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    Once Upon A Time in Hollywood : c'était quoi le cinéma de 1969 ?
    Par Corentin Palanchini — 16 août 2019 à 17:57
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    "Once Upon A Time in Hollywood" de Quentin Tarantino se déroule dans "l'usine à rêves" en 1969, l'occasion d'un petit tour d'horizon du contexte compliqué que vivait alors l'industrie du divertissement.

    Juste avant 1969

    La décennie qui est sur le point de s'achever a mis Hollywood à rude épreuve. Les péplums, comédies musicales et films d'époque aux budgets délirants ont mis certains studios sur la paille et les procédés techniques nouveaux comme le Cinerama, la 3D et le CinemaScope n'ont pas trouvé leur public sur le long terme. La télévision concurrence les salles de cinéma et certaines anciennes gloires du cinéma américain vont, comme le personnage de Leonardo DiCaprio dans Once Upon A Time in Hollywood, immigrer en Italie pour y trouver un second souffle.

    Les studios peinent à attirer les foules et se tournent de plus en plus vers les coproductions pour financer des projets. L'année 1969 ne sera pas en reste avec des partenariats entre Hollywood et le Japon (Latitude zéro), l'Afrique du Sud (Strangers at Sunrise), l'Allemagne de l'ouest et l'Espagne (Rio 70) ou l'Italie (Il était une fois dans l'Ouest). Le public américain s'ouvre sur le monde, et s'intéresse en salles aux cinémas étrangers comme la Nouvelle Vague française ou le cinéma japonais.

    Aux États-Unis, une nouvelle génération de cinéastes est en train d'émerger, influencée par ces nouvelles façons de tourner, plus spontanées et improvisées. En 1967, Martin Scorsese sort Who's That Knocking at My Door, Arthur Penn Bonnie et Clyde et Mike Nichols Le Lauréat. Trois films qui à leur façon, participent d'un renouveau des sujets et de leur traitement cinématographique. Les prémices d'un changement en profondeur du cinéma américain, comme en témoigne l'année 1969, objet du film Once Upon A Time in Hollywood, actuellement en salles.

    1969, des auteurs émergent

    Ce que l'on va appeler le Nouvel Hollywood explose grâce à Easy Rider, film sur la culture hippie en partie fait par des hippies, qui est présenté au Festival de Cannes en mai 1969 et sort à l'été aux États-Unis. A partir d'un budget de 350 000 dollars, il en rapporte plus de 40 millions ! Les financiers des grands studios n'y comprennent rien mais sentent qu'il y a moyen de gagner beaucoup d'argent en permettant à des réalisateurs de la contre-culture ou se revendiquant "hippies" d'être aux commandes d'un film avec les pleins pouvoirs.

    Easy Rider Bande-annonce VO

     

    C'est un changement majeur : les projets ne partent plus du producteur mais du réalisateur, qui arrive avec son idée que le studio est là pour financer. En 1969, avant même Easy Rider, sort un autre film du Nouvel Hollywood, Macadam Cowboy, montrant la misère financière de deux jeunes gens dans la ville de New York, rêvant d'un ailleurs et d'une vie nouvelle. Pour un budget de 3,2 millions de dollars, le film en rapporte 44,8. En parallèle, d'autres réalisateurs plus jeunes sortent leur premier film cette année-là et s'inscrivent dans la mouvance de ces sujets différents : Paul Mazursky (Bob et Carole et Ted et Alice), Alan J. Pakula (Pookie), Herbert Ross (Good bye, Mr Chips) ou Tobe Hooper (Eggshells).

    A l'époque, Brian De Palma sort des films confidentiels, et Francis Ford Coppola propose au public Les Gens de la pluie avec James Caan et Robert Duvall, le tremplin qui lui permettra deux ans plus tard de tourner Le Parrain (en se fâchant très régulièrement avec les exécutifs de la Paramount sur le contrôle du film). Quant à Arthur Penn, depuis quelques temps dans le cinéma, il tente de représenter la culture hippie dans Alice's Restaurant.

