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    Catch-22 sur Canal+ : que vaut cette nouvelle mini-série de et avec George Clooney ?

    Nouvelle adaptation du roman de Joseph Heller, Catch-22 explore avec ironie le fonctionnement kafkaesque du règlement militaire.

    Philippe Antonello/Hulu

    De quoi ça parle ?

    Adaptation du roman de Joseph Heller, catch-22 raconte l’histoire d’une escadrille d’aviateurs basé sur une petite île d’Italie durant la seconde guerre mondiale. L’un d’eux, John Yossarian, dit Yoyo, va alors tout tenter pour se faire passer pour fou afin d’éviter des missions supplémentaires.

    A quoi ça ressemble ?

    C’est avec qui ?

    Beau casting pour cette mini série produite et en partie réalisée par George Clooney qui fait également une apparition dans le premier épisode. A ses côtés, figurent les vétérans de la télévision Hugh Laurie (Dr House) et Kyle Chandler (Demain à la Une, Friday Night Lights) respectivement dans les rôles du Major de Coverley et du Colonel Cathcart. Sous leurs ordres, on peut retrouver Christopher Abbott (First Man, Girls) incarnant le désespéré John « Yoyo » Yossarian ; Lewis Pullman (Top Gun : Maverick) qui joue Major Major ou encore Graham Patrick Martin (The Good Doctor, Major Crimes) dans le rôle d’Orr.

    Ça vaut le coup d’oeil ?

    L’absurdité de la guerre ou l’absurdité de l’armée ? Il est parfois difficile de départager les deux. C’est ce qu’illustre cette nouvelle adaptation du roman de Joseph Heller après le film de Mike Nichols sorti en 1970. L’occasion de scruter la juridiction kafkaesque de l’autorité militaire à travers le portrait d’un jeune bombardier, dans une satire mordante. Pacifiste sans naïveté, Catch-22 pourrait être le pendant comique du Generation Kill de David Simon.

    Une comédie dans le milieu militaire, on pense évidemment à M.A.S.H. et son hôpital (le titre de la série signifiant Mobile Army Surgical Hospital). Diffusée aux Etats-Unis entre 1972 et 1983, la création de Larry Gelbart oscillait entre le rire et le drame avec un sens aigu du timing. Quelque chose que l’on retrouve dans les deux premiers épisodes de cette mini-série qui en compte six. Un traitement de l’humour par l’absurde, illustrant la bêtise humaine et le sadisme de l’institution militaire. Le fameux article 22 du titre correspond à une section du règlement intérieur de la base qui stipule que « quiconque veut se faire dispenser d'aller au feu n'est pas réellement fou ». Autrement dit, si vous émettez la crainte d’aller au front, vous êtes considéré comme sain d’esprit et donc apte à aller combattre. Et si vous ne dites rien… vous devez combattre. Joli pirouette bureaucratique (et un délicieux dialogue non-sensique).

    La série va alors flirter avec l’humour absurde, le drame sous-jacent et la chronique. Parce qu’il y a toujours la menace de mourir, la peur d’aller au front, le décompte des sessions de bombardements qui repousse sans cesse et donne l’impression d’être sisyphe. La cruauté du système militaire, son inhumanité poussée à un niveau presque comique, souligné par le jeu tout en finesse outrancière de Kyle Chandler qui troque ainsi ses speechs si inspirants de Friday Night Lights pour d'autres plus bêtes que méchants. On pense forcément à Generation Kill qui racontait le quotidien d’une équipe d’éclaireurs en 2003 pendant l’invasion de l’Irak. L’armée devenait un théâtre ridicule aux commandants un peu idiots qui pourraient faire franchement rire s’ils n’étaient pas à des postes où les responsabilités sont si importantes. Catch-22 brasse ainsi des considérations similaires en appuyant sur la touche comique pour donner de la légèreté à la réflexion.

    Tout comme Veep qui s’est achevée la semaine dernière sur HBOCatch-22 entend user du rire comme d’une soupape à l’aspect parfois pesant du propos. Comme pour rappeler que l’intelligence ne se mesure pas au sérieux de la démarche mais à la compréhension du problème et aux outils déployés pour amener son audience à réfléchir par lui-même. Jamais sentencieuse ou donneuse de leçon, Catch-22 s’amuse, émeut quand il le faut, peste face aux injustices contractuelles ou tourne en ridicule la rigidité du corps militaire. Surtout, la série évite d’être simplement bête et méchante, il y a toujours, même dans ses moqueries les plus frontales, du fond derrière.

    Finalement, la plus grande interrogation que l’on pouvait se poser relevait de la pertinence. Avait-on besoin d’une nouvelle adaptation ? Explorer le fonctionnement de l’armée américaine durant la seconde guerre mondiale fait-il toujours sens ? A une époque où Hollywood reproduit à la chaîne franchises et remakes/reboots, s’agit-il de faire partie du phénomène ou de tirer son épingle du jeu ? Seconde réponse mon commandant ! Catch-22, nouvelle illustration que le passé est toujours capable d’éclairer notre présent.

    La série est diffusée à partir du 23 mai sur Canal+

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