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    Créer le Joker : comment Burton, Nolan et Phillips ont abordé le personnage ?
    Par Corentin Palanchini — 6 oct. 2019 à 11:45
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    Retour sur la façon dont chaque acteur et chaque réalisateur ont envisagé de représenter le personnage du Joker. Seules les prestations dans des films "live" ont été retenues.

    Warner Bros.
    Batman (1966)

    Produit entre les deux saisons de la série live Batman avec Adam West, ce long métrage avait été pensé comme le pilote du show. Il sera finalement tourné plus tard, avec certains des acteurs de la série tels Adam West (Bruce Wayne), Burt Ward (Robin), Frank Gorshin (Le Sphinx), Burgess Meredith (Le Pingouin) ou... Cesar Romero, choisi pour incarner le Joker. Ce dernier refusera toujours, dans le film comme dans la série, de raser sa moustache, et il confiera la tâche de la dissimuler aux maquilleurs.

    Selon ses propres déclarations, Romero affirme qu'il a été démarché pour le rôle et que la qualité des scénarios l'a convaincu. Quant à savoir si le rôle était difficile ou demandait une préparation particulière, il se souvient : "Une fois que vous portez un costume avec son maquillage et sa perruque, vous changez complètement et vous êtes en immersion. C'était en fait un personnage très facile à jouer. Il faut se lâcher, rire et crier"

    Temps de maquillage : une heure. Romero se plaindra longtemps de la perruque qu'on lui faisait porter, scotchée sur son front, ce qui, le temps passant, lui provoquera de puissantes migraines.

     

    Batman (1989)

    Alors que Willem Dafoe fut un temps pressenti, Warner Bros cherche toujours qui sera le Joker du film préparé par Tim Burton. Jack Nicholson est courtisé, mais tarde à donner son accord, aussi Robin Williams est-il contacté et donne son accord, mais Nicholson, relancé par le studio, finit par répondre favorablement. C'est finalement lui qui est choisi, pour un salaire de 6 millions de dollars et un pourcentage sur les recettes totales (box-office et produits dérivés). Le succès du film sera tel, qu'il touchera plus de 50 millions de dollars.

    Tim Burton avait une idée bien précise de ce qu'il voulait montrer du Joker : "tout le film et la mythologie du personnage [de Batman], est un duel de monstres. C'est un combat entre deux personnages très dérangés. (...) Le Joker est un très bon personnage, car il y a chez lui une liberté totale. Chaque personnage qui opère hors de la société est un phénomène et un paria, qui peut faire ce qu'il veut. (...) La folie est de façon assez effrayante la plus grande liberté que l'on puisse avoir, car nous ne sommes alors plus liés aux lois de la société."

     

    Joker fut de son aveu même le rôle préféré de Jack Nicholson, qui confia à Esquire en 2007 : "J'étais très fier de ma performance en Joker. Je la considère comme une œuvre de pop art."

    Temps de maquillage : deux heures pour appliquer 355 adhésifs de silicone permettant de poser les prothèses peintes à l'acrylique. Jack Nicholson a eu la possibilité de choisir parmi six visages possibles et n'a signé son contrat qu'après avoir trouvé le bon visage, celui que l'on voit dans le film.

    The Dark Knight (2008)

    Paul Bettany, Lachy Hulme, Steve Carell, Robin Williams et Adrien Brody avaient exprimé leur envie d'incarner le Joker, mais c'est finalement Heath Ledger qui aura la préférence de Christopher Nolan. Le réalisateur avait rencontré l'acteur au moment du casting de Batman Begins. Ledger voulait alors le rôle de Bruce Wayne, mais il avait admis ne pas être le meilleur pour cela. Lorsqu'il passa une audition pour le Joker, il fut l'un des rares acteurs à ne pas avoir peur de la comparaison avec la performance de Nicholson. Du reste, Nolan l'avait adoré dans Le secret de Brokeback Mountain.

    Christopher Nolan s'est inspiré de la peinture pour le visage de son Joker : "Heath, John Caglione Jr. et son équipe de maquillage et moi avons cherché à quoi pouvait ressembler le maquillage du clown, pour le rendre plus effrayant et plus réaliste dans ses textures. Et je leur ai montré beaucoup des distorsions dans les peintures de [Francis] Bacon et le mélange des couleurs." Il ajoutait, au micro de la BBC : "Nous avons vu [Ledger] développer [son Joker], avec son costume et son maquillage (...) mais sur le plateau, il y avait toujours des moments comme son clapping ou des choses qu'il faisait avec sa voix. Sa voix était imprévisible. (...) Vous ne saviez jamais ce que ce mec allait faire, et c'est ce qui était terrifiant à son propos."

