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    La Vérité avec Catherine Deneuve, c'est "aussi un film sur les actrices et le cinéma"
    Par Maximilien Pierrette (@maxp26) — 25 déc. 2019 à 09:25
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    Un an après sa Palme d'Or au Festival de Cannes, Hirokazu Kore-Eda dirige Catherine Deneuve et Juliette Binoche dans "La Vérité", drame familial en français qu'il a évoqué à notre micro lors de son passage à Paris.

    Le Pacte

    Un an seulement après Une affaire de famille, Palme d'Or du Festival de Cannes 2018, Hirokazu Kore-Eda est de retour sur nos écrans. En France et en français, grâce à La Vérité, autre histoire familiale qui se déroule en partie dans le milieu du cinéma et dans laquelle il dirige Ethan HawkeJuliette Binoche et l'une des plus grandes icônes hexagonales, Catherine Deneuve, dans l'un des ses rôles les plus touchants. Autant de sujets à évoquer avec le cinéaste japonais lors de son retour dans la capitale.

    AlloCiné : Le choix de ce titre, "La Vérité", est intéressant car c’est ce que vous semblez rechercher dans vos films. La vérité des émotions, des personnages.
    Hirokazu Kore-Eda : C’est un mot que je n’utilise, à vrai dire, jamais normalement. C’est effectivement le titre de ce film, mais j’hésite à l’employer habituellement car je crois que tout un chacun cherche la vérité mais que personne n’y accède en réalité. C’est quelque chose d’absolument insaisissable, à tel point que les quêtes de la vérité n’aboutissent jamais vraiment.

    Quand et comment est né ce projet de faire un film en France et en français ?
    La toute première fois que j’ai eu cette envie, c’était il y a presque dix ans. En 2011, quand Juliette Binoche est venue au Japon. Nous avons participé à un événement de cinéma ensemble, j’étais le modérateur d’un débat auquel elle a participé, puis elle est venue me voir en me faisant cette proposition de travailler ensemble. Mais il s’est passé du temps car ce n’est qu’en 2015 que je lui ai donné pour la première fois le synopsis de ce projet. Il a germé en moi mais mis beaucoup de temps à maturer.

    Le personnage interprété par Catherine Deneuve amenait l’idée d’une frontière floue entre son métier et sa vie réelle.

    Quelle a été votre méthode pour vous adapter au cinéma français et à sa plus grande icône, Catherine Deneuve ?
    La première chose que j’avais en tête c’était, autant que possible, de faire ce film comme je les fais habituellement : avec le même dispositif et dans le même état d’esprit. Il ne s’agissait pas tant de faire un film français que de faire un bon film avant tout. Je ne l’ai donc pas abordé comme un film français, mais comme un film tout court. Et à partir du moment où nous avons commencé l’adaptation du scénario en français, il y a eu un travail de longue haleine qui a consisté à le faire lire à l’équipe française qui a pu pointer du doigt d’éventuelles incohérences, par rapport à votre culture par exemple. Cela portait aussi bien sur les dialogues et les situations que les relations entre les personnages en général, qui ont été affinés pendant une assez longue période. Mais une fois entrés dans le tournage, à proprement parler, je n’ai rien fait de très différent de d’habitude, c’est-à-dire que j’ai observé les comédiens, et notamment les actrices, qui jouaient pour tirer le meilleur de ce qu’elles pouvaient donner. Et c’est ainsi que je procède au Japon.

    La barrière de la langue a-t-elle été un souci pour parvenir à saisir la justesse du jeu des comédiennes ?
    C’est vrai que c’est difficile. Mais qu’en avez-vous pensé en voyant le film ?

    Le jeu des actrices est tellement juste que le film ne donne pas l’impression d’avoir été fait par un réalisateur qui parle une autre langue qu’elles.
    Tant mieux, je suis soulagé (rires) Je n’ai pas le sentiment d’avoir fait grand-chose mais, au moment du casting, j’ai testé la direction d’acteurs. Notamment avec Manon Clavel, qui joue le rôle de Manon. J’ai pour la première fois demandé à une comédienne de lire un texte que j’avais écrit, extrait du scénario, pour essayer de mesurer à quel niveau les indications que je lui donnais influaient ou non sur son jeu, et travailler avec elle sur le rythme ou le degré d’émotion. Et c’est en lui donnant ces indications que j’ai réalisé que je pouvais ressentir la variation, l’évolution du jeu, donc je me suis dit qu’à défaut de comprendre le sens des mots, je pouvais me concentrer sur la périphérie : la musicalité, le rythme… On sent quelque chose qui transparaît au-delà des mots et je m’y fiais beaucoup, tout en me référant aux autres, la traductrice en l’occurence, pour ce qui était du contenu.

