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    Weinstein, MeToo, diversité dans le cinéma... 2010-2019, la décennie de toutes les révolutions
    Par Léa Bodin, Thomas Desroches et Caroline Langlois — 15 déc. 2019 à 19:00
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    L'Affaire Weinstein, le mouvement #MeToo et les progrès en terme de diversité à l'écran ont été et seront les marqueurs des années 2010-2019. Retour sur 10 ans de révolutions dans le cinéma.

    Bestimage
    L'Affaire Weinstein

    En octobre 2017, le New York Times et le New Yorker publient coup sur coup deux longues enquêtes basées sur de nombreux témoignages mettant en cause le producteur Harvey Weinstein dans des affaires de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols. La parution de ces articles fait l'effet d'une bombe à Hollywood et dans le monde du cinéma dans son ensemble. Les langues se délient et son modus operandi éclate au grand jour : il attire ses victimes dans une chambre d’hôtel avant de se dévêtir et de solliciter des faveurs sexuelles. Pour obtenir leur silence, il les intimide et leur fait signer des clauses de confidentialité.

    Dans les jours, les semaines et les mois qui suivent, un hashtag est lancé et la parole des femmes et des hommes victimes d'agressions sexuelles dans le monde du cinéma se libère : c'est le début de l'ère #MeToo. En janvier 2018, le mouvement Time's Up est fondé par des personnalités hollywoodiennes en réponse aux révélations liées à l'affaire Weinstein. Au total, 93 femmes racontent avoir été victimes du producteur et 14 d'entre elles déclarent avoir été violées. Aujourd'hui, plus deux ans après que le scandale a éclaté, Harvey Weinstein, qui a été inculpé pour seulement une agression sexuelle en 2004 et un viol en 2013, est toujours en attente de son procès, qui doit se tenir en janvier 2020. La justice américaine opte, le 11 décembre 2019, pour un accord de principe afin d'indemniser les victimes présumées du producteur à hauteur de 25 millions de dollars.

    #MeToo : une pétition en ligne pour soutenir les victimes de Weinstein avant son procès

    Suite à cet événement historique, d'autres grands noms de l'industrie se retrouvent, à leur tour, sur le banc des accusés. Parmi eux, l'humoriste et acteur Louis C.K., visé par des plaintes pour s'être masturbé devant plusieurs comédiennes. Quelques jours après la sortie de l'affaire, il admettra la véracité des faits dans un communiqué. Fondateur des studios Pixar, John Lasseter fait, lui aussi, les gros titres pour harcèlement sexuel. Fin 2018, il finira par quitter ses fonctions de directeur artistique chez Disney. Acteur mais aussi professeur au sein de son école de cinéma, James Franco est également accusé par plusieurs de ses anciennes élèves pour abus sexuels. L'établissement en question, Studio 4, a aujourd'hui fermé ses portes. Kevin Spacey fait, quant à lui, l'objet de divers enquêtes aux États-Unis et en Angleterre. Suite à ces accusations, le réalisateur Ridley Scott le remplace en urgence par Christopher Plummer dans son film Tout l'argent du monde. La star d'American Beauty est par la suite renvoyée de la série phare de Netflix House of Cards, pour laquelle il avait reçu le Golden Globe du meilleur acteur en 2015. En juillet 2019, l'une des poursuites à son encontre est abandonnée après que le témoin ait finalement choisi de garder le silence.

    En France, le mouvement #MeToo se fait plus discret. Médiapart publie, en juillet 2018, une enquête qui rassemblent plusieurs témoignages contre le réalisateur Luc Besson. L'une des plaignantes, l'actrice Sand Van Roy, accuse le cinéaste de viols. Au total, neuf femmes accusent le metteur en scène de comportements sexuels inappropriés. C'est toujours auprès de Médiapart que la comédienne Adèle Haenel décide, le 3 novembre 2019, de sortir du silence. Dans une enquête réalisée par Marine Turchi, elle accuse le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » entre ses 12 et 15 ans. Quelques jours avant la sortie de J'accuse, le nouveau film de Roman Polanski, le quotidien Le Parisien publie le témoignage bouleversant de l'ancienne mannequin Valentine Monnier, qui accuse le metteur en scène de l'avoir violée en 1975. Dans une entrevue donnée au magazine Paris Match le 11 décembre 2019, le réalisateur clame son innocence. 

