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    Parasite : "En Corée, certains spectateurs ont eu honte d’aimer le film" explique Bong Joon-ho
    Par Clément Cusseau — 4 déc. 2019 à 10:00
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    Invité d'honneur du festival Lumière en octobre dernier, le réalisateur coréen Bong Joon-ho - sacré Palme d'Or 2019 pour son électro-choc "Parasite" - est revenu pour nous sur le succès inouï de son film (1,6 millions d'entrées en France !).

    The Jokers

    Quel rôle a joué le distributeur The Jokers sur le succès de Parasite en France ?

    Bong Joon-ho : En terme de création, un film n'est réellement achevé qu'au moment de sa projection en salles, et je peux donc dire que je considère les chargés de distribution comme mes collègues car ils font partie intégrante du processus de création. Manuel Chiche, le fondateur de The Jokers, n’a pas choisi mon film comme s’il faisait ses courses dans un supermarché, mais parce que nous travaillons ensemble depuis de longues années, il avait notamment distribué le film Sea Fog que j’ai produit. Il a choisi de travailler sur Parasite avant même d’avoir lu le scénario, il souhaitait vraiment travailler avec moi sur ce projet, et c’est cette passion qui a selon moi permis au film de récolter d’aussi bons échos auprès du public français.

    Ressentez-vous une nouvelle forme de pression depuis votre Palme d’or, et comment l’obtention de ce prix va-t-elle influer sur vos prochains films ?

    Recevoir un prix est toujours une fierté, mais c’est en même temps un poids. Le lendemain du palmarès de Cannes, je n’avais pas l’impression que les choses avaient changé, le monde autour de moi était resté le même. C’est donc ce sentiment que je garde en tête quand je travaille, comme si rien n’avait changé, et d’ailleurs les deux projets que je développe actuellement ont été commencés avant même que je gagne la Palme.

    Comment vous viennent vos idées de films ?

    Cela dépend vraiment des films. Pour The Host et Okja, les idées me sont venues sous forme de fantasmes, bien entendu pas des fantasmes d’ordre sexuel mais plutôt des sortes d'illusions. Quant à Parasite, j’avais à coeur de trouver une histoire qui tournerait autour du verbe "s’immiscer", l’idée d’un hôte qui pénètre dans un corps pour s’y installer… Moi-même j’ai donné des cours particuliers pour des enfants de familles très aisées, et c’était quelque chose d’assez étrange car au fil de semaines, je m’intégrais peu à peu aux familles, dans leur vie privée, et il y avait presque un côté voyeuriste à cela.

    Vos conflits avec le producteur Harvey Weinstein sur le tournage du Transperceneige ont-ils inspiré le rapport de force social de Parasite ?

    Mon conflit avec Weinstein a débuté à l’été 2013 pour s’achever un an plus tard, puisque le film est sorti en 2014. Mais l’idée de Parasite n'est pas née de cette histoire, j’ai imaginé le projet quelques mois auparavant, cela n’avait donc aucun rapport avec lui d’autant que l’idée de Parasite me rendait heureux, un sentiment incompatible avec ce personnage. Mais si mon expérience avec Weinstein avait inspiré l’un de mes films, je ne dirais pas que cela serait Parasite mais plutôt Okja.

    Parasite
    Parasite
    Sortie le 5 juin 2019 | 2h 12min
    De Joon-ho Bong
    Avec Kang-Ho Song, Woo-sik Choi, Park So-Dam, Chang Hyae Jin, Sun-kyun Lee
    Presse
    4,8
    Spectateurs
    4,5
    Noter ce film

    Parasite a réussi le double exploit d’attirer dans les salles des spectateurs peu connaisseurs du cinéma coréen, mais aussi de plaire pour des raisons diverses : son contenu social, ses retournements de situation, le climat du film… Mais l’une des grandes forces du film est finalement de tisser un climat de cruauté psychologique sans tomber dans le manichéisme, aucun personnage n’est blanc comme neige…

