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    Hollywood : les studios auront-ils bientôt leurs propres salles de cinéma ?
    Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 20 nov. 2019 à 13:00
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    Le Département fédéral de la Justice US se déclare prêt à mettre fin à la loi antitrust dite "Décret Paramount", qui interdit depuis 1948 aux Majors de posséder leurs propres circuits de salles de cinéma.

    Une annonce qui fait l'effet d'une bombe. Selon les propos rapportés par le site business Bloomberg, Makan Delrahim, le procureur général adjoint de la division antitrust du ministère de la Justice des États-Unis, a fait une déclaration ce lundi à Washington, selon laquelle le gouvernement fédéral se dit prêt à mettre fin à la loi antitrust connue sous le nom de "décret Paramount"; une jurisprudence validée par la Cour Suprême fédérale en 1948. L'idée de ce revirement ? Permettre à nouveau aux Majors d'acheter des salles de cinéma, ce qui leur permettra, in fine, de contrôler à nouveau toute la chaîne de commandement, de la production à la diffusion des oeuvres dans leurs propres salles. Pour que cet arrêt soit cassé, il faut néanmoins une nouvelle décision de justice.

    "Alors que l'industrie du film connaît toujours plus de changements, avec les innovations technologiques, avec de nouveaux modèles économiques et l'essor du streaming, nous avons l'espoir que la fin du décret Paramount dégage la voie à l'innovation et à sa consommation" a précisé Makan Delrahim. Dans la foulée de cette annonce, le cours des actions de sociétés exploitantes de salles de cinéma côtées en bourse a bondi.  Celui de AMC Entertainment Holdings Inc., le numéro un du secteur, a vu son action bondir de 6,9%. Celui de son concurrent, Cinemark Holdings Inc., de 1,5%, tandis que celui de Imax Corp. a grimpé de 4,7%.

    Ces hausses suggèrent que certains analystes pensent que cette décision -historique- du Département de la Justice pourrait entraîner le rachat par une Major de l'une de ces sociétés exploitantes de salles. Il est effectivement plus facile d'étendre son empire - à commencer par celui, désormais gigantesque, de Mickey- en pratiquant la diplomatie du carnet de chèque... Une vision que tient quand même à nuancer Amine Bensaid, l'analyste maison de Bloomberg : "je ne sais pas si cela fait sens pour une Major d'acheter un réseau de salles. Oui, cela pourrait les aider à faire davantage de marges, dans la mesure où elles ne seraient plus obligées de partager la moitié des profits avec les salles. Mais dans la mesure où l'on se dirige davantage vers le streaming, les Majors pensent déjà à sortir leurs productions plus modestes directement sur les plateformes".

    La loi anti-trust et la fin du Studio System

    Comme souvent, pour ne pas dire toujours, il faut se pencher sur le passé pour mieux comprendre ce qui se joue. La décision United States Vs Paramount Pictures, aussi connue sous les termes de procès antitrust de Hollywood, décision Paramount ou décret Paramount, est une décision essentielle de la Cour suprême des États-Unis dans le domaine du droit de la concurrence. La cour estima en effet que les pratiques des studios, qui détenaient leurs propres circuits de distribution, leurs propres chaînes de cinéma et négociaient des droits d'exploitation exclusifs, étaient en violation des lois interdisant certaines formes de restrictions verticales. Pour le droit de la concurrence, cette décision fit jurisprudence pour les cas ultérieurs de contestation des formes d'intégration verticale. Pour le cinéma, cette décision marqua la fin définitive du Studio System.

    Après plusieurs décennies de grogne du côté des indépendants, notamment des exploitants, le ministère de la Justice avait déjà intenté une première action en 1938. Dans le contexte du New Deal lancé par le président Franklin D. Roosevelt, la lutte contre les monopoles devint une des priorités du gouvernement. Thurman Arnold, chef de la section anti-trust du ministère de la Justice, multiplia les enquêtes et les poursuites judiciaires. Il intenta des actions dans les domaines de l’automobile, de l’énergie, des produits laitiers et du bâtiment. Le 20 juillet 1938, Thurman Arnold lanca son offensive contre les majors hollywoodiennes. Mais le processus fut particulièrement long et ralenti par la guerre. En 1948, la Cour suprême statua enfin avec la décision « United States Vs Paramount Pictures » : le secteur de l’exploitation devait désormais être dissocié du secteur production / distribution.

    Cette décision entraîna de profonds changements, mais ne marqua pas la fin de la prépondérance des Majors, qui se concentrèrent désormais sur la production et la distribution. Le passage des films en salle devenant plus incertain, elles diminuèrent radicalement leurs productions. Plus question aussi de faire des films de prestige ou expérimentaux : il s’agissait désormais de se consacrer uniquement aux films dont le succès pouvait être garanti. Comme un écho évident à la situation actuelle, où les Majors sont plus que jamais obnubilées par les Tentpole Movies et les déclinaisons industrielles des franchises multimilliardaires...