    Objectif : diversité

    Une étude de l’Annenberg Inclusion Initiative publiée en juillet 2018 fait un constat surprenant : malgré les apparences, la diversité dans le cinéma est presque au point mort. Les chiffres sont formels : les femmes, les personnes “issues de la diversité”, faute d’un autre terme, les LGBTQ+, les handicapés sont toujours autant sous-représentés. Pourtant, il règne dans l’air comme une impression d’assister depuis quelques années à un formidable bond en avant dans la visibilisation des marginalisés. Les succès de Black Panther, premier blockbuster à la distribution majoritairement afro-américaine, et de Crazy Rich Asians, comédie romantique au cast 100% asiatique, sont l’illustration parfaite d’un véritable progrès. Et la preuve que le public n’est pas effarouché par la diversité.

    S’ajoutent à cela d’autres films-événement tels que Love, Simon (2018), premier long-métrage de gros studio, la Fox, à destination des adolescents qui met en scène un héros gay. Une “audace” élargissant le champ des possibles et progressant doucement mais sûrement vers la fin de la frilosité des studios. Au-delà des oeuvres en elles-mêmes, c’est tout un système qui est en mouvement et une industrie qui opère une prise de conscience, oralisée notamment par de fréquents discours engagés prônant l’inclusion, comme celui de Frances McDormand aux Oscars 2018.

    Oscars 2019 : réalisatrices, Afro-Américains, Latino-Américains... La diversité (enfin) célébrée par l'Académie

    Les événements ultramédiatisés sont d’ailleurs devenus le vecteur de nombreuses causes portées par les comédiens et les cinéastes. Les voix des soutiens de mouvements sociaux tels que Black Lives Matter et #MeToo ont ainsi trouvé un écho lors des récentes cérémonies des Oscars. En mai 2018 à Cannes a été lancé le collectif 50/50 et signé une charte de la parité, exhortant les organisateurs à donner davantage de place aux cinéastes féminines et à abolir la domination masculine dans tous les métiers du cinéma. Alors même si dans les faits, la diversité n’est pas au beau fixe, force est de constater que le changement est en marche. D'autant qu'une récente étude toujours menée par l'Annenberg Inclusion Initiative a enregistré en 2018 un nombre record de rôles pour les femmes et personnes de couleur dans l'industrie hollywoodienne. 2010-2019 aura été la décennie de l’éveil des mentalités, gageons que la suivante sera celle de la révolution.