     Quant à Heath Ledger lui-même, il déclarait, à propos de son personnage, qu'il avait préparé pendant environ six semaines reclus, à peaufiner l'attitude et les maniérismes de son personnage : "J'ai fait de lui un psychopathe sans empathie et aucune conscience de ses actes, ce qui était amusant car il n'y aurait alors aucune limite à ce qu'il dirait, à comment il le dirait ou à ce qu'il ferait (...). C'est une combinaison de lecture de tous les comics que je pouvais, de celle du scénario, et d'une méditation (...) sur tout cela. (...) [Christopher Nolan] et moi avions les mêmes images en tête donc je m'y suis mis, je les ai trouvées, et j'en suis revenu".

    Temps de maquillage : moins d'une heure. Il était composé de trois pièces de silicone que l'on apposait chaque jour à Heath Ledger. L'acteur avait déclaré que cette méthode était plus rapide que d'installer des prothèses, et lui permettait de ne pas sentir qu'il portait un maquillage.

    Suicide Squad (2016)

    Le studio voulait Ryan Gosling mais celui-ci refusa, coincé par son agenda ou refusant de s'engager sur un contrat de plusieurs films (les versions divergent). Une fois sur le plateau, Jared Leto sera le supervilain du début à la fin de la journée, comme le racontait Will Smith à la radio en 2015, avant la sortie du film : "Je n'ai jamais rencontré Jared Leto. Nous avons travaillé pendant 6 mois et nous n'avons pas échangé un mot autre qu'"Action !" et "Coupez !" Nous ne nous sommes jamais salué ou souhaité la bonne journée. Je ne lui ai parlé qu'en Deadshot et il m'a répondu en Joker."

    Au micro de Rolling Stone, le réalisateur David Ayer avait décrit son état d'esprit à l'idée de représenter le personnage après le succès de celui de Ledger : 

    "Vous devez être à la fois respectueux et intrépide -et terrifié. (...) Mais lorsque vous faites de la rétroconception de quelque chose, vous vous dites que vous avez un acteur, du maquillage, une garde-robe, un scénario... et vous vous demandez : comment je procède ? Quel est le parcours ? Et Jared était je crois le premier acteur avec lequel j'ai commencé à travailler, et il était le plus impliqué dans l'idée d'explorer de manière hiérarchique. Il a fallu beaucoup de travail, de recherche et d'exploration. Il a commencé à petits pas. "Comment rit-il ? Quelle est sa voix ? Quelle est sa cadence ?" Puis il a énormément travaillé pour répondre à ces questions" (...). Le personnage a toujours été un gangster, vous savez ? Il a toujours fait partie de la pègre, depuis ses débuts dans les années 40 (...). Et il faut alors se demander ce à quoi un patron du crime organisé ressemble aujourd'hui ?"

    Outre le comics Arkham Asylum de Grant Morrison et Dave McKean, Jared Leto s'est inspiré de Davis Bowie et des cartels mexicains. Au micro d'Entertainment Weekly, il racontait en 2016 : "Nous savions que nous devions partir de zéro. Il y a eu de si bons précédents que nous savions que nous devions prendre une direction différente. Nous avons donc pris cette décision dès le départ, sachant que vous ne pouvez aller dans une certaine direction, donc vous devez en prendre une autre. Cela m'a été d'une grande aide. Mais le Joker est fantastique car il n'y a aucune règle. Le Joker se fait à l'instinct".

    Temps de maquillage : trois heures. Il fallait appliquer à l'acteur de faux tatouages en plus du maquillage.

    Joker (2019)

    Le studio voulait convaincre Leonardo DiCaprio de travailler sur cette production de Martin Scorsese, mais les choses changèrent et le cinéaste comme le comédien oscarisé ne furent plus impliqués. Le réalisateur Todd Phillips a finalement écrit son Joker en pensant à Joaquin Phoenix pour l'incarner. Il lui a fallu quatre mois pour persuader le comédien, qui d'ailleurs n'a jamais dit "oui" au rôle car comme le dit Phillips : "[Avec Phoenix], vous n'entendez jamais un "oui". Tout ce qu'il fait c'est poser plus de questions".