    Cette nouvelle génération est épaulée par Woody Allen qui place dans les salles son premier "vrai" long métrage avec Prends l'oseille et tire-toi, mais aussi par des réalisateurs qui ont déjà 1 ou 2 films derrière eux tels Peter YatesRobert Altman et James Ivory. Tous ces réalisateurs sortent ces films en 1969 parce qu'on leur en donne les moyens et que l'industrie toute entière est en pleine mutation.

    Les vieilles gloires ne lâchent rien

    Qui dit mutation dit adaptation. Si des stars de l'âge d'or de Hollywood comme Burt Lancaster commencent à s'intéresser à de nouveaux cinéastes et font ce travail d'adaptation, d'autres continuent à évoluer dans le système des studios. C'est le cas de John Wayne qui signe deux westerns cette année-là : 100 dollars pour un shérif (qui lui vaudra l'Oscar de Meilleur acteur) et Les Géants de l'OuestOnce Upon A Time in Hollywood montre un extrait de la comédie d'espionnage réellement sortie en février 1969 Matt Helm règle ses comptes, portée par Dean Martin (star des années 60) face à Sharon Tate. A l'époque, Martin est comme Wayne un reliquat des années fastes de Hollywood.

     

    Les vieilles gloires, ce sont aussi les grands réalisateurs toujours en activité. Même si certains d'entre eux ont leurs meilleurs films derrière eux, sortent en 1969 des films d'Alfred Hitchcock (L'Etau), d'Elia Kazan (L'Arrangement), de John Sturges (Les Naufragés de l'espace) ou de Samuel Fuller avec Shark, un film de requin réalisé six ans avant Les Dents de la merJohn Huston n'est pas en reste en proposant son médiéval Promenade avec l'amour et la mort et Gene Kelly, toujours dansant, propose pour Noël la comédie musicale Hello, Dolly!, qui sera un échec cuisant. Dans ces "anciens", citons Sydney Pollack, qui boucle deux longs métrages dans la même année : le drame On achève bien les chevaux et le film d'action Un château en enfer

    Autre signe des temps anciens, la présence de trois films d'Elvis Presley sur les écrans américains, sortis après son grand retour sur scène de 1968, qui seront également ses trois dernières apparitions au cinéma : Filles et show-businessChange of Habit et Charro, western dans lequel il apparaît barbu. Côté comédie, Jerry Lewis tourne toujours mais amorce son déclin avec Cramponne-toi Jerry dans lequel il donne la réplique à Peter Lawford. Après avoir été aux commandes de ses films, Lewis aura de plus en plus de mal à financer ses projets et stoppera même toute activité cinématographique de 1972 à 1980. Les stars sont en train de tomber avec le système.

    De nouveaux sujets, mais pas tant que ça

    1969 est une année où le cinéma américain aborde le sujet des droits civiques ou de la représentation Afro-américaine avec des films comme Esclaves (présentant des esclaves se rebellant contre leur exploitant), le western Une poignée de plomb (dont la relation entre un Blanc et une Afro-américaine n'est pas le sujet du film, contribuant à banaliser la situation) ou Putney Swope de Robert Downey Sr., satire dans laquelle un Afro-Américain se retrouve par hasard PDG d'une grande entreprise.

    Si elle a déjà été traitée dans différents westerns, la situation des Amérindiens elle, n'est pas encore gagnée puisque sort le western horrifique Le rescapé de la vallée de la mort qui les montre comme des êtres sanguinaires et sans pitié.

    Autre recul, 1969 est aussi l'année où sort Le Piège à pédales, dans lequel deux soldats cherchent à se faire réformer en jouant les "folles", car les gays étaient (et resteront jusqu'en 1993) interdits d'armée aux USA. Quant au film, il faut le voir pour le croire :

    De la même façon, les jeunes ne sont pas tous bien vus par le cinéma puisque le film de sexploitation She Came on the Bus montre les meurtres, séquestrations et viols commis par des jeunes sous l'emprise de la drogue. Le film sortira un mois tout juste avant l'assassinat bien réel de Sharon Tate et de trois de ses amis par les partisans de Charles Manson.

    Et le cinéma de genre dans tout ça ?