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    Commentaires
    • ServalReturns
      J'ai le sentiment inverse :P
    • ScaarAlexanderTrox
      1) J'avais lu l'étude du neurobiologiste Nirao Shah à ce sujet il y a quelques années (puisque déjà énervé par cette lubie à l'époque), très mollement contestée. Je ne la trouve plus sur l'interweb, mais vous pouvez déjà jeter un œil à cet article de l'université de Stanford (pas spécialement connue pour être conservatrice) qui résume bien son propos :https://stanmed.stanford.ed...En voilà une autre, plus récente :https://academic.oup.com/ce...Si vous voulez une mosaïque d'opinions argumentées sur Quora, peuplé en majorité de classes moyenne et supérieure aux tendances libérales :https://www.quora.com/What-...Et si vous n'avez pas le temps de faire ça :https://www.youtube.com/wat...Matez le début, je sais, c'est une vidéo YT, mais il y en a des érudites, et c'est une bonne synthèse.Mais je ne devrais même pas avoir à sortir ces trucs. On parle de millions d'années d'évolution de notre espèce (si vous croyez à la théorie, bien sûr...) sur lesquelles se sont bâtis, et qui ont été influencées par, des rôles de genre ayant tout à voir avec les différences physiques H/F. Ces rôles ont influencé les sociétés humaines, non l'inverse - je ne dis évidemment pas que l'on n'a pas tricoté du culturel dessus, comme le rose pour les filles et le bleu pour les garçons, c'est pourquoi l'inné et l'acquis sont mêlés - les idéologues du gender affirment que tout n'est qu'acquis, c'est là qu'ils sont grotesques.2) Maintenant, une petite clarification : je ne suis PAS un productiviste, ni fan de la Révolution industrielle, je suis au contraire un conservateur prônant la décroissance. Donc, my bad : j'avais en tête non pas l'idée de PRODUIRE comme horizon premier (folie pure), mais les conditions d'épanouissement individuel inhérentes à toute civilisation, celles grâce auxquelles une société va compter plus de génies que d'autres, par exemple. L'ingénierie sociale de la gauche conduirait à l'inverse au nom du principe de non-discrimination, comme l'égalitarisme conduit à un nivellement par le bas et l'inculture généralisée pour les mêmes raisons. Et parler justement de bonheur alors que vous soutenez une idéologie (féministe) dont le plus efficace promoteur est le capitalisme libéral voué depuis au moins les années 70 à isoler les gens jusqu'à l'aliénation matérialiste, ça n'a pas de sens.
    • Seb
      J'aimerais beaucoup voir ces études sur le cerveau , étant donné que l'on en sait encore très peu d'un point de vue biologique sur cet organe vous semblez avoir des infos à la pointe qui ont plusieurs décennies d'avance sur le sujet. Svp des liens qui se corroborent et venant d’instituts fiables.Le but est d'offrir des possibilité , laisser des places , personne n'est forcé mais comme par magie on trouve toujours quelqu'un ! Mais après tout quand tout ce que vous cherchez c'est rendre la société plus productive le débat est déjà biaisé . Sachant qu'en France à peine la moitié des travailleurs sont heureux dans leur travail , peut-être que votre baraque est pas si bien construite que si le but est juste d'être productif , et que les revendications féministes ne sont que l'arbre qui cache la forêt , mais ça reste le premier arbre quand même , le plus facile à identifier.
    • Seb
      Je comprends , ne pas surpolitiser ce qui l'est déjà , mais perso j'ai l'impression que ceux qui font le plus de bruit sont ceux qui voient de l'ultra progressisme à tort partout et s'en plaignent plutôt que ceux qui veulent le voir là où il n'y en a pas et vont faire d'un point de détail un porte étendard ^^
    • ServalReturns
      On se comprend... il y a parler de cinéma (et on peut dire que tout est politique, certes) et étaler ses tribunes progressistes.
    • ServalReturns
      Pas un site de news et pas vraiment de forum pour débattre. Mais j'ai un compte dessus, c'est un bien meilleur hébergeur de critique qu'Allociné. Pour différentes raisons :- possibilité d'aérer ses critiques, faire des paragraphes, des titres, des passages en gras, italique, etc.- pas de censure.- possibilité de commenter et débattre sous la critique.
    • ScaarAlexanderTrox
      Euh... non, l'ami, je ne parle pas d'ingénierie sociale, mais de réalité biologique : puisque leurs cerveaux sont différents (vous êtes au courant, hein ?), hommes et femmes n'ont pas les mêmes centres d'intérêt, et ça se constate dès les premières semaines, les garçons s'arrêtant sur les objets mécaniques et les filles sur les visages, d'où le plus grand intérêt des hommes pour le secteur technologique et celui des femmes pour les lettres (dans le sens de ce qui n'est pas scientifique) (voir le paradoxe du genre dans les pays scandinaves). Désolé, pas d'horrible machination du méchant patriarcat. Vous venez de pondre tout un commentaire fondé sur une énormité.L'injustice n'est pas là où les progressistes l'avancent, mais au contraire dans cette obsession égalitariste dont l'objectif est la négation systématique (et systémique...) de toutes les différences. En faisant croire aux garçons qu'ils sont tout autant intéressés par ce que les femmes font et inversement (mais si, mais si, faites nous confiance, on sait mieux que vous...), tout ce qu'on réussira à faire, c'est rendre notre société moins productive. Moi, je ne vois pas un feu, mais quelques flammes dont des idéologues bourgeois font une montagne, et qu'ils veulent éteindre en larguant une bombe atomique sur la baraque (après tout, ça cadre plutôt bien avec le tabula rasa de la gauche).
