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    Jeune Juliette : "Mon film s'adresse à ceux qui ont la nostalgie de leur adolescence"
    Par Thomas Desroches (@ThomDsrs) — 11 déc. 2019 à 09:00
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    Dans "Jeune Juliette", au cinéma le 11 décembre, la réalisatrice québécoise Anne Émond change de registre et filme l'adolescence avec une grande sincérité et beaucoup de légèreté. Rencontre.

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    "Il faut que jeunesse se fasse". Cette réplique, prononcée par Alexane Jamieson, ne pourrait mieux résumer l'adolescence : cette période compliquée où les premiers sentiments font leur apparition et où le regard des autres peut devenir un affront quotidien. Dans Jeune Juliette, à l'affiche le 11 décembre, la cinéaste québécoise Anne Émond filme le "bel âge" avec finesse, authenticité et beaucoup d'humour. Le tout, porté par une excellente comédienne, Alexane Jamieson, qui fait ici ses premiers pas devant la caméra. Rencontre avec la réalisatrice.

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    Allociné : Durant la tournée promotionnelle de votre film, vous avez expliqué que votre expérience à l’école était similaire à celle que vit votre héroïne. Peut-on dire que Jeune Juliette est un moyen de prendre votre revanche, de corriger le passé ?

    Anne Émond : Effectivement, il y a un goût de revanche dans ce film mais elle est très douce, à l’image de l’histoire que je souhaitais raconter. Si ce long-métrage aborde des sujets difficiles, il n’en reste pas moins drôle et bienveillant. Il est vrai que l’adolescence n’a pas été la meilleure période de ma vie, mais je n’en suis pas ressortie traumatisée. Il m’arrive même de repenser à ces garçons qui m’ont harcelé et je me dis qu’ils n’étaient, eux aussi, pas très bien dans leur peau. Avec du recul, cela me donne le sourire. C’est pour cette raison que je souhaitais que le film soit positif. Même les personnages les plus méchants sont traités avec une certaine tendresse.

    Dans Jeune Juliette, vous célébrez la différence. Il y a le personnage principal, interprété par Alexane Jamieson, qui est pointé du doigt à cause de son poids, mais aussi sa meilleure amie, Léanne, qui découvre sa sexualité et Arnaud, un jeune garçon autiste. C’était un choix important lors de l'écriture du scénario ?

    Je me suis penché sur Juliette en premier car cette adolescente, c’est moi. Je voulais donc parler de la fierté corporelle avant tout et, par la suite, les personnages des meilleurs amis se sont rajoutés. C’est drôle car quand j’ai fini d’écrire le film, c’était quelques jours avant le mouvement #MeToo et depuis deux ans, il y a comme une prise de conscience, on a envie d’entendre toutes les paroles. Avec ce film, je voulais parler de l’acceptation de la différence, mais aussi de la force de la différence. Les héros, pour moi, sont ceux qui ne rentrent pas dans la norme.

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    Anne Émond et Alexane Jamieson sur le tournage du film.

    Bien qu’il aborde des thèmes contemporains, votre film a une esthétique très vintage. Il suffit d’observer le grain de l’image, la palette de couleurs, mais aussi les vêtements, très inspirés du style des années 90. Pourquoi avoir choisi de vous tenir à l’écart des codes et des tendances de notre époque ?

    Certains films capturent notre ère à la perfection, comme Eight Grade de Bo Burnham (inédit en France, NDLR) par exemple, la jeune héroïne étant Youtubeuse. D'autres, au contraire, ne réussissent qu’à refléter les gimmicks de cette génération au détriment des émotions. Avec Jeune Juliette, je voulais plus parler de la jeunesse et de ses premières fois que des modes actuelles. Pour tout vous dire, l’une de mes jeunes actrices s’est fait quitter par SMS durant le tournage. J’ai trouvé ça très violent. On en a parlé et j’ai constaté que se faire quitter directement en 1995 ou par SMS en 2019, c’est exactement pareil. Les grandes émotions, comme le rejet amoureux, les premières amitiés ou la découverte de soi, restent les mêmes malgré les années. On est loin d’être devenu des robots.

    D’ailleurs, même si le film parle de l’adolescence, il s’adresse tout autant aux adultes. C’était un choix de votre part ?