    La Vérité
    La Vérité
    1h 48min
    De Hirokazu Kore-eda
    Avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Manon Clavel, Ludivine Sagnier
    Presse
    3,8
    Spectateurs
    2,7
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    Cela nous ramène vers le côté universel du cinéma : est-ce pour cette raison que vous avez choisi que le film se déroule dans ce milieu que vous connaissez déjà et dans lequel le langage est en quelque sorte le même ?
    Le projet remonte à une quinzaine d’années, et je comptais initialement le mettre en place au Japon. Donc la dimension internationale n’était pas encore présente, et je n’ai pas choisi le cinéma pour une question d’universalité car je l’avais d’abord envisagé comme une pièce de théâtre, centrée sur une actrice. Donc cet aspect m’intéressait avant que le côté français ne rentre dans l’équation. J’ai choisi de me focaliser sur une actrice car le personnage interprété par Catherine Deneuve amenait l’idée d’une frontière floue entre son métier et sa vie réelle. Le film dans le film parle aussi de l’histoire d’une mère avec sa fille, et cela m’intéressait d’avoir des croisements ou des juxtapositions entre ce segment et la réalité. Puisqu’il s’agit d’une histoire de réconciliation entre une mère et sa fille, cet élément de fiction au cœur de la fiction pouvait aider dans ce sens. C’est donc pour cela que La Vérité est aussi un film sur les actrices et le cinéma.

    C’est en cela que le choix de Catherine Deneuve dans le rôle principal est intéressant, car on a le sentiment de voir aussi un film sur elle. Et que le scénario a été écrit autour d’elle, que son image et sa carrière ont influencé l’ensemble.
    Il n’est pas évident de répondre à cette question car des choses existaient déjà avant qu’elle ne soit pressentie pour le rôle. Je l’ai rencontrée un certain nombre de fois pour discuter avec elle et préparer le scénario, et des détails de nos conversations se sont retrouvés dans le film : lorsque le journaliste lui demande, au début, de qui elle pense avoir reçu son ADN d’actrice et à qui elle pense l’avoir transmis, par exemple. Mais l’idée d’une actrice qui était une amie et qui est morte dans un accident de voiture, c’était dans le projet original, bien avant que je ne songe à le mettre en place ici. J’imagine que tous les Français vont penser à l’image de Françoise Dorléac [sœur de Catherine Deneuve, décédée dans un accident de voiture en 1967, ndlr] et la superposer à mon film, mais ça n’a pas été fait dans ce sens, et l’ensemble ne reflète pas tellement la vie de Catherine Deneuve.

    Le Pacte
    "La Vérité" nous montre (littéralement) plusieurs facettes de Catherine Deneuve

    Au-delà de la vérité, le film aborde le thème de la famille, central dans votre œuvre. A quel point est-ce un moteur pour vous ?
    Je n’ai jamais consciemment eu envie de faire des films de famille. On m’a souvent considéré comme un cinéaste de la famille, ce que je peux entendre même si ça n’est pas une volonté de ma part. Ce qui m’intéresse avec la famille, c’est qu’au fil de ma vie personnelle et de mes expériences, mon regard sur le sujet a changé, entre les films que j’ai réalisés quand j’étais célibataire, quand je me suis marié, quand j’ai perdu mes parents ou quand je suis moi-même devenu père. La famille, en tant que matériau, évolue perpétuellement et c’est sans doute ce qui me pousse à m’y intéresser. Et elle n’est jamais figée : si le père disparaît brusquement, sa place est généralement comblée par quelqu’un d’autre car les rôles se transmettent de génération en génération. Donc la famille, en elle-même, est en perpétuel mouvement, et ça en fait un matériau très intéressant.

    On retrouve par moments l’esprit de films que faisait François Truffaut. Est-ce un cinéaste qui vous a inspiré sur ce projet ?
    Le Truffaut de La Nuit américaine ?

    Entre autres mais pas seulement : "Le Dernier métro" aussi et pas seulement pour Catherine Deneuve, ou encore un sentiment général et une manière de faire avancer le récit.
    Je suis honoré et flatté, mais c’est un nom tellement important pour moi que cela me fait aussi flipper (rires) C’est l’un de mes réalisateurs préférés. J’ai évidemment beaucoup aimé Les 400 coups et tous les films qu’il a faits pendant la Nouvelle Vague, que j’ai beaucoup vus et qui m’ont beaucoup inspiré. J’aime aussi beaucoup Le Dernier métro, dans lequel il y a effectivement Catherine Deneuve mais aussi cette histoire dans l’histoire. Et c’est l’un de ceux que j’ai revus en préparant La Vérité.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 17 décembre 2019

    "La Vérité" est à voir en salles à partir du 25 décembre :

    La Vérité Bande-annonce VF

     

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