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    Au nom de la terre, film choc sur le malaise agricole, inspiré de l'histoire vraie d'Edouard Bergeon
    Par Brigitte Baronnet (@bbaronnet) — 25 sept. 2019 à 12:35
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    Le drame "Au nom de la terre", sur la descente aux enfers d'un agriculteur, sort ce mercredi sur les écrans. Nous avons rencontré le réalisateur Edouard Bergeon, qui s'est inspiré de sa propre vie, et Guillaume Canet, rôle principal du film.

    AlloCiné : Au nom de la terre s'inspire de votre histoire, de votre famille. Pouvez-vous nous parler de votre parcours qui vous a mené jusqu'à la réalisation de ce film ?

    Edouard Bergeon, réalisateur et scénariste : Ce n'était pas du tout prévu que je réalise un film de cinéma. Je suis né dans une exploitation agricole, une ferme. Je suis fils d'agriculteur, petit fils d'agriculteur du côté de mon père et de ma mère. Et si la vie avait été un peu plus heureuse, je serais peut être aujourd'hui exploitant agricole. J'aurai repris la ferme de mes parents.

    Mais il se trouve qu'il y a eu un drame que je raconte dans le film, et ensuite, il a fallu bosser assez vite. J'ai eu mon bac mais je ne savais pas trop quoi faire. Je suis devenu vendeur dans une jardinerie à 19 ans. Je sentais bien que je pouvais faire quelque chose d'autre. J'ai rattrapé un DUT de communication et très vite je me suis orienté vers le journalisme. D'abord des sujets de sport à France 3 Poitou-Charentes, puis ensuite France 2. Je suis monté à Paris en 2005, à 22 ans pour travailler au JT, au 13 Heures et au 20 Heures, pendant trois ans, sur des sujets de société, de science, d'environnement. L'agriculture n'était pas loin ! Régulièrement je faisais un sujet sur le monde agricole, et puis, je suis parti faire du magazine, du documentaire, un peu partout autour du monde.

    En 2011, j'ai réalisé Les Fils de la terre, un documentaire qui m'a emmené jusqu'ici. Je raconte l'histoire d'un producteur de lait du Lot, qui n'est pas très bien financièrement, dans sa tête. Je raconte avec des photos de famille l'histoire de ce qu'on a vécu à la ferme. C'est une œuvre majeure pour moi car à l'époque déjà je me bats pour ce documentaire, et il y a des petites sorties en salles avec des débats, mais très ponctuellement.

    L'édition d'un DVD est là, et le DVD tombe il y a 5 ans sur le bureau de Christophe Rossignon qui est mon producteur, et qui est fils et frère d'agriculteur, et qui est bouleversé par ce documentaire. Il m'appelle, on se voit, on déjeune, on raconte l'histoire de nos familles respectives d'agriculteurs. Est née l'envie commune de réaliser un film de fiction à la fin du déjeuner. Moi, je vois le train passer, je saute dedans ! Je ne sais pas écrire un film, je ne sais pas diriger des comédiens, je ne l'ai jamais fait mais grâce à lui -il a été un sublime gardien- on a écrit un scénario, et puis un comédien rentre de la même manière, c'est Guillaume Canet. Il est tombé lui aussi sur le documentaire et bouleversé à tel point qu'il veut lui même en faire un film comme réalisateur. Il se tourne vers Christophe Rossignon, le producteur, il lui fait part de son envie et Christophe lui dit : non, non, le film est déjà écrit, c'est le réalisateur du doc qui va le faire. Guillaume a sauté sur l'occasion pour être comédien. Voilà pour résumer comment le parcours s'est fait. 

    La cellule familiale est universelle donc on peut s'accrocher à cette cellule même si on n'est pas du monde agricole 

    Pour raconter cette histoire, quels étaient les écueils à éviter selon vous ?

    Il ne fallait surtout pas que ce film soit pathos. Il ne fallait surtout pas juger tel ou tel responsable, ce qu'on ne fait pas dans le film. Je démontre un système mais je ne dis pas que c'est de la faute de telle personne ou tel organisme. Je ne voulais pas tomber là-dedans. Je pense que c'est aussi la force du film, celle de raconter le destin d'une famille avec de l'amour, ce qui se joue entre les membres de cette famille, père-fils, mari-femme. Les grandes décisions dans le couple. Ce que ça engendre avec les enfants.

    La cellule familiale est universelle donc on peut s'accrocher à cette cellule même si on n'est pas du monde agricole. Il y a aussi beaucoup de beaux moments dans ce film. J'ai posé toutes mes petites madeleines de Proust, surtout au début du film où je filme la nature parce qu'elle est belle, parce que c'est une ode à la terre aussi. Ces beaux moments de liberté dans une ferme. J'ai vécu dans une encyclopédie à taille réelle, c'est juste dingue, et j'ai voulu le montrer tout ça ! Avec le souci du détail, de ma culture documentaire. Les décors, le matériel, les techniques agricoles, je ne voulais surtout pas être repris par des agriculteurs pour me dire : « non, non ça ne marche pas, ce n'est pas crédible ».