    Je suis tout à fait d’accord avec vous ! Dans le film, aucun personnage n’est vraiment un saint et à l’inverse il n’y a pas non plus de véritable monstre. Cela permet dès lors de rendre le film beaucoup plus réaliste, mais cela donne aussi plus de force au dénouement ; l'acte de violence final interroge le spectateur, et c’est justement la question du "pourquoi" qui est la plus intéressante à mes yeux. Je vous rejoins également sur la cruauté psychologique que vous soulignez, il y a une forme de vérité crue dans le film, c’est-à-dire qu’elle montre des choses dont le public a le plus souvent conscience sans pour autant oser l’avouer, comme par exemple lorsque l’on est confronté à quelqu'un qui sent mauvais et que l’on ne peut pas lui dire. Il y a dans ce film un côté gênant, mais qui paradoxalement nous procure également du plaisir. D’ailleurs en Corée, certains spectateurs ont reconnu avoir eu un peu honte d’aimer le film à cause de cet aspect.

    Tout le malaise du film repose à la fois sur notre capacité à comprendre ce geste de violence et en même temps à le condamner. Il est vrai que la fin de Parasite nous questionne au plus profond de nous-mêmes, sur notre propre définition de la morale…

    En Corée, cette fin a effectivement divisé le public, notamment en raison du fait que certains spectateurs comprenaient ce passage à l’acte, et cette simple idée les a effrayés. Une autre partie du public en revanche ne comprennait pas ce changement d’attitude, pour eux la situation ne le justifiait pas, ce qui a provoqué des échanges avec les gens de leur entourage pour essayer de comprendre le sens de cette scène. C’est donc pour cette raison que Parasite génère des sentiments ambigus auprès des spectateurs. Pour moi cette scène doit essentiellement au talent de Song Kang‑ho car c’est un passage que nous avons tourné rapidement et le plus simplement du monde mais je pense effectivement que le sentiment est renforcé par le choix du gros plan sur son visage et son déguisement ridicule d'indien.

    Vous avez confié penser que Parasite ne s’adressait qu’au public coréen, or les spectateurs occidentaux se sont énormément reconnus dans votre film, puisqu’il aborde des thèmes universels comme l’ascenseur social et l’opposition des riches aux classes plus modestes…

    Je préfère plutôt parler de respect, pour moi c’est vraiment le thème central du film, ou plutôt ce qui se passe lorsque ce respect disparaît totalement. C’est le terme que je préfère employer plutôt que des mots plus académiques et durs comme capitalisme, ou lutte des classes sociales.

    Parasite est disponible dès aujourd'hui en coffrets DVD / Blu-Ray.

    Propos recueillis par Clément Cusseau à Lyon le 18 octobre 2019

    Traduction : Yejin Kim / Remerciements : Manuel Chiche et le festival Lumière

    La bande-annonce de Parasite de Bong Joon-ho, Palme d'Or 2019 :

