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    The Sinking City : une plongée en demi teinte dans l'univers de H.P. Lovecraft
    Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 31 juil. 2019 à 18:00
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    Jeu d'enquête en monde ouvert sorti le 27 juin dernier, "The Sinking City" plonge le joueur dans univers torturé revendiquant largement sa filiation (non officielle) avec le génial écrivain H.P. Lovecraft. Pour quel résultat ?

    Frogwares / Bigben Interactive

    S'il y a bien un écrivain dont l'oeuvre n'en finit pas de peupler l'imaginaire de cinéastes de genre et créateurs de jeux, c'est bien H.P. Lovecraft. Chez John Carpenter par exemple : son cultissime The Thing, au-delà d'être un Remake de La Chose d'un autre monde, était aussi une variation autour des Montagnes hallucinées, nouvelle publiée en 1936. Guillermo del Toro figure aussi au rang de ses plus grands admirateurs, et a longtemps préparé d'ailleurs une adaptation de cette même oeuvre, avec James Cameron à la production, avant de jeter l'éponge.

    Côté jeux, on ne compte plus les variations autour du mythe de Cthulhu : le cultissime Alone in the Dark édité en 1992 par Infogrames, Darkness Within : The Dark Lineage, Call of Cthulhu : Dark Corners of the Earth sorti en 2006...Une longue liste à laquelle il convient de rajouter la trilogie des Penumbra, des jeux d'aventures de type Survival Horror développé par Frictional Games, un minuscule studio de cinq personnes basé en Suède. Des titres accueillis avec bienveillance par la communauté de joueurs, en particulier Penumbra : the Dark Plague avec son ambiance terrifiante et immersive. En 2010, le même studio sera aussi derrière l'extraordinaire Amnesia : The Dark Descent. Inspiré par la nouvelle L'Affaire Charles Dexter Ward, le jeu se hissait au sommet du Survival Horror, tout en s'offrant le luxe de mettre à l'amende des productions aux budgets cent fois supérieurs.

    Sorti le 27 juin dernier, The Sinking City, développé par le studio Frogwares, qui a principalement construit sa réputation sur la franchise des jeux d'enquêtes basés sur Sherlock Holmes, tente lui aussi d'apporter sa petite contribution - hommage vidéoludique à l'écrivain. Si le titre brasse, comme d'autres avant lui, les thèmes chers à l'univers de Lovecraft (tels que la culpabilité héritée, fuite et destin compromis par des forces obscures, aliénation mentale et physique...), et qu'il s'inspire de l'oeuvre Le Cauchemar d'Innsmouth, The Sinking City n'est pas pour autant une adaptation officielle d'une oeuvre de l'écrivain.

    Cauchemars et folie

    Qu'il semble loin le temps où la marque française Bigben était avant tout uniquement connue pour ses fabrications d'accessoires gaming, comme les manettes ou les câbles. Si cet aspect est toujours présent, la marque a nettement développé son implication dans les jeux vidéo, en rachetant certains studios de développement, comme Cyanide, en 2018, pour 20 millions d'euros. Avec un objectif clair : prendre davantage pied dans l'édition de jeux vidéo.

    Une de ses dernières prises de guerre, du moins côté édition et sans être propriétaire du studio, est donc The Sinking City. Un jeu sur lequel nous fondions de solides espoirs, après la semi déception que fut Call of Cthulhu sorti en octobre 2018. Adapté du célébrissime jeu de rôle papier du même nom, le titre bénéficiait malgré tout d'une superbe ambiance et d'une jolie écriture, mais péchait néanmoins par sa nature trop dirigiste et un dernier tiers trop précipité. En clair, un jeu trop Story Driven au détriment de l'interactivité. Ce qui n'en faisait pas non plus un mauvais jeu, soit dit en passant.

    Frogwares

    L'histoire de The Sinking City est avant tout celle d'un dénommé Charles Windfield Reed. Ancien Marine de l'US Navy durant la Grande guerre, survivant d'un naufrage, il fut retrouvé fou et amnésique sur une île. Après son rétablissement fragile dans un institut psychiatrique, il souffre toujours de troubles mentaux qu'il tente de cacher. Reconverti depuis en détective privé, il est régulièrement assailli par des cauchemars où il distingue une ville engloutie par une mer déchaînée. Cette ville existe : il s'agit d'Oakmont, située dans le Massachusetts. Mais ne figure évidemment sur presque aucune carte... Se rendant sur place, au milieu d'une ville à demi submergée par les flots, Reed cherche à faire la vérité sur ce qui a pris possession de la cité… Et des esprits de ses habitants, victimes d'un phénomène d'hystérie de masse.

    Sans aucun doute jeu le plus ambitieux sur lequel Frogwares ait pu travailler, The Sinking City offre au joueur la possibilité de parcourir une ville en monde ouvert. Et il faut déjà tirer notre chapeau au studio de développement. Avec ses rues jonchées de détritus ou de poissons éventrés pourrissant à même le sol, ses carcasses de véhicules embourbés et rouillés laissés à l'abandon, les facades des maisons tombant les unes après les autres en morceaux, rongées par l'humidité et la crasse, perpétuellement battue par une pluie tantôt fine ou violente malgré quelques rayons de soleil qui tentent ça et là de percer, il règne dans Oakmont une saisissante atmosphère glauque, pesante et même franchement apocalyptique. Une atmosphère de fin du monde. Un sentiment d'ailleurs renforcé lorsqu'on découvre sa population, composée d'habitants arborant des visages simiesques à faire rougir Charles Darwin et sa théorie de l'évolution, qui voisinent avec des hommes aux traits quasi batraciens, signe d'un croisement contre-nature. Reste les "simples" humains, qui semblent quant à eux être en sursis dans cet étrange et fascinant univers torturé et maladif.

