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    Attaques à l'acide : comment le film Dirty God a choisi une actrice réellement brûlée
    Laurent Schenck
    Laurent Schenck
    -Journaliste rédacteur base de données
    Passionné par les films qui traitent de la criminalité au sens large, Laurent Schenck travaille sur la base de données cinéma du site. Ses missions sont les suivantes : la rédaction de biographies et secrets de tournage, l'enrichissement de castings/fiches techniques et la revue de presse.

    A l'occasion de la sortie de "Dirty God" réalisé par Sacha Polak, focus sur ce film coup de poing dans lequel une jeune femme cherche à se reconstruire après une attaque à l'acide.

    En salles aujourd'hui, Dirty God suit le parcours de Jade, une jeune mère que son ex a défigurée à l'acide. A la violence de cette histoire, succède désormais celle du regard des autres. Pour ne pas couler, elle n'a d'autre choix que de s'accepter, réapprendre à sourire et à aimer. A l'occasion de la sortie de ce film choc, focus sur la naissance du projet, le choix de son actrice principale et la thématique des attaques à l'acide, qui connaissent une hausse inquiétante depuis quelques années.

    The jokers

    NAISSANCE DE CE PROJET AU SUJET DIFFICILE

    Troisième film réalisé par Sacha Polak, Dirty God met en lumière un type de criminalité plutôt méconnu : les attaques à l’acide, dont le nombre ne cesse d'augmenter depuis une dizaine d'années en Europe et surtout en Grande-Bretagne. La réalisatrice a eu l’idée de faire un long métrage centré sur ce sujet lorsqu'elle a vu, il y a plusieurs années, une femme portant des marques de brûlures au visage. Elle se rappelle de cet élément déclencheur :

    "Tout le monde la dévisageait. Vous ne pouvez pas oublier votre blessure, parce que les gens vous regardent en permanence. Au cours de mes recherches, j’ai parlé à plusieurs femmes différentes qui avaient été brûlées lors d’attaques à l’acide. A ce moment, quelques cas étaient connus du grand public, comme l’attaque à l’acide sur le modèle Katie Piper, mais le phénomène a explosé ces dernières années en Grande-Bretagne."

    Sacha Polak a alors contacté plusieurs femmes victimes d'attaques à l'acide et a remarqué que, dans plusieurs cas, la motivation des agresseurs est la suivante : "Si ton joli visage n'est pas pour moi, il ne l'est pour personne". Une logique terrifiante qui lui a servi de point de départ : "Les filles à qui nous avons parlé étaient toutes plutôt pessimistes quant à la possibilité de rencontrer quelqu’un. Je voulais que le film parle d’une jeune personne, parce que je pense qu’être jeune à l’ère d’Instagram est vraiment difficile."

    VICKY KNIGHT, UNE COMÉDIENNE RÉELLEMENT BRÛLÉE

    Pour le rôle de Jade, Sacha Polak voulait spécifiquement quelqu’un qui ait un visage avec des cicatrices, pour être sûre que les gens y croient (ce qui est plus difficile avec du maquillage). La cinéaste souhaitait également travailler avec une personne ayant vécu une histoire similaire à celle du personnage principal. C’est ainsi qu'elle a choisi Vicky Knight, une assistante médicale qui, à l’âge de huit ans, a été victime d’un incendie criminel (33% de la moitié supérieure de son corps ont été marqués à vie). Cette dernière, qui effectue ses premiers pas devant une caméra, explique comment elle a rejoint le projet :

    "Il y a quelques années, j’ai mis en ligne une vidéo pour parler aux gens de mon accident et mes expériences ultérieures. Cette vidéo est devenue virale et j’ai eu beaucoup de vues suivies de messages. Un jour, une dame, Lucy, m’a envoyé un message : "Voulez-vous participer à un film ?". Je pensais que c’était une arnaque, alors je l’ai ignorée. Mais ensuite, elle en a envoyé un autre, et un autre disant : "S’il vous plaît, prenez contact avec moi". J’ai fini par appeler et elle est venue me rencontrer à Dagenham, où je vis, et nous avons enregistré une vidéo qu’elle a envoyée à Sacha. Puis Sacha a voulu me rencontrer."

    Les cicatrices sur le visage de Vicky étant relativement superficielles, le chef maquilleur Morten Jacobsen a fabriqué une prothèse. Pour la mettre en place, l'actrice devait passer par la case maquillage environ deux heures par jour.

    LES ATTAQUES À L'ACIDE : UN PHÉNOMÈNE QUI S’ACCROÎT

    A Londres, le nombre d’attaques à l’acide a augmenté de 74 % entre 2015 et 2016, passant de 261 à 454. Depuis 2010, plus de 1 800 agressions au liquide corrosif ont été recensées dans la capitale anglaise. Ces chiffres font du Royaume-Uni le pays où le nombre d’attaques à l’acide par individu est le plus élevé, même si, selon Jah Shah (directeur d’Acid Survivors Trust International), c’est aussi parce qu’il y a plus de dépôts de plaintes en Europe.

    D'autres pays sont également très touchés par ce type de crime, comme la Colombie, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh. "Là où les sociétés sont souvent encore très patriarcales, les attaques sont en majorité perpétrées par des hommes contre des femmes, pour des raisons liées à un dépit amoureux, un rejet d’avances sexuelles ou le refus d’une proposition de mariage", selon Jah Shah. Les agresseurs cherchent ainsi à blesser les femmes au visage pour les défigurer et les stigmatiser socialement.

    Au Royaume Uni, les attaques à l’acide sont commises en majorité par de jeunes hommes issus de la petite délinquance, et les victimes appartiennent à cette même catégorie sociale. L’acide, facile d’accès et condamné moins lourdement qu'une attaque au couteau, est une arme de choix dans la guerre des gangs. Devant la hausse de ces agressions, le gouvernement compte prendre des mesures visant à sanctionner la détention de ces substances dans un lieu public et à interdire leur vente aux mineurs.

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