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    Hunters avec Al Pacino : "Une série offre plus de temps qu'un film pour un acteur"
    Par Maximilien Pierrette (@maxp26) — 21 févr. 2020 à 19:00
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    Disponible sur Amazon Prime Video, "Hunters" met en scène un Al Pacino traquant les anciens nazis à New York. Et c'est accompagné de son partenaire Logan Lerman que l'acteur a évoqué la série, son métier et son statut de légende.

    Backgrid UK / Bestimage

    Il y a bien eu la mini-série multi-récompensée Angels in America au début des années 2000, ou deux téléfilms pour HBO. Mais Hunters marque la première vraie participation d'Al Pacino à une série, qui pourrait s'inscrire dans le long terme. Produit par Jordan Peele et disponible sur Amazon Prime, le show le lance sur les trousses d'anciens nazis dans le New York de 1977, aux côtés de Logan Lerman, avec qui il a répondu à nos questions au lendemain de l'avant-première du pilote.

    AlloCiné : Qu'est-ce qui ressort parmi tous les personnages formidables de votre carrière ?
    Al Pacino : Je ne sais pas, c'est davantage au public de répondre. Mais j'ai le sentiment qu'avec la télévision, où votre travail passé connaît une seconde vie grâce notamment au câble, tout est différent. À l'époque, les acteurs qui devenaient célèbres n'avaient aucun endroit où aller ensuite. Il y a bien eu le théâtre, mais il a fallu patienter jusqu'aux années 50 pour retrouver les stars des décennies précédentes sur un écran. Maintenant, vous vous retrouvez à la télévision grâce aux films que vous avez faits par le passé.

    Vous avez sans doute dû refuser bon nombre de projets et de rôles qui vous ont été proposés. Qu'est-ce qui vous a poussé à dire oui à "Hunters" ?
    Al Pacino : C'est le texte qui me touche, et ça a toujours été le cas. Ayant grandi grâce au théâtre, le texte est devenu mon indicateur de mesure. Dans le cas d'Hunters, j'aime aussi ce que David Weil a fait des personnages. Son écriture m'a parue exemplaire, à tel point que j'ai voulu le rencontrer ainsi que les producteurs et le réalisateur du premier épisode [Alfonso Gomez-Rejon], et j'ai aimé ce qu'ils me racontaient. Ils m'ont longuement parlé de mon personnage : qui il était, ce qu'ils voulaient faire avec lui... L'idée a infusé en moi, et j'avais un bon pressentiment. Les projets qui vous parlent sont ceux que vous devez faire. Peu importe si c'est au cinéma, sur scène ou pour la télévision. J'ai manqué quelques propositions télévisuelles qui m'ont été faites, car c'était mal vu de faire de la télévision il y a trente ans.

    Vous savez pertinemment, lorsque vous arrivez sur un tel projet, que beaucoup de gens vous connaissent et ont grandi avec vos films, donc il faut briser la glace. C'est important pour travailler en équipe

    À l'issue de la projection du premier épisode, vous avez évoqué les frontières de plus en plus floues entre télévision et cinéma. Qu'est-ce qu'une série vous offre de plus, en tant qu'acteur, par rapport à un film ?
    Al Pacino : Plus de temps. Tout dépend bien sûr du film et de l'appui qu'il y a derrière, car tout coûte cher sur petit comme sur grand écran, mais c'est en général c'est l'horloge qui dicte la technique. Si vous êtes focalisés sur le temps en travaillant, cela va se ressentir dans votre jeu, dans son rythme. Nous voulons trouver une manière de battre l'horloge et, pour y parvenir, il faut répéter là où ça ne coûte pas d'argent : en envoyant un en groupe loin, en Alaska par exemple (rires) Logan et moi avons beaucoup parlé de partir faire cela avec les autres acteurs à l'avenir.

    Logan Lerman : Oui, et nous aimons tous deux les répétitions. La plupart des artistes, au cinéma comme à la télévision, apprécient de pouvoir vivre avec le texte pour pouvoir pleinement l'exploiter ensemble. Un pilote de série est similaire à un film dans la mesure où vous avez du temps de préparation pendant les mois qui précèdent le tournage, et vous pouvez l'utiliser à votre guise. Nous aimons répéter, parler du matériau, vivre avec, en rêver. Puis arrivent l'épisode 2. Et le 3. Et vous commencez à être pris par votre emploi du temps car vous les tournez en même temps, sans qu'il y ait de place pour les répétitions. Il vous faut trouver le temps vous-même, et c'est là que réside la plus grosse différence entre un film et une série pour moi. Mais il est intéressant de parvenir à garder ce rythme.

    Avez-vous eu de la place pour improviser ?
    Logan Lerman : Oui…
    Al Pacino : Parfois (rires) Nous avons tenté de trouver des choses à apporter, oui. Surtout lorsque nous avions un souci avec ce que nous tournions. Ce que j'ai appris et ce qui me plaît avec la télévision, surtout avec un long format comme celui d'Hunters, c'est que nous sommes ensemble, les acteurs. Une troupe se forme sans même que l'on essaye de le faire. Nous apprenons à nous connaître naturellement, tout au long de ces cinq ou six mois. Et lorsque nous sommes dans une même scène, il se peut que l'on se parle si quelque chose ne nous semble pas clair, et tout le monde intervient, met son grain de sel.

