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    Festival de Bordeaux (FIFIB) : rencontre avec la directrice de la programmation Natacha Seweryn
    Par Emilie Schneider — 26 oct. 2019 à 14:00
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    Le FIFIB, qui s'est achevé lundi 21 octobre, a accueilli cette année deux nouveaux programmateurs en chef, Edouard Waintrop et Natacha Seweryn. Entretien avec cette dernière qui revient sur cette 8ème édition.

    Quelle image aviez-vous du FIFIB avant d'en devenir la sélectionneuse ?

    Natacha Seweryn : Un jeune festival audacieux, avec une programmation défricheuse, de qualité, et des idées iconoclastes (Emmanuel Carrère et Amanda Lear sur la même affiche !). Un festival avec une image un peu « branchée ». J’ai découvert que cette image venait d’une communication sur les réseaux sociaux en phase avec notre époque, qui suscitait de l’amertume chez certains haters. Les directrices possèdent en effet certains codes et le festival est ainsi fréquenté par des jeunes. Ça n’en demeure pas moins de vraies passionnées, très intelligentes, avec des idées fortes. J’admire le courage des deux fondatrices. C’est un vrai espace de liberté pour le cinéma contemporain : une programmation riche, une magnifique énergie, des concerts tous les soirs, des lieux de rencontre entre le public et les réalisateurs. Je suis très fière d’avoir été nommée directrice de la programmation de ce festival.

    Selon vous, qu'est-ce qui distingue le festival par rapport aux autres manifestations en France ?

    Qu’il ait été créé par deux jeunes femmes rend possible toutes les audaces qu’il est plus difficile de défendre dans des manifestations plus anciennes. Elles me font confiance et décomplexent certaines de mes envies profondes, elles laissent de la place à chacun. Cette première édition, avec de la comédie, des films d’auteur ambitieux, une programmation éclectique, est en quelque sorte un manifeste dont je suis très fière : James Gray, Jodorowsky, Charles Burns, Cogitore, Zal Batmanglij, beaucoup de comédies, des films politiques forts, ainsi qu’une sélection de films de « contrebandes » très relevée.

    Fox Searchlight Pictures
    "Sound of My Voice" de Zal Batmanglij, membre du jury de la compétition internationale.

    Comment avez-vous rejoint le comité de sélection ?

    J’ai dû trouver une mission complémentaire en urgence à l’été 2018, car le festival Premiers Plans n’a pas tenu un de leurs engagements. J’ai contacté le FIFIB. Elles m’ont proposé de coordonner une résidence de développement en parallèle de ma mission de programmation, raccourcie sans justification, par Angers. Je suis tombée amoureuse de la liberté du festival de Bordeaux, de son organisation, et de toutes les possibilités que j’y voyais. J’ai proposé de les rejoindre.
    Edouard Waintrop n’avait pas encore répondu à leur invitation à la direction de programmation. Les deux fondatrices ont réussi à sortir du carcan qui exige une tête dirigeante unique, symptôme selon moi d’un monde malade qui se cherche encore un papa : on a été nommé tous les deux directeurs de la programmation en janvier 2019, avec des parties différentes à programmer. Nous sommes complémentaires et nos différences renforcent la dynamique du festival. Cette configuration était neuve et excitante. J’ai alors quitté Angers, qui me paraissait pâtir d’un fonctionnement archaïque avec lequel je n’étais plus en accord. Quand le système des dominants vous rejette, et si vous êtes sincère dans votre envie, que vous n’avez pas peur de travailler votre talent, que vous avez quelque chose à dire d’original sur le monde, soyez sûr que vous aurez toujours notre attention et notre curiosité au FIFIB.
    C’est cette dimension que je souhaite explorer en programmation et qui me semble être un des enjeux importants à venir. Le faire sans amertume, en cherchant à construire un modèle ‘autre’ que ce qu’on nous propose est une aventure tellement excitante et nécessaire pour le cinéma. Nos nouveaux modèles de société se construisent désormais par l’image. Les festivals y ont une part importante à jouer.

    Quand le système des dominants vous rejette, et si (...) vous avez quelque chose à dire d’original sur le monde, soyez sûr que vous aurez toujours notre attention et notre curiosité au FIFIB.

    En vous accueillant, vous et Edouard Waintrop, le festival renforce son envie de rayonner à l’international. Quelle ambition avez-vous pour le FIFIB ?