    Parasite Bande-annonce VO
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    Commentaires
    • DeAdZ
      Non mais attends ! J'espère que tu as vu ses anciens métrages.Quand je dis que dans ses autres films il a déjà abordé les thèmes, évidement je sous-entendais aussi le fait qu'il ait créé de grand film, qui pour le coup peuvent être considérés comme des chef-d’œuvres, dans le film Memories of Murder c'est incroyable à quel point il cherche à nous montrer l'absurdité de la Corée du Sud à travers la manière d'agir des policiers, il nous montre pas simplement la pauvreté en Corée mais son incompétence, son incapacité à trouver des solutions.Dans The Host, il a réussi à s'extraire de ces films de monstres qu'on a l'habitude de voir pour développer les relations familiales (un thème récurent dans ses films) pour l'a rendre plus unit malgré les difficultés qu'ils vont devoir subir.Dans Parasite absolument rien de nouveau, du réchauffer, une famille pauvre qui progressivement sortira de sa misère de manière comique (qui est un point intéressant je dois l'admettre), mais peu importe ce qu'il a développé : le thème et la manière de faire son métrage n'ont rien de révolutionnaire c'est simplement un thème qui est d'actualité et surtout car ce film est sorti au bon moment ce qui lui a permet d'obtenir sa palme d'or.En ce qui concerne Durendal, on oublie souvent que ce qu'il dit a une part de subjectivité, il n'a pas pour prétention de dire ce que je dis est la vérité pure non ce sont des vlog, où il donne son ressenti en donnant quelques anecdotes (contrairement à ses PRJEVAT où il essaye d'être le plus objectif possible, mais si ça lui arrive de se tromper).Donc s'il a aimé Lucy c'est son droit et d'ailleurs ses arguments sont compréhensibles. Le film je l'ai vu (5/10) et ce n'est pas une mer** mais disons que Besson a essayé d'être transcendant à travers un sujet qu'il ne maîtrise pas du tout, à travers son ignorance scientifique donnant ce côté navet ou peut-être nanar sans oublier de cité ce côté peu subtile qu'il donne à certaines scènes.Mais durant cette vidéo, Durendal dit bien qu'il aimerait faire ce genre de film, ce genre de film qui essaye de créer de la réflexion par le biais du divertissement (ce qui décrit bien le film).
    • Muad Dib
      Ou alors peut être que d'aucun concerne Parasite comme un chef d'oeuvre non pas uniquement pour les thèmes abordés mais aussi pour tous les autres points qui font un film, un film: acteurs, mise en scène etc etc etc etc.Quant à Durendal je rejjetrai toujours en bloc tout ce qui vient de lui tant qu'il n'arrétera pas d'essayer de se faire bien voir de Besson. PArce que considérer Lucy comme un chef d'oeuvre au point de pleurer devant alors qu'on est devant un bon gros navet bien dégoulinant il faut le faire.
    • DeAdZ
      Ça veut pas dire que tout ce qu'il dit et ce qu'il dira est directement faux.En ce qui concerne Parasite il a raison, les gens découvrent en 2019 ce qu'est le cinéma coréen et occultent absolument tout ce qui s'est passé avant par flemmardise, non mais sans déconner tous les thèmes traités dans Parasite ont déjà été travaillé par Bong Joon-ho dans ces précédents long-métrage : Memories of Murder,The Host ou peut-être plus récemment le fameux Snowpiercer.Je n'irai pas jusqu'à dire cela mais Parasite c'est du réchauffer qu'on élève au rang du chef d'oeuvre de la décennie par pur ignorance, à cela j'ai deux explications : soit les français sont vraiment des fainéants et ignorants vis à vis du cinéma étranger ou alors (la plus probable) le Festival de Cannes cherche à remplir leur quota de film étranger ce qui est complètement élitiste et méprisant comme manière de faire.
    • Muad Dib
      Durendal et raison dans la même phrase c'est un peu antinomique.....
    • Cooper1992
      Oui, mais concernant les poissons, les appartements etc, je pense que c'est bien pire en Chine, Japon (vu l'énorme différence entre Tokyo ou la campagne Japonaise) et la plupart des pays asiatiques, après pour la Corée du Sud, la pauvreté baisse de plus en plus, économiquement le pays progresse énormément depuis 10 ans, il y a toujours des problèmes bien sûr mais c'est en progrès.Après attention, j'essaye pas de dire qu'un riche est pas forcément adepte du mépris de classe (comme la légende du pauvre qui déteste forcément le riche) ou qu'il crache sur le pauvre, loin de là, mais bon, au-delà du mépris par l'arrogance de la réussite, je pense surtout que c'est la crainte de l'autre, la peur du petit qui bouffe le gros, purement humain. D'ailleurs l'autre jour, j'ai vu un petit reportage sur les SDF, la majorité des gens ont de la compassion pour eux, oh les pauvres, ils vivent dehors !, mais dès qu'ils tombent sur un SDF dans la rue ou devant leurs maisons / appartements, la personne va pas lui venir en aide, mais plutôt avoir peur, la peur d'être agressé, le choc des classes quoi, c'est purement hypocrite.