    C’est drôle car, dans ma tête, mon premier public, c’est les adultes. Je ne vise même pas les adolescents. Au Québec, les collégiens et les lycéens ont beaucoup aimé le film, mais ma cible de départ, ce sont les grands enfants. Mon film s'adresse à ceux qui ont la nostalgie de leur adolescence.

    Lorsque vous étiez ado, quels étaient les films qui comptaient le plus pour vous ?

    J’ai grandi avec les films de John Hughes, comme Breakfast Club ou La Folle Journée de Ferris Bueller, mais aussi Karate Kid, que j’ai vu des centaines de fois et dont je connaissais les répliques par cœur. Il y a également L’Effrontée de Claude Miller, dont quelques clins d'œil sont dissimulés dans Jeune Juliette. Peu de cinéma d’auteur entrait à la maison lorsque j’étais petite finalement. J’habitais dans un petit village du Québec et ce n’est pas là que j’ai découvert Andreï Tarkovski. À l’adolescence, l’un des films qui a eu le plus d'impact sur moi était Trainspotting de Danny Boyle. Ça correspondait à qui j’étais : une jeune fille peu grunge, avec les cheveux rouges (rires). C’est à partir de là que je me suis mise à consommer beaucoup de films. 

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    Le personnage de Juliette est un rôle très difficile à interpréter. Vous avez même eu beaucoup de mal à trouver votre actrice principale. Qu’est-ce qui vous a séduit chez Alexane Jamieson ? 

    Son naturel. Elle n'est pas très éloignée de son personnage finalement. J’ai senti qu’elle était capable de jouer des choses qui la ramèneraient à un passé qui lui est proche. On lui a fait la vie dure à l’école, elle a même dû changer d'établissement. Pourtant, j’ai senti une force de caractère qui allait lui permettre de sortir de cette expérience indemne. Si j’avais senti une seule seconde que ce film allait la troubler davantage, je ne l’aurais pas choisie.

    Comment l’avez-vous accompagnée, notamment durant les scènes de harcèlement ?

    On en a beaucoup parlé et on a pas mal répété. Je me souviens de cette scène où elle regarde son ventre. Cette séquence, on l’a fait ensemble. Je souhaitais me mettre dans les mêmes conditions qu'Alexane, alors j’ai aussi soulevé mon tee-shirt. C’est très difficile à faire quand on est pas à l’aise avec soi-même. J’ai beau avoir 37 ans, être une femme épanouie, cela m’a confrontée à ma propre image. Lorsque l’on répétait la scène où elle se fait insulter de "grosse torche(l’équivalent de "grosse vache" en français, NDLR), on changeait les mots en "jeune fille" pour éviter que cela soit trop désagréable. Je voulais qu’il y ait un vrai respect, que l’on fasse ça le plus humainement possible.

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    En France, les films québécois gagnent en popularité. Jeune Juliette a d’ailleurs été présenté au dernier Festival international du film de La Roche-sur-Yon. Selon vous, qu’est-ce qui différencie le public français du public canadien ?

    Je ne vois pas de réelle différence dans la réception émotive du film, mais notre cinéma est, évidemment, très imprégné de notre culture et j’ai le sentiment que cela apporte une touche d’exotisme et de curiosité. Chez nous, le système scolaire est différent, nos écoles sont plus "américanisées" et nos films ont un style assez pop qui se rapprochent des teen movies à l’américaine. Ce sont des détails que les Français remarquent davantage. J’ai observé, en revanche, un vrai changement dans l'accueil fait aux films. En 2012, je présentais mon premier long-métrage, Nuit #1, avec une sortie très confidentielle : il était projeté dans deux salles. Et il y a peu de temps, j’avais encore le sentiment d’être la petite québécoise avec son accent bizarre. Aujourd’hui, je sens comme une ouverture, un vrai intérêt de la part du public français. Nous ne sommes plus le "petit cousin de la France(rires). Cela prouve que nos histoires traversent les frontières et touchent tout le monde, même si notre façon de parler est bien différente.

    Découvrez la bande-annonce de "Jeune Juliette" :

    Jeune Juliette Bande-annonce VF

     

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