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    Harcèlement : avant Adèle Haenel, le témoignage de Noémie Kocher, victime de Jean-Claude Brisseau
    Par Mégane Choquet avec Mediapart — 20 nov. 2019 à 16:45
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    Il y a une quinzaine d'années, Noémie Kocher avait poursuivi le réalisateur Jean-Claude Brisseau pour harcèlement sexuel. Après le témoignage d'Adèle Haenel, Mediapart a rencontré l'actrice qui avait été conspuée à l'époque par la profession.

    Jacob Berger

    Après avoir livré une importante enquête sur les agissements du réalisateur Christophe Ruggia sur Adèle Haenel lorsqu'elle était mineure, Mediapart continue son investigation de l'omerta qui règne dans le cinéma français quant aux violences sexuelles. La journaliste Lenaïg Bredoux a rencontré l'actrice et scénariste Noémie Kocher qui avait dénoncé son agresseur, le réalisateur Jean-Claude Brisseau (Noce blanche, L'Ange Noir, Choses secrètes, Les Anges exterminateurs) au début des années 2000. Ce dernier, qui avait été condamné en 2005 pour harcèlement sexuel et l'année suivante pour agression sexuelle, est décédé le 11 mai 2019.

    Noémie Kocher faisait partie des quatre comédiennes à avoir porté plainte contre le cinéaste français, très apprécié par la profession. Mais en réalité, selon Mediapart, plus d'une vingtaine de femmes ont apporté des témoignages sur le comportement de Jean-Claude Brisseau qui imposait des essais érotiques aux actrices lors de castings pour "satisfaire [ses] pulsions sexuelles". Pourtant, comme le rappelle Mediapart, ce scandale n'a pas éclaboussé le cinéma français, bien au contraire. Initiée par Les Inrocks, une pétition avait été lancée en soutien au réalisateur. Parmi les signataires, des journalistes, des étudiant(e)s en cinéma, des acteurs, des actrices, des cinéastes, des producteurs (la liste complète). On retrouve notamment Jean-Pierre et Luc Dardenne, Eric Rohmer, Olivier Assayas, Rebecca Zlotowski, Claire Denis, Bertrand Bonello, Roschdy Zem, Aure Atika.

    Avaient également signé à l'époque : Christophe Ruggia, accusé récemment par Adèle Haenel d'attouchements sur mineure, et Catherine Corsini et Bertrand Bonello, co-présidents de la SRF (Société des Réalisateurs de Films). La pétition stipulait alors : "Nous aimons les films de Jean-Claude Brisseau. Nous avons vu et admiré De bruit et de fureur, Noce blanche, L'ange noir, Choses secrètes, etc. La manière dont certains médias ont rendu compte du procès qui lui est fait nous semble insupportable. C'est un artiste, un artiste blessé. Jean-Claude Brisseau n'est pas seul, nous sommes à ses côtés. Nous le soutenons et attendons ses films à venir. Tous ses films."

    Jacob Berger

    À l'époque des faits et même lorsque l'affaire Weinstein et le mouvement #MeToo ont émergé, certains médias, conciliants avec Jean-Claude Brisseau considéré comme un "enfant-symptôme du cinéma", n'ont pas pris au sérieux les témoignages des victimes du cinéaste. Alors quinze ans plus tard, le témoignage de Noémie Kocher, bouleversée par la prise de parole d'Adèle Haenel, apporte un nouvel éclairage sur l'omerta qui règne dans le milieu du cinéma français et des critiques de cinéma.

    Pour autant, l'actrice et scénariste, qui a été virée du tournage de Choses secrètes par Jean-Claude Brisseau après avoir refusé la violence sexuelle subie, a ainsi confié à Mediapart qu'elle ne perdait pas espoir : "Aujourd'hui, je suis optimiste pour la société dans son ensemble. Si elle accepte d'entendre et d'évoluer. Si elle écoute le cri que les femmes s'autorisent aujourd'hui. Je ne sais pas s'il y a eu des conséquences négatives sur ma carrière et je ne le saurai jamais. Ça n'a aucune importance. Si c'était à refaire, je ferais la même chose."

    Jean-Claude Brisseau m’a coupé les ailes à un moment où je prenais mon envol.

    Mais cela n'empêche pas de cacher des blessures, comme Noémie Kocher le raconte à Mediapart : "Ce que je sais en revanche, c’est que Jean-Claude Brisseau m’a coupé les ailes à un moment où je prenais mon envol, où j’avais des premiers rôles à la télévision, où j’avais eu un premier rôle au cinéma. Il m’a ensuite fallu du temps. Il m’a fait perdre des années. Ce gâchis, c’est lui, et uniquement lui. Ce n’est pas le 'milieu'. Et je ne crois pas que j’ai été refusée pour des rôles parce que j’ai dit 'non' à cet homme et que j’ai été jusqu’au bout pour être entendue. Et si c’est le cas, tant pis !"

