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    The Boys et #MeToo : la série Amazon a-t-elle réussi son traitement des personnages féminins ?
    Par Julia Fernandez — 30 sept. 2019 à 20:10
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    A l'heure où les séries US résonnent particulièrement avec l'actualité suite au mouvement "Me Too", la nouvelle création d'Amazon revendique un aspect politique et militant. Mais réussit-elle vraiment à se défaire des stéréotypes de représentation ?

    Amazon Prime Video

    Attention, cet article contient des spoilers sur la série The Boys ! Il est préférable d'avoir vu la série avant de lire ce qui suit.

    Satire acerbe des super-héros américains, The Boys, lancé sur Amazon cet été, s'inscrit résolument dans l'ère des fictions qui résonnent avec le mouvement #MeToo, issu des retombées de l'affaire Harvey Weinstein aux Etats-Unis, et de la libération de la parole des femmes victimes de harcèlement et de violences sexuelles de façon structurelle, en particulier dans l'environnement professionnel.

    Des évènements qui ont profondément impacté la création américaine, toujours prompt à réagir à l'actualité par le prisme de la fiction. "Nous étions en plein milieu de l'écriture de la série et soudain le mouvement Me Too est arrivé. On a révisé toute la trame de l'histoire à ce moment-là", déclare ainsi Eric Kripke dans une interview au site Business Insider.

    Starlight, le cas d'école

    En effet, The Boys annonce la couleur dès son premier épisode dans lequel Starlight (Erin Moriarty), nouvelle recrue du groupe des Sept, est soumise par The Deep (Chace Crawford) à un acte sexuel forcé : celui-ci la menace de détruire sa carrière naissante si elle refuse ses avances. Impossible de ne pas voir dans ce rapport de force une allusion au producteur hollywoodien déchu, dont le procès a été repoussé à l'an prochain, et à son modus operandi de prédateur avec bon nombre d'actrices qui ont croisé sa route.

    Bien que le personnage de The Deep, sorte de version satirique d'Aquaman subisse un retour de bâton en étant agressé sexuellement à son tour par une fan (la jeune femme insère brutalement ses doigts dans ses branchies contre son consentement), on regrette que la scène soit tournée en dérision en insistant sur l'incongruité de la situation plutôt que sur la détresse du super-héros à ce moment, et encore moins sur les retombées de cet acte sur sa psychologie. Autre choix pour le moins contradictoire de la part d'Amazon : celui de mettre en avant The Deep dans un calendrier promotionnel humoristique mettant en valeur son anatomie proéminente... quand bien même le personnage est un prédateur sexuel notoire. La plastique de Chace Crawford a beau être irréprochable, quel message envoie-t-on lorsqu'un personnage moralement condamnable est transformé en plaisanterie sexy et colorée ?

    Les créateurs de la série ont toutefois procédé à une atténuation nécessaire du degré de violence des comics, où Starlight y subit à l'origine un viol en réunion commis par Homelander, Black Noir et A-Train. Retranscrit telle quelle à l'image, une scène aussi violente aurait pu sembler bien trop gratuite. Dans la série, l'héroïne, non moins traumatisée, passe en revanche plus rapidement du statut de victime à celui de rebelle au sein du groupe, en remettant en question le mode de fonctionnement de la société Vought qui emploie ses super-héros. Elle devient peu à peu la porte-parole des victimes d'abus, en refusant de se soumettre à l'étiquette de jolie potiche que la corporation attend d'elle.

    Amazon
    Victimes, maternelles ou passives 

    Pour les autres personnages féminins en revanche, on déplore une nette accumulation de stéréotypes réducteurs, présents dans les comics de Garth Ennis et que les showrunners, Eric Kripke, Seth Rogen et Evan Goldberg, n'ont que peu tenté d'améliorer, malgré leur intention affirmée d'adapter les livres "avec le plus grand sens des responsabilités possible".

    La Reine Maeve (Dominique McElligott), par exemple, est légèrement humanisée par rapport à la bande-dessinée, dans laquelle elle ne fait preuve de remords que tardivement. Ici, elle est torturée par l'immoralité des actions des Sept, et paie le prix de sa renommée par l'échec de sa relation affective (elle apparaît comme lesbienne dans la série). Elle demeure toutefois relativement passive dans cette première saison, contrairement à Starlight qui prend les devants face à la corruption morale des dirigeants de Vought.

    La Fille (Karen Fukuhara), qui hérite de ce seul sobriquet lorsque Butcher et ses compagnons d'armes la recueillent, a beau être une experte en combat au corps-à-corps dopée au Composé V, elle est privée du sens de la parole, traumatisée par son passé d'enfant-soldat. Son seul moyen d'interagir avec les autres est à travers Frenchie, faisant preuve d'assez d'empathie pour interpréter ses pensées.

