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    Black Lives Matter dans les séries : comment le mouvement a trouvé un puissant écho à la télévision américaine
    Par Chaïma Tounsi & Jean-Maxime Renault — 3 juin 2020 à 12:32
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    Alors que le mouvement #BlackLivesMatter reprend de plus belle aux Etats-Unis, retour sur ces œuvres télévisées qui permettent de comprendre comment on en est arrivé là et comment les premiers touchés se battent pour faire entendre leurs voix...

    En 2013, l’acquittement de George Zimmerman pour le meurtre du jeune Trayvon Martin secoue les Etats-Unis et mène, à l’initiative de la communauté afro-américaine, à une vague de protestations ainsi qu’à la création du mouvement Black Lives Matter. Le but ? Dénoncer les bavures policières et les failles du système pénal. Et si les politiciens au pouvoir font la sourde oreille, ce mouvement trouve écho à la télévision où des talents réagissent très vite et s’inspirent de leur vécu pour témoigner et ainsi offrir un éclairage nouveau sur la culture afro-américaine et sur le quotidien des noirs au Etats-Unis entre peur, humiliations, propos racistes et injustices. 

    Que ce soit Cheo Hodari Coker (Luke Cage), Lena Waithe (The Chi), Donald Glover (Atlanta) ou Ava Duvernay (Dans leur regard), ils trouvent tous en la télévision un refuge de liberté et de créativité pour rendre compte d'une réalité, mettre en lumière des histoires restées dans l'ombre et poursuivre le débat de manière plus apaisée mais pas moins engagée.

    En ce mois de juin 2020, le mouvement #BlackLivesMatter, qui ne s'était jamais éteint, a repris de plus belle suite à la mort de George Floyd, un afro-américain tué par un policier blanc, Derek Chavin, dans le Minnesota. L'interpellation puis son agonie sont filmées par des passants et très vite ces images font le tour du monde. Alors, c'est une partie du peuple qui se soulève à nouveau, un peuple épuisé par un mandat de Donald Trump qui semble interminable. Des émeutes se déroulent dans tout le pays, des messages se comptent par milliers sur les réseaux sociaux alors que le reste du monde scrute, manifeste sa solidarité et se souvient aussi que le racisme ne s'arrête pas aux frontières nord-américaines, comme en France avec le retour du mouvement Justice pour Adama.

    Retour sur ces oeuvres télévisées qui permettent de comprendre comment on en est arrivé là et comment les premiers touchés se battent pour faire entendre leurs voix à travers la culture depuis quelques années.

    LE REVANCHE DES SUPER-HÉROS

    Côté super-héros d'abord, Luke Cage a ouvert la voie en 2016. Ce justicier natif d’Harlem est proche du peuple, soutient les siens et les défend, alors même que le quartier est gangrené par le trafic de drogues et les politiciens véreux. Créée et écrite par le showrunner Cheo Hodari Coker, la série Netflix offre un éclairage sur la culture américaine (chaque titre d’épisode est une chanson de Gang Starr) et prend position. Si Luke Cage se balade par exemple avec un simple hoodie, c’est pour rendre hommage à Trayvon Martin. L’ado de 17 ans portait le soir de son meurtre un sweat à capuche.

    La série DC Comics Black Lightning prend exactement le même chemin. Bien plus qu’une série de justicier, elle nous parle aussi de la condition noire aux Etats-Unis et ce, dès les premières minutes : les caméras se promènent dans un hôpital, sur le titre évocateur "Strange Fruit" de Billie Holiday, tandis que nous apprenons via un téléviseur qu’un jeune garçon noir vient de trouver la mort en pleine rue, dans l’indifférence totale, y compris celle de la police. Quelques minutes plus tard, le personnage principal campé par Cress Williams se fait arrêter par deux agents juste parce qu’il est Noir. Une scène de brutalité policière que le co-créateur de la série, Salim Akil, a déjà vécu. Deux militants aparraissent d'ailleurs dans le premier épisode.

    Au cinéma arrive à la même période le film Marvel Black Panther, avec un casting 100% afro-américain et un super-héros charismatique roi d’un pays fictif situé en Afrique centrale. Le succès est immense et montre bien qu'il y a non seulement un besoin mais aussi un désir du public pour ce qui était auparavant considéré comme "niche" donc trop risqué.