    • DeAdZ
      Un bon film mais je vois pas en quoi c'est un chef d'oeuvre sans déconner, Durendal a raison pour le coup ...J'ai simplement une question aux nouveau fan de Bong Joon-ho, avez-vous regardé ses anciens long-métrage ? Ah vous les avez pas vu ? Et bien c'est dommage.
    • Bacta142.
      La situation de la famille pauvre n'est peut-être pas assez développée, mais elle explique son comportement qui l'amène à tout faire pour s'en sortir, au point d'aller beaucoup trop loin et de le payer au final.
    • Bacta142.
      L'inverse n'est pas plus pertinent. En vrai ce film évite le manichéisme.
    • DjFab57
      Je ne vois pas pourquoi on devrait avoir pauvres = gentils, riches = méchants ???
    • vinceLd
      Sans aucun doute le film de l'année 2019.Et fait parti des tops de la décennie écoulée.Un chef d'oeuvre.Le cadeau de Noël parfait.
    • vinceLd
      C'est dommage de l'avoir pris uniquement dans ce sens là.
    • Hareng rouge
      j'allais le dire c'est un peu inhérent chez ce réalisateur même si il en a fait un thème plus central dans cuilà mais c'est clair que chez les coréens quelque soit le genre drame thriller.. comedie on retrouve souvent pour pas dire tout le temps la confrontation des classesIls en ont gros sur la patate
    • Jared F
      Normal the parasite a une moral bizarre et decris les pauvre comme des etre interessé et sans scrupule,les riche comme naif mais qui sont les plus moralement acceptable dans l'histoireLe film rate son sujet et on es en empathie avec la famille riche qui a rien demandé et qui paye mille fois une violence symbolique dont il ne sont pas maitre gratuitementcontrarement a joker, le film rate son message et mon empathie va ver la famille des riche vu que les pauvre sont des etre sournois et mauvais
    • Hunnam29
      Ouais Burning était un film grandiose je trouve, l'une de mes plus belles claques cinéma l'année dernière. C'est clair que les Coréens glissent très souvent des messages sociaux dans leurs films. C'était déjà le cas dans The Host, Memories of Murder du réalisateur d'ailleurs. Memories of Murder dénonçait bien le manque de moyen de la police et le fait qu'ils bâclaient les enquêtes, quitte à prendre l'imbécile du coin comme coupable. Ils sont toujours percutants là-dessus, je suis d'accord.
    • Hareng rouge
      c'est sur cela dit des films sur les classes, la lutte des classes y en a a la pelle dans le cinema coréen en plus.. c'est comme les comédies sur le club maid chez nous .. encore l'an dernier y avait le top BurningMais celui ci sans doute le fait qu'il ait eu un écho certain qui dépasse vraiment les frontières ça le rend d'autant plus gênant
    • Hunnam29
      Ah oui c'est sûr. Après ça reste propre à la Corée ce côté avec des familles entières qui vivent dans des appartements lugubres en sous-sol, à 4 les uns sur les autres. Pas d'isolation phonique, des dégâts des eaux récurrents... Et comme ils cuisinent du poisson ou choses du genre, leur odeur les marque déjà comme pauvre. C'est assez hallucinant cette histoire d'odeur n'empêche dans le film, tu ne peux rien faire contre et dès le premier contact avec quelqu'un il connaît ton appartenance de classe. Le pétage de câble du gars sur la fin est vraiment parfait.Mais sinon je suis d'accord avec le fait que ça résonne aussi en France, et probablement dans tous les pays en fait.
    • Cooper1992
      Oui après ça touche chaque société, y compris la notre, regarde simplement le mouvement des GJ (que Joon-ho approuve sans surprise) avant même les récupérations, le mépris hallucinant (généralement de la classe CSP+), pour pas dire de la haine envers les petites classes que j'ai pu lire sur les réseaux sociaux, c'est effrayant.
    • ZybaX
      Bravo The Jokers ! Bravo Manuel Chiche !
    • Hunnam29
      Ah ben vu comment ça dénonce une grosse vérité coréenne sur les différences pauvres/riches (entre autre) et notamment cette odeur qu'ont les pauvres vu qu'ils cuisinent du poisson dans la même pièce dans laquelle ils dorment... Tu m'étonnes que ça les dérange les Coréens. Parce qu'outre le fait que ce soit un superbe film, c'est aussi un film qui glisse ses messages.
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