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    Le Déserteur : rencontre avec Maxime Giroux, réalisateur de cet ovni cinématographique
    Par Laurent Schenck, propos recueillis à Paris le 2 août 2019 — 21 août 2019 à 10:00
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    A l'occasion de la sortie du "Déserteur", thriller étrange se déroulant dans l'Ouest américain le plus sauvage, AlloCiné a rencontré son réalisateur, Maxime Giroux.

    Quatrième long métrage du Canadien Maxime GirouxLe Déserteur est un thriller noir et violent, mais aussi esthétique et envoûtant. Alors qu'une terrible guerre fait rage, Philippe a fui Montréal pour se réfugier dans l'Ouest américain. Vivant tant bien que mal de concours d'imitation de Charlie Chaplin, il découvre rapidement que la cruauté de l'humanité ne se limite pas aux champs de bataille... Martin Dubreuil, un acteur canadien ayant déjà tourné avec Giroux, incarne ce héros pas comme les autres. A ses côtés, Romain Duris, Sarah GadonReda Kateb et Soko complètent le casting principal du long métrage.

    Ligne 7
    Martin Dubreuil

    AlloCiné : Quelle est la genèse de du film ?

    Maxime Giroux : La conception de ce film est arrivée au moment même où Trump a pris le pouvoir. Toute la violence, l’intolérance, la grossièreté que cet homme incarne, nous a poussé à créer cette allégorie. Dans ces lieux grandioses et magnifiques de l’ouest américain, un homme sans malice, un peu comme le Charlot de Chaplin, tente de se sortir de cette spirale absurde, grossière, caricaturale, mystérieuse et intangible. La question que nous nous sommes posés est la suivante : si l’homme sait apprécier la beauté de ce monde et est capable de bonté, pourquoi a-t-il autant soif de pouvoir et de destruction ?

    AlloCiné : Qu'avez vous voulu raconter via le parcours de Philippe ?

    Maxime Giroux : Le parcours de Philippe est à l’image du monde grossier et sans scrupules dans lequel nous vivons. Il devient la victime d’un système d’agression et de violence. Il n’en comprend pas les rouages et ignore comment s’en sortir. Philippe est foncièrement bon, mais il devra lui même faire acte de violence afin de survivre. L’humain vit dans un système économique et social que nous savons malade et d’une grande violence. Pourtant, nous sommes incapables de le transformer.

    Nous sommes complètement impuissants face à ce système construit pour que personne n’en soit entièrement responsable, même si nous y participons tous. Ce système détruit tout sur son passage, incapable de s’arrêter. Il va même détruire sa planète, celle qui le nourrit. Nous sommes les victimes, mais aussi les agresseurs. Le parcours du personnage principal est, d’une certaine façon, un portrait imagé de ce que nous vivons tous, consciemment ou inconsciemment.

    La conception de ce film est arrivée au moment même où Trump a pris le pouvoir. Toute la violence, l’intolérance, la grossièreté que cet homme incarne, nous a poussé à créer cette allégorie.

    AlloCiné : Le Déserteur se déroule en temps de guerre (probablement l'une des deux Guerres mondiales) sans que l'on sache laquelle. Pourquoi avez-vous voulu donner au film un côté atemporel (d'où la présence inattendue du morceau de R.E.M. lors de la rencontre du héros avec Hector) ?

    Maxime Giroux : Le film débute avec un discours que Chaplin a écrit pour Le Dictateur. Un texte qui parle de violence, de haine, de guerre, de capitalisme, de pouvoir, de tolérance et de bonté. Or, 80 ans plus tard, ce texte est encore d’actualité. Nous faisons toujours face à ces mêmes problématiques. Nous ne voulions donc pas faire un film sur la violence d’une époque précise, mais un film sur la violence de l’Homme au sens large. Celle qui le définit, selon nous, depuis toujours. La guerre aujourd’hui n’est plus la même. Elle est plus sournoise, plus intelligente, et à certain moment, elle est même plus « sexy ». Elle se cache pour mieux nous contrôler.

    AlloCiné : Vous avez déjà fait tourner Martin Dubreuil, qui joue le personnage principal du film. Qu'est-ce qui a motivé le choix des autres comédiens, notamment les Français Soko, Romain Duris et Reda Kateb ?

    Maxime Giroux : Premièrement, je dois dire que tous les comédiens ont été d’une immense générosité. Ce sont de artistes qui comprennent le cinéma et qui font tout pour le film. Pour le rôle de Philippe, c’était Martin Dubreuil ou personne. Ce film était pour lui. Aussi, rapidement lors de l’écriture, nous savions que nous voulions une Amérique qui ne soit pas uniquement anglophone. N’oublions pas que ce pays a aussi été inventé et façonné par des gens d’origine française.

    A une certaine époque, le français se parlait sur tout le territoire de l’Amérique du nord. Voilà pourquoi nous avons voulu avoir des personnages qui parlent français. Pour se rappeler que les choses disparaissent, que les langues et cultures peuvent aussi être violentés et anéanties.

    Le casting s’est fait de façon presque naturelle, si je peux dire, comme si nous faisions un film entre amis, pour s’amuser (ce qui était le cas, car le budget était minime, et sa conception à l’opposé de la façon de faire du cinéma industriel). Ma productrice Nancy Grant connaît Reda Kateb et Soko. Elle leur a parlé du projet. Puis Romain a lu le scénario et était intéressé à jouer ce rôle, qui est loin de ce qu’on avait pu lui offrir auparavant. Ces grands acteurs sont venus nous aider à faire ce petit film, uniquement par passion du cinéma.

    La guerre aujourd’hui n’est plus la même. Elle est plus sournoise, plus intelligente, et à certain moment, elle est même plus « sexy ». Elle se cache pour mieux nous contrôler.

    AlloCiné : Avez-vous eu des références au moment de la conception du film, cinématographiques ou autres ?

    Maxime Giroux : Pour ce film, nous voulions jouer avec les codes cinématographiques. D’ailleurs, c’est le cinéma qui a vendu le fameux rêve américain (capitalisme) au reste du monde. On peut dire que l’opération a réussi. Chaplin en était un des porte-étendards, bien malgré lui. Il est donc évident que certaines influences sont venues à notre esprit, même si l’inconscient est plus fort que le conscient dans ma façon de créer. Ces influences sont vastes et peut-être même étonnantes ; du western au cinéma d’horreur ; de Hitchcock à Chaplin bien sûr ; mais aussi de Haneke à Philippe Grandrieux.

    AlloCiné : Quels sont vos projets à venir ?

    Maxime Giroux : Mon prochain projet est un thriller financier. C’est l’histoire vraie d’un scandale québécois où de petits épargnants se sont fait voler 130 millions de dollars par une firme d’investissement sans scrupule. Encore une fois, une histoire remplie de violence, où le pouvoir et l’argent font faire d’immondes bêtises...

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