    Phillips voulait étudier le personnage dans ses moindres recoins, comme il l'a expliqué à Empire : "Cela va énerver les gens, mais nous n'avons pas suivi les comics. Nous avons simplement écrit notre propre version des origines que pourraient avoir quelqu'un comme le Joker. C'est ce qui m'intéresse, nous ne racontons même pas l'histoire du Joker, nous racontons comment il est devenu le Joker. Nous parlons d'un homme."

     

    Joaquin Phoenix a déclaré à propos de son personnage (au Festival de Venise) : "C’est son combat pour trouver le bonheur, pour ressentir la chaleur et l’amour qui m’intéressait. Ce personnage est tellement de choses pour moi. Ce qu’il était les premières semaines s’est révélé complètement différent de ce qu’il était à la fin. Il a constamment évolué. Je n’avais jamais eu une expérience comme celle-là. Plus imprévisible et libre nous étions, plus excitant c’était." (...). Il ajoute, au micro de LCI : "Je ne pense pas que [le Joker] cherche juste à attirer l’attention. Je pense qu’il veut susciter l’adoration. C’est un narcissique. C’est aussi simple que ça. Et je ne suis pas sûr qu’on puisse jamais satisfaire son besoin d’attention tellement il en réclame et il en a besoin".

    Temps de maquillage : Non communiqué. Il est assuré qu'il s'est basé sur celui du tueur en série John Wayne Gacy, qui amusait les enfants habillé en Pogo le clown. Le dossier de presse du film précise : "Le style final du Joker a été conçu par Phillips et Phoenix comme une exacerbation du maquillage habituel d'Arthur et mis en œuvre par la chef maquilleuse Nicki Lederman et son équipe qui ont utilisé le rouge et le vert primaires du personnage clownesque d'Arthur".

    "Joker" débarque le 9 octobre dans les salles :

    Joker Bande-annonce (2) VO

     