    Quant à Madeline Stillwell (Elisabeth Shue), la présidente de Vought Entreprises, elle est une combinaison de deux personnages secondaires du comics, un homme et une femme. Elle y entretient le même rapport quasi-incestueux avec Homelander, qui lui reproche constamment de se préoccuper de sa progéniture plutôt que de lui : afin de le manipuler, Madeline utilise sa fibre affective jusque dans ses extrêmes limites.  spoiler: Dans la série en revanche, elle connaît une issue tragique et brutale lorsque Homelander décide de se débarasser d'elle en la tuant d'un coup de rayon laser. 

    Ces trois femmes, pourtant essentielles au déroulement de l'intrigue, sont - pour le moment du moins - cantonnés à des rôles limités : Maeve subit le status quo sans réagir, La Femme est muette, et Madeline Stillwell paie le prix fort de sa position de pouvoir. Quant à l'intrigue amoureuse entre A-Train (Jessie T.Usher) et Popclaw (Brittany Allen), innovation par rapport aux comics,  spoiler: elle se solde par la mort de celle-ci, devenue nuisible pour l'image du super-héros en perte de vitesse. Il ne fait décidément pas bon être une femme dans l'univers de The Boys...

    Le syndrome de la "Femme dans le frigo" encore trop utilisé

    La "Femme dans le frigo" ("woman in refrigerator" en anglais) est un terme créé sur le net par une fan de comics-books, Gail Simone, pour dénoncer l'utilisation disproportionnée de l'affaiblissement des personnages féminins, tués, blessés, violés ou affaiblis dans le seul but de servir l'histoire du héros masculin. On retrouve ce cliché dans tout un pan de la pop culture et des films d'action : Max Payne, Taken, John Wick, Gladiator... Particulièrement répandu dans les comics, ce terme provient de la série des Green Lantern, dans lesquels le héros, Kyle Rayner, découvre le cadavre de sa petite amie, assassinée par un ennemi, dans son réfrigérateur. 

    Dans The Boys, ce cliché est utilisé pas moins de deux fois. La première dès la séquence d'introduction de la série, dans laquelle la petite-amie de Hughie (Jack Quaid) est accidentellement tuée sous ses yeux par A-Train d'une manière particulièrement affreuse. Cette mort sert de point de départ à l'intrigue de Hughie, et de leitmotiv pour le faire rejoindre la bande de mercenaires menée par Butcher (Karl Urban). Et c'est ce même Butcher qui incarne la deuxième occurence du cliché de la femme dans le frigo, puisque nous découvrons au fil des épisodes que spoiler: sa propre femme est morte après avoir été violée par Homelander. Aveuglé par la douleur, Butcher agit depuis dans le seul but de se venger du super-héros. Contrairement à la bande-dessinée, la série prend le parti de maintenir son épouse en vie dans le cliffhanger de la saison 1 (et l'auteur de ces lignes ne connaît à ce jour pas l'issue de cette intrigue dans les comics). Mais force est de constater qu'une nouvelle fois, le prétexte de la mort brutale d'un personnage féminin est utilisé pour faire avancer l'intrigue d'un personnage masculin principal.

    Il n'est pas étonnant de retrouver ce cliché, très courant dans les comics, dans l'oeuvre de Garth Ennis : il est plus surprenant de le retrouver adapté en l'état dans une série en 2019 sans qu'un degré de lecture supplémentaire y soit apporté - et quand bien même ses propres créateurs revendiquent d'avoir tenu compte de l'évolution des moeurs à ce sujet et avoir conscience de l'importance d'une représentation juste de leurs héroïnes.

    Alors que la saison 2 de la série est en préparation et incluera une nouvelle actrice à son casting, laissons le bénéfice du doute à Eric Kirpke et aux co-créateurs de The Boys quant à la suite des événements, et à la possibilité d'une évolution moderne et pertinente de l'ensemble de ces personnages féminins à fort potentiel. 

    Retrouvez la saison 1 de the Boys en intégralité sur Amazon Prime Video : 

    The Boys - saison 1 Bande-annonce VO

     

