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    Le XXe siècle au cinéma : cinq films à découvrir pour comprendre la période 1890-1914
    Par Olivier Pallaruelo (@Olivepal) — 22 mai 2020 à 11:00
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    Le XXe siècle a été le plus extrême de l'Histoire dans la création et la destruction, mais aussi dans les profonds bouleversements sociologiques et culturels. Et le cinéma a souvent mis en images ces moments clés. Première période : 1890-1914.

    Lost Films / L'Atelier Distribution

    L'idée est sensiblement différente des Top recommandations régulièrement mis en ligne durant le confinement et au-delà. Ici, la sélection des films a aussi vocation à développer une petite mise en perspective historique propre à la toile de fond déroulée dans l'oeuvre, ou même sur son sujet. De quoi contextualiser un peu plus des films qui méritent d'être découverts, et qui sont, dans certains cas, d'authentiques chefs-d'oeuvre.

    Nous avons découpé notre thématique du XXe siècle en plusieurs chapitres. Ce premier volet concerne la période 1890-1914; celle que l'on pourrait appeler "La Belle Epoque". Une expression née d'ailleurs après celle de la Grande guerre de 14-18, pour qualifier une période idéalisée à postériori et insouciante, par contraste avec la boucherie de la Première guerre mondiale. Alors même que les heurts souvent violents, les préjugés, le racisme, et même guerres, étaient aussi présents et l'ordinaire de nombreuses personnes...

    Héros ou salopards (1980)

    A la fin de la seconde guerre des Boers (1899-1902), qui oppose l'empire britannique aux républiques boers (l'État libre d'Orange et la république sud-africaine du Transvaal), trois officiers australiens membres de l'unité des carabiniers Bushveldt (infanterie montée) sont traduits en cour martiale. Lorsque le capitaine de leur unité tombe dans une embuscade et est tué par les boers, ces trois soldats, menés par le lieutenant Harry "Breaker" Morant, cherchent à se venger. Capturant un boer portant la veste du défunt capitaine, celui-ci est immédiatement passé par les armes en représaille. Ce meurtre et la disparition d'un missionnaire allemand conduisent à l'arrestation des trois soldats. Lord Kitchener, qui commande les troupes britanniques dans cette guerre, espère achever la Seconde Guerre des Boers par une conférence de paix. Il utilise donc le procès du lieutenant Morant et les deux autres pour montrer sa volonté de juger ses propres soldats fermement, ayant outrepassé les règles de la guerre. Mais l'affaire est compliquée, car il s'agit d'une mise en accusation de meurtre par des soldats en service actif. Et on ne laisse qu'une seule journée à l'avocat de la défense, le Major Thompson, pour se préparer à sauver la vie de ses client...

    L'Australie a révélé de très grands réalisateurs, comme Peter Weir ou George Miller, pour ne citer que les plus connus. En 1980, il a fallu compter sur Bruce Beresford, avec son extraordinaire film Héros ou salopards. Car cette oeuvre est l'un des très rares, sinon la seule, à être intégralement consacrée à l'épisode de la guerre des Boers (un mot hollandais qui signifie "paysans"); une guerre terrible qui reste très méconnue par le grand public. Porté notamment par le formidable et regretté comédien britannique Edward Woodward sous les traits du lieutenant Morant, avec un casting restant 100% australien, et une somptueuse photographie signée par le chef op' réputé Donald McAlpine, cette authentique histoire est considérée comme l'une des affaires les plus iniques des annales de l'Histoire de la justice militaire. Aujourd'hui, Harry Morant est devenu une figure populaire en Australie.

    Le film fut cité à l'Oscar du Meilleur scénario en 1981. L'acteur Jack Thompson, qui campe l'avocat, remporta le Prix du Meilleur acteur dans un second rôle au festival de Cannes en 1980, tandis que le film concourait pour la Palme d'or. Par ailleurs, le film obtint 10 récompenses décernées par l'Australian Film Institute, parmi lesquelles celle de Meilleur réalisateur pour Bruce Beresford, celle de Meilleur film et Meilleur scénario. Héros ou salopards est une vraie rareté qui plus est : à notre connaissance, il n'est jamais sorti en DVD (sauf en dvd zone 1) ni même en Blu-ray chez nous. Un très grand film, historiquement passionnant qui plus est. Les Boers étaient en effet les vrais inventeurs des tactiques de guérilla dans un conflit. Tout comme c'est l'occasion de battre en brèche une idée reçue par le grand public : les premiers camps de concentration n'ont pas été construits par les nazis, mais bien par les britanniques, pour y interner les populations civiles boer et indigène.