    J’aimerais construire des programmes que le festival puisse défendre à l’étranger. Créer des réseaux d’affinité entre différents festivals, comme un réseau de contre-culture. J’ai déjà plusieurs idées en tête. J’aimerais aussi me concentrer sur les nouveaux cinéastes francophones partout dans le monde. Le cinéma français doit se réinventer dans un dialogue avec la francophonie au sens le plus large possible, ainsi que questionner sa pertinence. Nous enclenchons également un développement au niveau régional. On a commencé à travailler avec les festivals de Brive et Poitiers, ainsi qu’avec une résidence pluridisciplinaire dans la Creuse, la Métive. On oublie souvent que le cinéma est un moyen formidable pour faire dialoguer des cultures. A petite et grande échelle.

    Parlons du déroulement de la sélection : combien de temps en amont du festival commencez-vous à la préparer ? Combien de films avez-vous visionné au total ?

    Je suis attentive dès à présent aux sélections des différents festivals. Je visionne des films quotidiennement. Et je commence à chercher du travail. Le métier de programmateur est un peu précaire, mais je suis passionnée. Ma période intensive de travail commence en juillet. Mélissa Blanco programme et s’occupe du bureau des films : elle réceptionne les films, nous sommes toutes les deux en contact avec les vendeurs et distributeurs. Sébastien Jounel regarde les courts métrages. Nathan Reneaud s’occupe de la partie FIFIB formation et il est dans le comité des longs métrages. Nous avons visionné plus de 1000 films en tout.

    Potemkine Films
    "Terminal Sud", l'un des films primés de cette 8ème édition.

    Au-delà de la sélection, vous vous occupez également de la programmation transdisciplinaire et du Fifib Création, le volet professionnel du festival. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces deux missions ?

    La programmation transdisciplinaire s’intéresse aux nouvelles technologies dans une conception large : nous montrons de la réalité virtuelle, mais nous mettons également en avant des artistes qui s’emparent des réseaux sociaux comme outil de création. Sara Sadik, Seumboy Vrainom, Tabitha Swanson et Elisabeth Caravella ont montré des oeuvres inédites. Nous avons aussi montré pour la première fois, avant sa diffusion en ligne, la websérie documentaire d'Anaïs Volpé et Alexandre Desane, sur les autodidactes en France. Ça résume bien l'esprit de cette programmation : les nouvelles technologies donnent la possibilité à des voix nouvelles de s'exprimer, car elles permettent de créer des nouveaux réseaux d'expression et de diffusion, sans passer par les structures habituelles de cooptation, plus pyramidale. Cette série interroge de manière pertinente le "culte" du diplôme en France.
    Le FIFIB création est coordonné par Elodie Ferrer, c’est un espace de discussion et de rencontres pour les professionnels. Je m’occupe de la résidence de développement en amont du festival : le CLOS. J’accueille 6 projets de courts et longs métrages que l’on développe avec les réalisateurs et des intervenants de leurs choix, pendant 10 jours. Ils viennent ensuite présenter leur projet aux professionnels du festival. Un temps d'écriture en amont couplé à des rencontres avec les professionnels à l'issue de la résidence commence à faire ses preuves... les premiers films qui y ont été développés sont bientôt terminés. Et ils donnent très envie.

    Cette édition 2019 touche presque à sa fin. Quel souvenir gardez-vous de cette première année au sein du festival ?

    Beaucoup d'émotions, beaucoup de joie, mais trois moments resteront gravés très longtemps. Les rires qui ne s’arrêtaient pas pendant la projection d’Enorme de Sophie Letourneur. Les conversations des adolescents après la projection de Sans frapper : ils discutaient entre eux de certaines limites que la masculinité leur imposait. Je les ai suivis discrètement pour entendre leur conversation. Le film avait déplacé quelque chose des notions enfouies sur ce que c’est « qu’être un homme ». Mais aussi la puissance de Rabah Ameur-Zaïmeche pendant la rencontre avec le public. Il sait prendre le temps nécessaire pour que chaque mot résonne. Ça laisse émerger des émotions et des sensations qui infusent lentement pour percevoir autrement le monde. A l'image de son film. 

    La bande-annonce de Noura rêve, Grand Prix de la Compétition Internationale, en salles le 13 novembre :

    Noura rêve Bande-annonce VO

     

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