    Il n'y a rien de tel qu'un travail collectif, et c'est ce sur quoi reposent le théâtre de répertoire et les compagnies, que ce soit ici, à Londres, ou au sein du Berliner Ensemble. Quand elles arrivaient à New York, ces compagnies nous impressionnaient avec ce qu'elles faisaient, et je me compte parmi les gens impressionnés. Mais il leur avait fallu plus de deux semaines pour parvenir à cela. Leurs membres avaient passé six mois ensemble, et c'est au fil du temps qu'ils ont trouvé des choses.

    Amazon Prime Video
    Al Pacino et Logan Lerman dans "Hunters"

    Comment décririez-vous la relation entre vos deux personnages ? Meyer semble très protecteur envers Jonah, mais est-ce vraiment le cas de bout en bout ?
    Logan Lerman : Que peut-on répondre pour éviter de trop en dire ?
    Al Pacino : C'est difficile car il y a du mystère et des rebondissements à ne pas gâcher.
    Logan Lerman : Mais il y a une relation paternelle entre eux. Mon personnage a grandi avec sa grand-mère, donc il n'y a pas eu d'homme dans cette période de sa vie. Puis celui-ci débarque et l'emmène dans ce monde où il agit comme un mentor.

    Quel conseil donneriez-vous aux jeunes acteurs aujourd'hui, Al ?
    Al Pacino : Je ne sais pas si je donne beaucoup de conseils. Seulement lorsque l'on me le demande.
    Logan Lerman : Tu as fait en sorte de créer un environnement de liberté et de confort. Je n'aime pas trop parler de toi comme ça…
    Al Pacino : Pas de souci, je m'en vais (rires)
    Logan Lerman : Il est très humble, et je ne veux pas te mettre mal à l'aise, mais tu es une icône, quelqu'un que tout le monde aime. Ta présence désarmante permet de créer cet environnement pour tout le monde sur le plateau, et nous permet d'explorer librement le texte.
    Al Pacino : Vous savez pertinemment, lorsque vous arrivez sur un tel projet, que beaucoup de gens vous connaissent et ont grandi avec vos films, donc il faut briser la glace. C'est important pour travailler en équipe. C'est un processus qui peut prendre plusieurs semaines, mais nous voulons et faisons la même chose. Une fois que vous êtes parvenu à cela, c'est une bonne chose. J'ai grandi au contact d'acteurs et d'actrices, donc cela me renvoie à cette époque, à cette zone de confort que j'ai pu avoir avec eux.

    La plupart des artistes apprécient de pouvoir vivre avec le texte pour pouvoir pleinement l'exploiter ensemble

    Y a-t-il un mauvais côté au fait d'être une légende ? Avez-vous le sentiment que les gens ne vous disent pas la vérité car ils ne le peuvent pas vraiment puisqu'il s'agit de vous ?
    Al Pacino : Oh oui, bien sûr (rires) Mes proches, et notamment mes enfants, ne me mentent pas de la sorte, ni ceux que l'on apprend à connaître et avec lesquels on pourrait vivre. C'est pour cette raison que l'on fait en sorte de s'entourer de gens qui vous comprennent, et il s'agit généralement de la famille et d'amis de longue date. Les gens que j'ai connus avant de devenir célèbre n'ont pas l'air d'avoir changé à mes yeux. Moi j'ai un peu changé dans ma manière de gérer tout cela, car c'est intéressant que cela puisse nous arriver.

    Quand nous avons fait The IrishmanRobert de Niro et moi avons parlé du fait que nous ne nous connaissions finalement pas tant que cela. Nous sommes deux acteurs venus de New York, qui avons percé au même moment avant de nous retrouver sur un même projet. Nous nous recroisons de temps en temps et un lien s'est créé entre nous alors que nous nous connaissons peu dans la vie, que nous ne nous voyons pas beaucoup. Mais ce lien entre nous vient du fait que nous avons tous deux vécu des choses similaires que nous pouvons partager. Comme si nous avions tous deux gagné à la loterie (rires) Je ne veux pas simplifier cette idée, mais le monde est différent aujourd'hui à ce sujet car il y a plus de médias et, comme Andy Warhol le disait, plus de gens célèbres. Parfois la célébrité arrive d'abord et, encore une fois je ne veux pas généraliser, mais j'ai le sentiment que ceux qui cherchent avant tout à être célèbres s'écartent de leur passion et du travail qu'il leur fait faire.

    Heureusement, la plupart des acteurs que je connais sont exactement comme moi. Tous intéressés par ce que nous faisons. Je répète souvent aux jeunes acteurs que jouer c'est avoir un scénario et un partenaire. Il se peut que vous fassiez un monologue, mais c'est devant d'autres personnes, et il vous faut pratiquer encore et encore, année après année, pour que quelque chose naisse. On apprend en le faisant. Le travail est mon refuge face à la célébrité. Au même titre que mes enfants et amis.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Londres le 5 février 2020

    "Hunters" est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 21 février :

    Hunters - saison 1 Teaser VO
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