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    Commentaires
    • Madolic
      Et encore une fois de où je suis pour un politiquement correct ?!Je suis juste contre l'irrespect.T'as un fossé entre être politiquement correct et être irrespectueux !Mais non comme depuis le début tu préfères extrapoler mes propos ^^
    • Madolic
      Bah non sinon le ciné serait bien fade, il faut juste pas que le réal filme son personnage comme si c'était cool d'être irrespectueux.Le bon cas d'école c'est OSS 117 le perso est exécrable et jamais il est filmé autrement le réal s'amuse de la misogynie du perso mais jamais ne la dédouane .Là où Michael Bay film des bon gros beauf américain comme des héros et film ses actrices comme des objetsTu vois la différence ? l'un à un perso mysogine mais le film ne l'est pas alors que le 2nd à soit disant des valeurs US mais est profondément misogyne.
    • PoD.
      Si vous partez du principe que les créateurs n’ont pas le droit de faire ce qu’ils veulent si ce n’est pas politiquement correct c’est de la censure, peut importe le nom qu’on lui donne
    • PoD.
      Donc j’ai le droit d’ecrire Des personnages héros masculin irrespectueux ? Ce n’est pas mal ?
    • Seb
      On y est pas encore ^^ Par exemple on peut pas dire que Blanche Neige soit un exemple quand on voit que la passion du perso c'est de faire le ménage, qu'elle est complètement naïve au point de tomber amoureuse du premier homme qu'elle croise ou accepter la première pomme qu'on lui tend :) C'est une représentation un peu éculée d'un autre temps , de la même manière un prince dont la seule caractéristique serait d'être beau , sans aucun autre trait de caractère développé , ça ne passerait plus , ça évolue des deux côté pas seulement pour les femmes :)
    • guzu
      Ouais, enfin ce qui m'inquiète c'est de savoir si ça ne passe plus aujourd'hui parce qu'on met des valeurs au centre de la table ou parce qu'on glisse lentement mais sûrement vers une censure généralisée. Moi ça a plutôt tendance a me fiche la trouille.
    • Seb
      Après ça peut etre un exercice intéressant de juger avec les critères moraux et sociaux actuels une oeuvre d'une autre époque qui ne passerait plus aujourd'hui :)
    • guzu
      Ouais c'était un peu plus que ça, limite taillage en pièce et revisite morale poussive.
    • Madolic
      Je pleure de rire ... seigneur ^^Non c'est plus nuancé que ça, je le trouve bien écrit le personnage de Rose elle n'existe pas que pour Jack et c'est ce que reproche l'article sur the boys que les persos féminins n'existent que pour faire avancer les persos masculins !Rien à voir avec une censure ou quoi que soit !être féministe dans l'écriture c'est savoir écrire TOUT ses personnages et pas seulement les hommes (et ce n'est pas du tout comme tu le sous entend écrire des perso masculin très respectueux et des personnages féminins ultra badass ... )
    • Madolic
      Mais c'est quoi tes arguments srx ?!! Pakistan etc, autant dire rien à voir avec le schmilblick !!On parle de CINEMA et du féminisme dans le CINEMA, je ne vais certainement pas parlé géopolitique ici ^^Et de où je me suis prononcé pour la censure, encore une fois bcp d’extrapolation et de raccourci dans ton argumentaire.
    • Seb
      Imaginer le futur possible par effet boule de neige et en faire une certitude c'est pas un argument.
    • PoD.
      Effectivement Si vous n’avez vraiment plus aucun argument c’est que j’ai raison et que vous avez tort voilà tout :) mes arguments sont ce qu’ils sont mais au moins moi j’en ai. je n’ai fait que mettre en avant votre hypocrisie sur la cause du féminisme. le féminisme est là meilleur des causes mais ce n’est pas en approuvant la Censure que vous le ferez progressez
    • PoD.
      Vous pleurez ? Je ne comprend pas vraiment pourquoi ni même le rapport avec le reste de la discussion mais courage :) Donc pour vous Titanic répond au stéréotype de la demoiselle de détresse sauvé par un l’homme ?
    • Madolic
      Oui prépare par toi à être opprimé par les femmes et tout autres minorités ... je pleure ^^
    • Madolic
      Oui d'accord si tu veux, je vais même pas répondre à une argumentation aussi foireuse ^^
    • BrokenHearted
      Ah bon, ils ont réécrit la série pour intégrer ce mouvement ? Merci de m'avoir donné définitivement une raison de ne pas perdre mon temps avec cette série. Je suis content d'avoir passé mon chemin.
    • PoD.
      Ma réponse et celle The Boys a cet article politiquement correct de gros bourgeois pseudo féministe et bien-pensant qui cherche la petite bête et veut à tout prix nous gâcher le plaisir ? - Majeur levé.....des deux mains ( et regret de ne pas en avoir une troisième :)aider des femmes battues dans des procédures ça c'est le féminisme et je l'ai fait !! applatire les séries et films sous le rouleau compresseur de la bien pensance et du politiquement correct jusqu'a ce qu'elle soit incolore, inodore et sans saveur c'est juste de la bêtise et de la paresse.
    • tueurnain
      Starlight y subit à l'origine un viol en réunion commis par Homelander, Black Noir et The DeepC'est pas the deep dans le comics, c'est A-train...Encore une erreur….
    • Détective CONAN
      Ce n'est que mon interprétation, mais j'avais justement le sentiment que la série critique la médiatisation de certain mouvement pour leur images et non pour leur convictions ^^
    • Awshit
      c’était vraiment très inintéressant
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