    C’est un film sur la transmission de la terre entre trois générations. La génération du grand père, les années 70, les Trente Glorieuses où il a gagné de l’argent, il a capitalisé en créant un outil qui marchait. Il le transmet à son fils, il le vend. ET là c’est l’ouverture de l’économie de marché, les consommateurs qui ne veulent plus rien payer. L’outil grandit encore mais les revenus plongent, donc c’est hyper raide. Et puis ma génération, c’est celle qui part. Donc je raconte quel est le prix à payer pour ces trois générations, qui sont sur la même terre, avec au milieu un hommage, une ode, aux femmes, aux filles de la terre. Derrière chaque homme se cache une femme, et dans l’agriculture, elles ont un rôle hyper important. La place de Claire (Veerle Baetens) grandit au fur et à mesure du film. Elle travaille à l’extérieur, elle fait de la comptabilité de la ferme, elle gère les enfants. Et puis il y a un mari qui plonge.

    C’est aussi un hommage à ma mère et aux femmes de la terre, ces femmes de l’ombre

    C’est aussi un hommage à ma mère et aux femmes de la terre, ces femmes de l’ombre. On est dans des milieux où l’on ne parle généralement pas beaucoup, où l’on ne se dévoile pas, où tout ça est vécu dans l’isolement total, au fin fond d’une campagne, d’une ferme. Ce film réhabilite beaucoup de vérités de ce monde là. C’est en tout cas ce que me disent les agriculteurs, les femmes d’agriculteurs qui ont vu le film en avant-première. « Merci de raconter notre vie » et ça, ça m’émeut.

    Je suis très à l’aise avec ce film, je l’ai fabriqué, c’est la fin de mon chemin de résilience, j’ai déposé mes sacs à dos de douleur et de démons, mais après de voir un public s’émouvoir, ça me touche au plus profond. J’espère qu’à la fin de ce film, on peut se poser des questions qui ouvrent sur le débat sociétal. C’est ce qu’on voulait faire avec Guillaume Canet : les paysans ne sont pas considérés comme ils devraient l’être, alors que ce sont eux qui remplissent notre assiette, et qui garantissent notre santé.

    Il faut que les citoyens consommateurs voient ce film 

    Quelles répercussions pourraient avoir le film ? Est-ce qu’il pourrait y avoir une projection à l’Elysée par exemple ?

    Déjà fait ! Il se passe quelque chose. On projette le film le 1er octobre aux députés à l’Assemblée nationale. On est en train de travailler sur la projection au CNC, la maison du cinéma, avec le ministre de l’agriculture et tous les acteurs de l’agroalimentaire, de l’agriculture, de la grande surface. Il faut que les citoyens consommateurs voient ce film. Il faut que les consciences soient éveillées, car sans paysan, il n’y a pas de pays. Est-ce qu’on veut être dépendant des agricultures du bout du monde ou est-ce qu’on veut refaire du lien avec l’agriculteur qui est au bout de notre chemin qui peut produire sainement ce que l’on veut mettre dans notre assiette ? C’est vraiment un débat de société. C’est en cela que ce film croise le débat sociétal en ce moment.

    Est-ce qu’après ce film, vous souhaitez tourner la page, vous attaquer à d’autres sujets ?

    Le sillon agricole, je le creuserai toute ma vie. Mais sur mon histoire, c’est fini. Tout est posé. Après, faire un film positif sur l’agriculture, ou une série, sur la nourriture, la gastronomie… Tout ça, c’est lié. Le nouveau projet de film que j’écris est lié aux grands enjeux de préservation de la planète. Ca sera plutôt une forme de thriller, mais on n’est jamais très loin de la terre et des paysans. Mais rien à voir avec Au nom de la terre.

    Mon métier, c’est de faire des films. J’ai très envie de faire un 2ème film de fiction, et peut être un autre après ? Après, il se trouve que je fais le trait d’union avec la terre, avec un ami, on a ouvert deux restaurants à Paris où l’on a notre propre maraichage, on fait nos légumes, on travaille des viandes fermières, des vins naturels, sans chimie, avec des chefs étrangers. Ca a du sens : ça lie mes racines poitevines rurales, à la cité de Paris où je vis.

    Ce n’est pas parce que mon film est dur que je ne suis pas optimiste. Je crois au pouvoir des consommateur de changer les choses

    Mettre du sens dans ce qu’on fait avec des gens qui y croient car je suis optimiste. Ce n’est pas parce que mon film est dur que je ne suis pas optimiste. Je crois au pouvoir des consommateur de changer les choses, aux nouvelles générations qui arrivent, et qui par les réseaux s’informent, par le cinéma peuvent comprendre des messages, et changer leur manière de consommer et donc leur regard sur les agriculteurs, et donc sur leur assiette. Comment la remplir ? Reprendre le temps de bien acheter, de bien cuisiner et bien se nourrir. Il en va de notre santé.

    Dans Au nom de la terre, le comédien Anthony Bajon joue le rôle d'Edouard Bergeon ado :

     

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    Commentaires
    • seke
      Merci de mettre en avant ce film.
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