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    Commentaires
    • Ryo H
      Sauf que non, ça ne concernerait que les US, dans certains pays, les studios ont déjà leur chaine de cinéma (Warner en Italie par exemple). Et en France, Gaumont, Pathé ou UGC sont également producteurs et distributeurs de films (et aussi Mk2 du reste).Pour que ça ait un vrai impact, il faudrait que Disney puisse racheter sufisament de salles pour se passer des deux mastodontes français, ce dont je doute (Les deux UGC principaux de Paris, Halles+Bercy, c'est plus d'un quart des entrées parisiennes).Ils ne peuvent pas se risquer a conserver l'exclusivité de diffusion alors qu'il n'auront que quelques dizaines de cinémas. Pour les US, je ne sais pas comment ça se passera par contre.
    • Madozam
      oufff difficile comme décision !! du coup où est-ce qu'on va voir des films indépendants si ce n'est qu'en steaming ??
    • Madolic
      Voilà qui va encore plus écarter les petites productions ...
    • Lux ferre
      Est-il judicieux d'investir dans des salles de projections? Jamais les diffuseurs domestiques n'ont été aussi performants (Dolby vision/Atmos, écran + de 75 pouces,réalité virtuelle,bluray4K,fibre,4Gbox, ...). Ma dernière expérience intéressante de cinéma, c'était au voltarium d'Europapark. Cela coûte une fortune pour obtenir ce résultat qui est valable en 2020, mais il ne faut pas moins.
    • scarface666
      C'est pareil pour le reste du monde. Ça autoriserait purement et simplement aux studios de créer leurs chaines de cinéma (et pas juste aux U.S, même en France et en Belgique). Tu vois ce qui s'est passé avec Disney+ ? Ils ont enlevés leurs productions de Netflix pour les rendre inédites à leurs plateformes de streaming. Bah c'est ce qu'il va se passer mais avec des salles de cinéma. Les productions Disney ne seront visibles que dans des cinémas Disney et les UGC, Kinépolis Et/ou cinéma indés vont l'avoir dans le fondement. Mais comme on a dit, ça c'est le scénario le plus dramatique. Ça n'arrivera probablement pas, ou juste partiellement. Y'aura moins de copies disponibles pour les cinéma concurrents je pense, et si ça arrive, pas avant des années. Faut que ça se construise tout ça, aussi. Ça concerne bien évidement en premier lieu les U.S mais ça finira par se répercuter ici.
    • Corentin D
      Après j'aimerais quand même connaître l'impact réel sur les cinémas français. Parce qu'on nous parle dans cet article d'une loi américaine et d'exploitants américains.
    • scarface666
      Enfin ça, c'est le worst case scenario, j'imagine que ça va surtout réduire le nombre de copies envoyées aux exploitants concurrents et non pas fatalement leur empêcher toute diffusions.
    • scarface666
      Je voudrais juste rappeler que si Disney, par exemple, vient a ouvrir ses propres salles de cinéma, c'est le seul endroit où tu pourrais y voir des Marvels. Donc plus de concurrence, et le prix du billet pourrait tout aussi bien crever le plafond (comme Kinepolis), comme être dérisoire. Rien n'est moins sur. Sinon, je suis ok que Kinepolis déconne avec ses prix de billet, mais faut pas oublier que ce sont des multiplexes aux pointes de la technologie, comme la projection lasers, le HFR, le Real 3D, l'IMAX (le seul en Belgique), le Dolby Atmos. Ça se répercute sur le prix, forcément. Peu de petits exploitant peuvent proposer ça. Je dis pas que c'est indispensable en revanche. Je vais voir la plupart de mes films en projo classique, perso.
    • Ha'Otep
      Kinepolis si ils proposaient leurs films a des prix plus abordable j'aurais un peu plus de peine si ils venaient a disparaitre, mais pour le moment ca me fait une belle jambe.
    • Seb
      Vivement l'hégémonie des Mickeyrama sur le monde , avec l'impossibilité de voir les blockbusters dans d'autres salles de cinémas ils seront obligés de mettre la clé sous la porte et Disney maîtrisera toute la chaîne de divertissement de la production jusqu'à la diffusion et sur tous les types d'écrans ^^
    • scarface666
      Ça souffle le chaud et le froid cette décision.Sur le papier, ça fait une barrière en moins pour les majors à faire des productions plus risquées et moins grand publique mais la première raison est évidemment de faire plus de profit encore... et au final ce sont les petits exploitants de salle (et même les gros, dans une moindre mesure, comme Kinepolis et UGC) qui vont prendre cher quand les Marvels et autres conneries à 200 patates n'y seront plus diffusés !
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