    Frogwares

    Reprenant un gameplay largement éprouvé dans les précédentes productions du studio (voir d'ailleurs à ce sujet ce que nous disions à propos de Sherlock Holmes : The Devil's Daughter, sorti en 2016), le joueur passera donc au peigne fin les environnements pour trouver assez d'indices pour faire progresser les enquêtes. Chaque conversation a son importance et détient parfois de nombreuses indications pouvant mettre le joueur sur une piste. D'autant que c'est à lui qu'il incombe, en faisant notamment des recherches dans les archives de l'hôtel de ville, de la Police, de l'hôpital, de l'université et de la gazette locale, de trouver les adresses des lieux à visiter. Charles Reed possède en outre une capacité de reconstitution des événements passés en examinant une scène de crime, ce qui lui permet de trouver de nouveaux indices, et d'échaffauder tout un raisonnement déductif grâce à une interface baptisée "palais de la mémoire". Ce travail d'enquête, parfois un peu fastidieux, mais jamais dirigiste, donne une vraie sensation de liberté et réellement l'impression de mener son enquête, à son rythme. Clairement un des points forts du jeu, en ne manquant pas de saluer au passage la qualité d'écriture de certaines enquêtes, dont une en particulier faisant écho au lointain héritage des sorcières de Salem.

    Release the Kraken !

    The Sinking City n'est donc pas dépourvu de qualités. Mais le titre de Frogwares est malheureusement handicapé par plusieurs aspects. Si l'écrin que constitue la ville d'Oakmont est séduisant, on découvre en réalité, au fur et à mesure de l'avancement du récit, que l'on ne peut visiter qu'un nombres réduits de maisons ou entrepôts. Et dans la plupart des lieux visités, il s'agit en fait d'une copie presque carbone d'un lieu précédent, mis à part quelques meubles ou autres éléments de décors... Modéliser extérieurement avec autant de soin une telle ville pour ne pas pouvoir réellement l'explorer, alors qu'elle a la prétention d'être un Open World, c'est frustrant. L'immersion en prend logiquement un coup, d'autant qu'en dehors des personnages croisés lors des enquêtes, il est rigoureusement impossible de parler à qui que ce soit...

    Outre les animations assez raides des protagonnistes, l'autre point noir de l'aventure demeure surtout les affrontements avec les créatures nées du cataclysme qui s'est abattu sur la ville. Lorsque nous avons eu l'opportunité de prendre un peu en main le titre durant une courte session de jeu lors du dernier salon de l'E3, nous n'avions pas été franchement convaincu par cet aspect, que l'on espérait du coup voire sensiblement corrigé. Le personnage que l'on contrôle est très fragile et encaisse mal les dégâts faits par les monstruosités croisées, même s'il gagne très sensiblement en efficacité grâce à des points d'expérience que l'on peut placer dans une sorte d'arbre de talents. Les combats sont confus et brouillons, et manquent de punch.

    Frogwares

    Certes, The Sinking City n'est évidemment pas un Shooter, et le studio de développement n'a pas bâti sa réputation sur ce type de gameplay. Il n'empêche. Dans la mesure où la ville, très étendue, est criblée de zones de danger peuplées de monstres dans lesquelles on est malgré tout obligé de s'aventurer pour espérer trouver de quoi confectionner des munitions, rares dans le jeu, sans compter que les lieux que l'on visite sont régulièrement, pour ne pas dire toujours, infestés par ces mêmes créatures, cela en devient à court / moyen terme franchement pénible. Il reste parfois l'option de la fuite, mais pas toujours, notamment dans certains lieux d'enquêtes qu'il vous faudra de toute façon vider de ses occupants encombrants. Frogwares a misé sur ces affrontements pour allonger la durée de vie du titre, qui est pourtant, de base, plutôt conséquente. Mais force est de constater que cet aspect a plutôt tendance à crisper le joueur.

    Au regard des réflexions précédentes, on peut se poser cette question : le studio a-t-il eu de trop grandes ambitions ? Certainement, et cela se traduit à l'écran par de vrais compromis (game design, gameplay...), qui peuvent aussi se comprendre pour des raisons budgétaires. On ose à peine rêver à ce qu'aurait pu donner un tel titre Open World et avec une telle ambiance entre les mains d'un studio et éditeur au budget de développement très supérieur. Du reste, ce n'est pas faire injure au travail global de Frogwares que de dire cela. Si vous êtes fan de l'univers torturé du génial Lovecraft, The Sinking City mérite le coup d'oeil, d'autant qu'il a quand même, en dépit des réserves susmentionnées, de vraies qualités à faire valoir. Mglw’nafh Ph’nglui Cthulhu R’lyeh fhtan wgah’nagl !

    Ci-dessous, la bande-annonce de The Sinking City..

     

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    Commentaires
    • Olivier Ier E
      on fait la lumière ou on découvre la vérité, mais on ne fait pas la vérité
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