d’une Blonde).

Sont également venus faire quelques apparitions une tête qui n’était pas encore aussi connu qu’aujourd’hui : Bradley Cooper et les plus aguerris Alec Baldwin, Anne HecheBrooke Shield et enfin la chanteuse Alanis Morissette ! Tous sont ainsi venus se mesurer au spectacle macabre de Ryan Murphy, osant pour la plupart jouer avec leur image et s’aventurer dans des rôles qui ne les mettaient rarement en valeur.

L’histoire des séries semblent avoir un peu oubliée Nip/Tuck au fil des ans, se rappelant davantage sa déchéance et combien les dernières saisons étaient peu inspirées que les soubresauts qu’elle a pu imposer à la télévision américaine. Une forme d’amnésie qui frappe FX, qui a également mis à l’antenne une autre grande série importante du début des années 2000 : The Shield. Aujourd’hui, on a tendance à résumer le câble américain avec HBO et ce fameux âge d’or évoquée par Oz, The SopranosThe Wire ou Six Feet Under. Pourtant, que ce soit avec le récit policier de Shawn Ryan et le déviant show médical de Ryan Murphy, sur cette petite chaîne du câble basique, s’est également jouée l’Histoire sérielle. La série n’est pas très vieille mais elle semble déjà faire partie des murs. Ceux que l’on voit mais que l’on ne regarde plus. Cette rediffusion est peut-être l’occasion de se faire une piqûre de rappel.

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