    Héros ou salopards
    Héros ou salopards
    1h 47min
    De Bruce Beresford
    Avec Edward Woodward, Jack Thompson, John Waters, Bryan Brown, Charles 'Bud' Tingwell
    Spectateurs
    3,2
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    Héros ou salopards Bande-annonce VO

     

    Ragtime (1982)

    Au début du XXe siècle, un homme noir devient pianiste de jazz. Il gagne ainsi correctement sa vie et aspire à fonder une famille. Mais peu de temps avant son mariage, il est victime d’une injustice de la part d’hommes blancs qui n’acceptent pas de le voir rouler au volant de sa voiture neuve. Tout le monde autour de lui l’incite à ne pas envenimer la situation. Mais il ne peut accepter de voir ses droits bafoués et nourrit une profonde aspiration à voir reconnaître ses droits. Après la mort de sa fiancée, un engrenage s’enclenche…

    Si le film de Milos Forman est souvent décrié parce que jugé trop impersonnel, Ragtime reste pourtant l'un des plus formidables films décrivant la société américaine au tournant du XXe siècle, notamment par son acuité sur la question de la ségrégation raciale et entre les classes. Tout en évoquant aussi en filigranne la naissance du "Ragtime", un genre musical né aux USA entre 1890/1895, qui devint une source majeure d'influence du Jazz. Adaptation du best-seller de E.L. Doctorow, Ragtime est une oeuvre puissamment mise en scène par son réalisateur, qui porte un regard lucide et parfois cruel sur son nouveau pays d'adoption. Un film qui a, plus d'une fois, des allures de fresque monumentale, aux airs d'Il était une fois en Amérique, qui lui sera pourtant postérieur de deux ans; jusqu'à la comédienne Elizabeth McGovern d'ailleurs, que l'on retrouve justement dans les deux films. Porteur d'une charge émotive propre à fendre les pierres en deux, grâce notamment à un bouleversant Howard E. Rollins Jr dans le rôle-titre (et décédé à 46 ans en 1996...), Ragtime est aussi l'ultime contribution au 7e art d'un immense comédien, James Cagney. On pouvait difficilement faire plus bel épitaphe. Douloureux échec commercial à sa sortie, le film a -fort heureusement- été largement réévalué depuis. Si vous ne l'avez jamais vu, vous savez ce qui vous reste à faire..

    Ragtime
    Ragtime
    2h 35min
    De Milos Forman
    Avec Howard E. Rollins Jr, Elizabeth McGovern, Mary Steenburgen, James Olson, Brad Dourif
    Spectateurs
    4,0
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    Fantômas (1913-1914)

    Non, il ne sera pas ici question d'évoquer l'inoxydable (quoique...) saga multi-rediffusée à la TV emmenée par le tandem Louis de Funès et Jean Marais. Mais celle créée plusieurs décennies auparavant; l'oeuvre de Louis Feuillade. Méprisé en son temps par les Lettres et les esthètes des années 1920, réhabilité par les Surréalistes dès 1929, redécouvert et adopté par les générations actuelles de cinéphiles, Louis Feuillade (1873-1925) incarne le cinéma populaire dans son essence la plus noble du terme. D'abord scénariste obscur, découvert par Alice Guy et promu, grâce à elle, directeur de toute la production Gaumont, il a illustré avec éclat tous les genres cinématographiques. Et de livrer justement avec Fantômas un chef-d'oeuvre du policier.

    Né sous la plume de Pierre Souvestre et Marcel Allain en 1911, le criminel Fantômas donnent le frisson à une époque durant 32 mois, au gré des parutions. Le succès du tirage est tel que le duo se vante même d'écouler plus d'ouvrages que la Bible. Des repaires souterrains en passages dérobés sans oublier ses châteaux secrets, Fantômas est sous l'oeil de la caméra de Louis Feuillade un criminel magnifique. Gorgée de moments de bravoures, de poésie macabre, d'un formidable sens du rythme et de la mise en scène, cette saga en cinq épisodes sortie entre mai 1913 et mars 1914 est l'un des joyaux de la couronne de la firme Gaumont. Et constitue encore à ce jour un des très rares -donc précieux- et exceptionnels témoignages historiques du Paris des fortifications, de sa banlieue jusqu'aux poursuites tournées sur les toits de ses immeubles haussmaniens. Véritable démystification de l'ordre établi à l'époque, ce qui provoqua la fureur de la censure, la série des Fantômas eut pourtant un immense succès en salle. Très supérieur même à celui du roman feuilleton. Fantômas, ou le croisement rêvé entre le merveilleux populaire et le réalisme quotidien.