    Elle s'est rendue compte que les comportements avaient changé autour d'elle, notamment avec l'affaire Weinstein et le mouvement #MeToo, alors qu'à l'époque, l'actrice et les autres plaignantes ont été conspuées. Elle explique à Mediapart : "On a tellement été critiquées et décrédibilisées dans la presse, qu'on ne s'est pas rendu compte qu'on avait fait quelque chose de bien. Je l'ai réalisé il y a deux ans, avec l'affaire Weinstein. Par les mots, les témoignages que j'ai reçus alors." Ainsi, plus de dix-huit ans après, la parole de Noémie Kocher émerge à nouveau, faisant suite au témoignage marquant d'Adèle Haenel.

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    Commentaires
    • Ryo H
      Qu'il soit le patron, ne veut pas dire qu'il est responsable du contenu de chaque article. Légalement c'est le cas, mais c'est tout. Ce n'est pas lui qui écrit chaque article. Tu verras que quelque soit la structure ou tu travailles, tu ne peux pas être garant de 100% des agissements de chacun de tes employés. Le procès d'inquisiteur que tu fais a Plenel, historiquement on pourrait le faire a tous les éditorialistes, et plus généralement, a tous les journalistes. Factuellement (et pas théoriquement), c'est ce qu'il font. Dévoiler la vérité, rendre le monde plus moral, jouer les justicier de la plume. Si le journalisme est un contre-pouvoir, c'est bien que c'est un pouvoir.Et oui dans le monde merveilleux des bisounours, le journaliste est un preux chevalier blanc qui se bat dans le camp du bien pour sauver la veuve et l'orphelin, dans la vraie vie du monde véritable, personne n'est neutre et chacun vient défendre ses idées et ses positions. Certains ont juste plus (souvent) raison que d'autre.PS : Je te tutoies si je veux, que je sache, tu n'es pas plusieurs? Donc tutoiement, singulier, vouvoiement, pluriel. Je ne fais que respecter des règles basiques de grammaire.
    • Ryo H
      T'as conscience que Mediapart ce n'est pas que Plenel? C'est quoi cette envie quelque peu fourbe de vouloir détourner l'attention du sujet? Sachant que, quand bien même ce média ou Plenel ne soient pas irréprochable, ça n'enlève rien a la légitimité de ce combat et des articles en question.C'est quoi ton argument? Parce qu'on a fait ou dit une connerie notre parole n'a plus de valeur ad vitam eternam? Une bonne attaque ad personam des familles...
    • Abe
      Faire des enfants c'est bien, les éduquer c'est bien aussi.Avant Elles tu avais aussi une maman (que j'espère que tu as toujours) qui a fort mal fait son taff avec toi.
    • mekah
      Pour être honnête, il faudrait préciser que ces colloques (2 pour être précis) n'étaient pas organisés par Plenel qui n'a donc rien à voir avec le fait que Ramadan y était invité aussi, et ils ont eu lieu bien avant les accusations.
    • ouadou
      Mediapart au chevet des femmes... Mais Plenel aime bien les colloques avec Ramadan... Quand la nausée opportuniste est à son maximum, on peut toujours avec un Edwy !
    • Pedro
      le milieU, que je croyaiS, l'âge, je revoiS, les majuscules...fichtre.
    • Zeorymer
      Ils sont toujours là, ils sont juste plus insidieux en lâchant des remarques comme Adèle Haenel, pourquoi elle a attendu aussi longtemps. Et pourquoi elle porte pas plainte, et pourquoi ci et pourquoi ça.Brisseau lui a quand même pu réaliser les Anges exterminateurs pour donner SA version (trompeuse et romancée) des accusations (véridiques elles) qu'il a subit.
    • Cowboys from Hell
      Je me demande comment se sentent maintenant ceux qui ont signé la pétition.
    • Chocasse
      Ils sont où les défendeurs de l'indéfendable ?
    • Hareng rouge
      si ca te paraissait normal c'est peutetre que le probleme vient de toi
    • ConFucAmuS
      Je n'avais pas connaissance de cette affaire. Atterrant, à plusieurs niveaux. Déjà évidemment le traitement infligé à Noémie Kocher ainsi qu'aux actrices concernées par ce comportement scandaleux.Et choqué de voir certains médias prendre partie de manière aussi ostentatoire. Personne ne remet en cause le principe de présomption d'innocence mais ce type de procédé dépasse les bornes à un point qui donne la nausée.
    • Gcm B.
      merci à elleS... oui j'insiste sur le pluriel. Je travaille dans le mileux du spectacle et au début de ma carrière (en 2000), j'ai été témoin de choses que je croyaient normales et qui étaient en fait du harcèlement. aujourd'hui, avec l'age, le confort du grade, si je revoit les même choses, qui que ce soit, il ne s'en sortira pas de la même façon.Merci mesdames de m'avoir ouvert les yeux
    • Nelchael
      Merci à elle
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