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    Commentaires
    • Batipou
      Oui ça peut être une piste de lecture du film. Mais ça lui enlève de fait toute sa portée sociétale et sa critique. Si c’est juste un patient qui s’invente une vie bon ben c’est un film sur les fantasmes d’un fou. Ça amoindrit l’impact.Ce qui me gênait un peu c’était ton reproche de ces différents niveaux de lecture. Dans Inception Nolan a laissé la porte ouverte à beaucoup d’interprétation et c’est ça qui le rend fascinant. Les théories en mode « il a sa bague à la fin donc il retrouve ses enfants » c’est la fin qui me plait justement le moins. Ce serait beaucoup trop simple.Pareil avec le Joker «  bon bah on peut pas avoir confiance en lui donc il a tout inventé » c’est tout à fait possible mais ça enlève de l’impact.
    • Seb
      Il a admis que rien ne nous disait si tout ceci était réel , ni même si le gars est vraiment le joker et n'est pas juste un patient d'Arkham qui s'est inventé une vie ^^
    • Batipou
      Le réal a dit qu’il répondrait aux théories un peu plus tard ! Il doit avoir des idées précises en tête. Une suite je ne dirais pas non mais faut voir.
    • Seb
      C'est ça qui m'embête le plus , on est censé avoir des indices pour combler les trous , mais là toutes les théories se valent et le réal ne donne même pas une petite part de son interprétation. Et maintenant que Phoenix commence déjà à dire qu'il ne refuserait pas de faire une suite ça veut probablement dire que certaines théories s'effaceront avec un prochain film ^^
    • Madozam
      j'imagine que ca devait être amusant de l'entendre !!!
    • Nicolas R
      Les gifs dans un article c'est cool mais quand y'a beaucoup à lire ça fait vite mal au crâne et aux yeux...
    • Batipou
      La fin est en effet très vaporeuse ! On est d’accord. Mais il peut aussi penser à Bruce Wayne qui a perdu ses parents vu qu’on revoit la scène à la fin.De toute façon ça n’enleve Rien. Je préfère penser que tout s’est réellement passé, ça permet bien plus de profondeur.Il y a de toute façon plusieurs niveau de lecture. On peut imaginer que Thomas Wayne est bien son père (vu le texte sur la photo) mais qu’il a produit un certificat d’adoption et foutant sa mère en asile profitant de ses problèmes psychologiques. Comme on peut dire qu’il a vraiment été adopté. Ça permet différents niveaux de lecture qui multiplient les analyses et les conséquences.Les théories développées sur ce film se tiennent pour la plupart. Car le film reste évasif sur certains aspects nous permettant de combler les trous !Tu peux penser qu’il a tout inventé vu sa dernière blague. Je trouvais juste ça dommage d’en conclure « mouais c’est comme Inception » autant je te suis sur Fight Club mais pas sur Inception
    • Seb
      Ils ont chacun montré une version et une différente facette du perso . C'est assez semblable aux comics en fait , il y a limite une version unique et aux antipodes de ce qui a été vu à chaque itération et à chaque auteur :)
    • Seb
      Sauf que le coup où à la fin il dit qu'il pense à une blague ça dit clairement que tout était peut-être imaginé ^^
    • Batipou
      Oui le côté Fight Club on est d accord. Les flashbacks étaient de trop mais c’etair Pour bien appuyer !Par contre, je ne vois pas vraiment d’interet a ce que tout le film se passe dans sa tête ! Oui le Joker est ambigu et on ne peut croire sur pièces tout ce qu’on voit à l’ecran Mais l’histoire est plus bien intéressante si elle s’est réellement passée.Le coup du « c’etait Un rêve ou un délire » sur toute la fin du film serait pour moi une grosse fainéantise si le réalisateur avait joué là dessus. Tant mieux pour moi qu’il ne laisse aucun indice car le propos du film est suffisamment fort par lui même pour terminer sur un banal « en fait il a tout inventé à l’Asile »
    • Seb
      Fight club pour le coup du woow en fait il était tout seul à tous ces moments là (qui est un peu trop poussé car on avait très bien compris rien qu'avec la scène chez la fille , pas besoin de faire un flash back ^^ ) Et Inception pour le coup du wooow peut etre que tout était dans sa tête , sauf qu'il y a aucun indice pour faire pencher d'un côté ou de l'autre , ce qui est un peu fainéant de la part du réal ^^ Sauf qu'on sait pas justement ,si ça se trouve le film n'est pas arrivé du tout .
    • Batipou
      Inception ? Pour Fight Club je vous la filiation mais le fond est très différent : Arthur provoque malgré lui la révolte, il ne cherche pas l’initier ou à répandre le chaos.Dans FC, le narrateur reprend son identité à la fin du film et devient enfin lui même. Arthur devient le Joker parce que son identité a été réduite à néant.
    • Seb
      Un mix de Fight Club et Inception en moins bien ... Meilleur acteur mais pas meilleur film ^^
    • ConFucAmuS
      Ce qui est admirable avec ces versions, c'est qu'elles sont démarquent toutes les unes par rapport aux autres, preuve de la grande richesse du personnage.Bon après, je suis moins client de l'itération proposée par Cesar Romero ou (pire) Jared Leto.J'ai toujours une préférence nette pour la vision de Ledger/Nolan, la plus jouissive des interprétations je trouve.Après j'aime beaucoup l'approche sensible, humaine et déstabilisante de J.Phoenix.Et évidemment, celle truculente et barrée de Jack Nicholson.
    • L'Quebecois
      Top Joker:1. Phoenix2. Ledger3. Romero4. Nicholson
    • Might Guy
      Le joker de Romero avait la voix de grominet en VF (ou dark Vador, pour ceux qui préfèrent).
    • Cedric C
      JOKER avec Joaquin Phoenix est un chef d'oeuvre ...
    • Madozam
      À part Cesar Romero que j'ai pas trop suivi, j'ai adoré toutes ces interprétations, mais celle de Joaquin Phoenix dépasse toutes les attentes !1
    • L'Indien zarbi à moitié a poil
      Les maquillages les plus flippants , pour ma part , sont Phoenix et Ledger.Il y a quelque chose de plus vrai, organique.Comme si le voisin sympa d'en face devenait, du jour au lendemain, un psychopathe prêt a tout.
    • Housecoat
      ça montre que les inspirations sont diverses. Quand l'un a joué le Joker a l'instinct immédiatement quand on lui a mis le costume, l'autre s'est préparé pendant six semaines, chacun pour créer sa propre version.L'inspiration du Joker de Phoenix est terrifiante. C'était évident mais osé.
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