    • Seb
      secteurs qui intéressent naturellement plus les hommes ça ne veut rien dire , il y a 20 ans le cliché aurait été de dire plombier ou ouvrier ... ça passe aussi par l'éducation dés le plus jeune âge , mais effectivement à partir du moment où les jouets caisse à outils par exemple sont rangés dans la catégorie jeux pour garçons , avec une image de garçon en train de jouer sur la boîte forcément ça laisse moins de chances dès l'étape de l'imaginaire de l'enfant ..Cela fait des années que les problèmes de représentativité sont soulevés, que les filles ont de meilleurs résultats à l'école en général , mais pourtant c'est à partir du moment de l'entrée dans les poste à responsabilité qu'elles sont moins présentes .... à partir du moment où l'égalité n'est pas vraiment voulue par les décideurs , inconsciemment ou non , ben la seule solution est d'imposer de la parité bête et méchante, jusqu'à ce que ça ne soit plus une nécessité. Parce que bon c'est un peu tôt pour parler de problèmes de discrimination positive .... Il y a le feu , on se préoccupera des tâches laissées par l'extincteur sur les murs une fois que ce sera éteint , pas avant .
    • ScaarAlexanderTrox
      Moui, non. ^^; L'égalité, c'est un fourre-tout. C'est compris de plein de façons différentes.Pour certains, ça devient de l'égalitarisme. Pour certains, l'égalité, ce n'est pas seulement l'égalité des chances mais aussi l'égalité des résultats. Pour certains autres, l'égalité prime sur la réalité biologique. Il y a un fossé entre aspirer à plus d'opportunités de carrière pour les femmes (histoire qu'elles soient à peu près aussi misérables que les hommes, le grand capital les remerciant, mais je m'égare) et nier les différences H/F en exigeant la parité dans des secteurs qui intéressent naturellement plus les hommes (tout ce qui est tech) que les femmes. Il y a une différence entre une méritocratie pure (correctement appliquée, donc) et, par exemple, la discrimination positive, qui n'a rien d'équitable. Et encore une fois, la parité absolue est une aberration qui n'a rien de naturel (comme l'égalité, en même temps...).Le féminisme d'aujourd'hui n'est plus un combat pour la justice, mais un combat pour le pouvoir, dans un esprit de revanche historique.Peut-être devriez-vous vous renseigner un peu à ce sujet plutôt que de vous limiter à des mots-clés...
    • Cowboys from Hell
      Et pour Sens Critique ?
    • Seb
      Hum je suis pas sûr que ce soit possible d'être neutre politiquement , surtout en parlant d'art ^^
    • Seb
      C'est vrai que les revendications égalitaires des femmes c'est nouveau ....
    • ServalReturns
      Pour de l'info neutre politiquement (contrairement à ce site, donc), Première. Mais l'espace commentaire est systématiquement vide, aucune communauté ni aucune discussion. C'est triste. Mais au moins, ils ne font pas dans le prosélytisme progressiste.EcranIarge, c'est encore pire qu'ici, ils sont encore plus politisés et en plus sont moralisateurs envers leur lectorat, qu'ils provoquent et n'hésitent pas à insulter dans les commentaires. Et la communauté est la pire du web ciné francophone.Lefilmfrançais, c'est payant, donc voilà voilà.Ce sont les principaux à ma connaissance. Dans le genre généraliste. Sinon il y a Les toiles Héroïques pour le super-héroïque et blockbusters US (site top mais limité à un certain cinéma, donc), Mad Movies (même chose).Et sinon, pas d'actualités mais une communauté réactive et un forum qui tourne toute la journée : le forum Cinéma de JVC.
    • Ringo
      Si c'est ça le progressisme alors je n'en veux pas.
    • singeou7
      Quels sites envisager ?
    • François B
      Non, c’est marqué au début de l’article, c’était il y à 2 ans, un peu comme Me Too d’ailleurs, mais c’était dans la décennie.
    • singeou7
      Si Black Panther, Crazy Rich Asians ou Love, Simon sont le progrès alors je n'en veux pas.
    • -Nomade-
      Nooon, c'est sûr ! Il était juste un peu taquin avec les actrices. Elles pleurent, elles pleurent... Mais bon, ça c'est parce qu'elles ne comprennent rien au marivaudage ! Elles n'ont pas d’éducation, voilà tout ! Aucun sens des vraies valeurs traditionnelles, ces filles ! Heureusement que des gars comme Weinstein sont là pour les éduquer, finalement. En fait, il leur rend service, même, tiens !Sérieusement, Seke ?...
    • seke
      Pour Harvey Weinstein, je vois plus de la Promotion Canapé. Ok ce n'était pas éthique mais on n'était pas non plus face à un Monstre
    • ScaarAlexanderTrox
      Bel article de propagande présentant la conception progressiste de la société (tout nouveau mouvement ne fait l'objet d'aucun examen critique, de #metoo à BLM en passant par cet immonde concept de parité parfaite) comme l'évolution naturelle, donc inéluctable, de notre société. Une révolution de gamins ingrats dont le Marché se réjouit d'avance, quelle blague.
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