    Fantômas - À l'ombre de la guillotine
    Fantômas - À l'ombre de la guillotine
    5h 00min
    De Louis Feuillade
    Avec Georges Melchior, Rene Navarre, Renee Carl, Jane Faber, Yvette Andreyor
    Spectateurs
    3,4

    Les Brigades du Tigre (2006)

    On garde une certaine cohérence en restant dans le Paris de la Belle Epoque avec Les Brigades du Tigre de Jérôme Cornuau. Les Brigades du Tigre n'est autre que l'adaptation de la célèbre série qui vit le jour en 1974 sur Antenne 2. Créé par Claude Desailly, ce feuilleton était un fascinant voyage dans le temps, dans la France du début du XXème siècle, à travers les enquêtes des inspecteurs Valentin (Jean-Claude Bouillon), Terrasson (Pierre Maguelon) et Pujol (Jean-Paul Tribout). Si la série fait partie du patrimoine télévisuel français depuis son arrêt en 1983, la musique de son générique est elle aussi passée à la postérité grâce au thème au piano composé par Claude Bolling.

    Dans le long métrage, c'est Clovis CornillacEdouard Baer et Olivier Gourmet qui mènent la danse de ces célébrissimes et authentiques brigades, créées par le ministre de l'Intérieur Clemenceau, dit "Le Tigre", en 1907. Douze brigades régionales de police mobile furent mises sur pied. L'enjeu était de taille : contrer la violence et le banditisme qui saignaient la France jusque dans ses campagnes. Les mobilards se devaient d'être l'élite et la fierté d'une police nationale qui s'adaptait à son époque. Ils étaient entraînés en conséquence et recevaient une formation des plus exigeantes : maîtrise de différentes techniques de combat, tir au pistolet, savate, maniement de la canne, rien ne devait leur échapper. Ils bénéficiaient également des dernières technologies dans leurs méthodes d'investigation et pouvaient compter sur les débuts de la police scientifique. Les résultats étaient à la hauteur des moyens alloués : début 1909, les "Brigades du Tigre" comptabilisaient 2 500 arrestations sur le territoire français, dont le démantèlement de la célèbre bande anarchiste dite "bande à Bonnot", incarné par Jacques Gamblin dans le film. Le film de Cornuau n'est certes pas un chef-d'oeuvre, mais c'est un film tout à fait divertissant et soigné, avec une intrigue menée tambour battant, finalement respectueux de l'esprit de la série originelle. Très recommandable donc.

    Les Brigades du Tigre
    Les Brigades du Tigre
    2h 05min
    De Jérôme Cornuau
    Avec Clovis Cornillac, Diane Kruger, Edouard Baer, Olivier Gourmet, Stefano Accorsi
    Presse
    3,3
    Spectateurs
    2,4
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    Maurice (1987)

    Maurice et Clive s'aiment d'un amour chaste mais passionné. Pourtant, après l'arrestation pour outrage aux moeurs de leur ami Risley, ouvertement homosexuel, Clive craint d'être compromis dans la bonne société londonienne. Il renonce alors à son amour interdit, et épouse Anne... Après le succès mondial de Chambre avec vue, James Ivory, le plus britannique des réalisateurs américains, adapte à nouveau un roman du grand écrivain E.M. Forster, Maurice. Un roman qui ne fut d'ailleurs publié qu'à titre posthume, en raison de son sujet scandaleux. 

    Porté par un formidable Hugh Grant, des années avant que ce dernier ne se révèle aux yeux du grand public dans la comédie culte Quatre mariages et un enterrement, et qui recevra d'ailleurs le prix d'interprétation masculine au festival de Venise en 1987; épaulé par un non moins formidable James Wilby, ce brillant film du futur réalisateur de Howards End et des Vestiges du jour raconte la difficulté de vivre son homosexualité dans l'univers conformiste, étriqué et étouffant de l'Angleterre édouardienne. L'histoire se déroule dans un pays et à une époque où l'homosexualité était un délit passible de prison, en vertue d'une loi de 1885. Oscar Wilde en fit d'ailleurs l'amère expérience en 1895... Il faudra attendre 1967 et le Sexual Offences Act pour que l'homosexualité entre hommes soit partiellement dépénalisée. Et encore, sous des critères bien précis, et uniquement en Angleterre ainsi qu'au Pays de Galles. "Maurice est arrivé au bon moment. Le film est sorti au moment où la crise du sida explosait. Et ca aurait pu être autrement" se souvient, des années plus tard, son réalisateur. "S'il était sorti cinq ans plus tôt, il aurait été attaqué. Mais les gens n'ont pas osé le faire en 1987. Le sida était un problème trop important pour beaucoup. Les gens qui l'ont critiqué ont dû tempérer leurs propos. Ils ont pu l'attaquer sur un plan moral, mais avec retenue et discrétion. Nous avons eu beaucoup de partisans, et ca été un soulagement pour beaucoup de gens".  33 ans, déjà, après sa sortie, la force du film est toujours là, intacte.

    Maurice
    Maurice
    2h 20min
    De James Ivory
    Avec Hugh Grant, James Wilby, Rupert Graves, Denholm Elliott, Simon Callow
    Spectateurs
    3,6
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