    Partie importante du film de Tarantino, le western est comme l'industrie, en plein bouleversement. Sergio Leone a dynamité les codes du genre avec sa trilogie des dollars et propose désormais des anti-héros chasseurs de primes sans scrupule, une violence extrême et impose un nouveau style visuel fait de gros plans saisissants et de dilatation de l'action. Hollywood est prise de court et cherchera à modifier certains de ses westerns selon ces nouveaux codes : Les 100 fusils qui sort en 1969 en est un exemple flagrant. A l'opposé de cette volonté de copie, Sam Peckinpah affine son style personnel en proposant le chef d’œuvre La Horde sauvage, qui sort en juin 1969.

    Cependant, les studios, ne sachant plus vraiment quoi faire avec le genre sortent des westerns-comiques sous la houlette de Burt Kennedy (Ne tirez pas sur le shérif, Un homme fait la loi) ou de Burt Reynolds (Sam Whiskey le dur) mais aussi un western musical, La Kermesse de l'ouest avec... Clint Eastwood ! Outre John Wayne précédemment cité, les stars d'antan dominent les affiches du genre en 1969 avec Robert Mitchum (La Vengeance du shérif), Glenn Ford (Au paradis à coups de revolver) ou Richard Widmark (Une poignée de plombs). Autre symbole, c'est aussi l'année du dernier film de Budd Boetticher, Qui tire le premier.

     

    Autre genre, l'horreur américaine se fait rare cette année-là, et elle est à petit budget, écrasée par la concurrence des films britanniques de la firme Hammer. Les sadiques de Satan, Blood of Dracula's Castle, Nightmare in Wax sont autant de productions interchangeables tournées pour le marché d'exploitation. Pour mémoire, c'est aussi en 1969 que sort le film d'aventures culte La vallée de Gwangi. Bref, 1969 est une année hétéroclite et un plein chamboulement de l'industrie hollywoodienne, coincée entre le besoin d'évoluer avec la contre-culture et celui de maintenir en vie un système des studios complètement dépassé. On comprend mieux pourquoi Quentin Tarantino a choisi comme cadre de son neuvième film.

    Mais en 1969, il n'y a pas que le cinéma !

    Voici quelques autres événements survenus en 1969 :

    • Richard Nixon est élu président des États-Unis, lance le désengagement américain progressif au Viêt Nam et la lutte contre la consommation de drogue.
    • Le général de Gaulle démissionne de ses fonctions de Président de la République française, Georges Pompidou lui succède.
    • Les décès de Robert Taylor, Josef von Sternberg, Judy Garland et Boris Karloff.
    • La peine de mort est abolie en Grande-Bretagne.
    • Le footballeur brésilien Pelé marque son millième but.
    • Oliver ! de Carol Reed est sacré Oscar du Meilleur film.
    • L'astronaute américain Neil Armstrong est le premier homme à poser le pied sur la lune.
    • Le belge Eddy Merckx remporte son premier tour de France.
    • Le Festival musical de Woodstock se tient du 15 au 18 août.
    • A New-York, les émeutes de Stonewall lancent le mouvement de lutte des gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres pour leurs droits.
    • Les naissances de Marilyn Manson, Jason Bateman, Jennifer Aniston, Eric Judor, Pauley Perrette, Cate Blanchett, Peter Dinklage, Bénabar, David Boreanaz, Josh Holloway, Jennifer Lopez, Edward Norton, Christian Slater, Catherine Zeta-Jones, Julie Delpy ou encore Jay-Z.

    "Once Upon a Time in Hollywood", depuis ce mercredi dans les salles :

     

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    Commentaires
    • Cuderoy
      C'est un changement majeur : les projets ne partent plus du producteur mais du réalisateur, qui arrive avec son idée que le studio est là pour financer.Je la savoure tellement cette phrase.
    • dtsdolby
      en 1969 sortait: on her majesty's secret servicel'un des 5 meilleurs james bond :-)
    • seke
      Voilà un très bon article.Après même si le film de Tarantino parle d'Hollywood, ça aurait sympa de parler un peu du Ciné Français de cette époque.
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