    En 2019, la version série des comics Watchmen revisitée par Damon Lindelof pour HBO mise sur une héroïne noire, incarnée par l'excellente Regina King, et se révèle être un brûlot contre le racisme en Amérique. Les suprêmacistes blancs et les violences policières sont au coeur de l'histoire, dont l'une des racines est un fait historique réel méconnu, représenté dès la scène d'ouverture ultra-violente. En 1921, à Tulsa en Oklaoma, une communauté afro-américaine prospère est massacrée et décimée par des blancs enragés, dont certains appartiennent au Ku Klux Klan. Plus tard, la série invente un "Centre pour l'héritage culturel des victimes de violences raciales" où l'on peut découvrir les témoignagnes d'afro-américains sous forme d'hologrammes. Parmi les 12 auteurs de la série, huit sont issus de la diversité.

    Témoigner, s’engager et changer les mentalités

    Alors que dans les décennies précédentes les séries les plus communautaires se cantonnaient au format de la sitcom et étaient peu nombreuses (Le Prince de Bel-AirCosby Show…), les dramas sur des familles et des personnages noirs sont de plus en plus populaires (EmpirePower, Queen SugarGreenleaf…), y compris auprès du grand public. Elles sont souvent produites par de grands noms, de Lee Daniels à Oprah Winfrey en passant par 50 Cent. Des nouvelles voix se font ainsi entendre à Hollywood. Certains de ces réalisateurs, scénaristes ou acteurs débutent et leurs premières productions ont généralement quelque chose de personnel. C’est le cas de la scénariste et actrice, Lena Waithe, découverte notamment dans la série Master of None aux côtés d’Aziz Ansari. Un an après avoir remporté le Golden Globes du meilleur épisode (elle est la première Afro-américaine à gagner ce prix), elle sort sa première série, The Chi, sur les histoires croisées de natifs de Chicago. Le but ? Changer la perception que l’on a de cette ville et de la communauté afro-américaine véhiculée par les médias et, "représenter ses habitants d’une manière plus humaine".

    Evidemment, certaines séries ont pris la parole plus tôt. Exemple avec Orange Is the New Black et la mort de [SPOILERS] Poussey à la fin de la saison 4. La détenue, étouffée par un garde incompétent sous les yeux de ses amies qui entamaient alors une protestation pacifiste, est devenue un symbole pour la lutte des droits [FIN SPOILERS]. Un traitement inhumain et révoltant qui trouve écho cette année-là dans les protestations qui ont secoué Ferguson. Citons aussi la série Scandal qui, un an plus tôt, nous délivrait un épisode poignant dans lequel un homme noir était tué par un policier. Son père restait assis près du corps de son fils, abattu en plein milieu de la rue, pour que justice soit faite. Olivia Pope (Kerry Washington) lui venait en aide.

    Cette production Shonda Rhimes n'est pas la seule à avoir pris la parole sur le sujet. En terme de réprésentation d'abord, Grey's Anatomy a depuis son lancement il y a 15 ans fait le pari de montrer beaucoup de personnages de médecins noirs, hommes et femmes, brillants, puissants parfois, un geste qui peut paraître anodin aujourd'hui mais qui est pourtant fort. Dans How To Get Away With Murder, l'ultra-engagée Viola Davis devient Annalise Keating, une femme noire de pouvoir, complexe, bisexuelle, alcoolique, manipulatrice; le genre de rôles que l'on ne donne habituellement qu'aux blancs. Par ailleurs, l'héroïne se bat dans la série contre le système pénal qui défavorise les noirs, et dénonce ce racisme systémique et institutionnel à travers de grandes plaidoiries inspirées, qui l'améneront jusqu'à la Cour Suprème dans un crossover événement avec Scandal. Comme This Is Us et A Million Little Things, elle traite également des maladies mentales qui restent un tabou important dans la communauté afro-américaine.

    Autre programme récent au point de départ intéressant, inspiré d'une histoire vraie méconnue : dans For Life, Aaron, un homme noir accusé à tort de meurtre et envoyé en prison à vie, devient avocat depuis sa cellule et se sert de sa nouvelle activité afin d'aider ses compagnons mais aussi prouver son innocence. Sa quête de liberté est motivée par son désir désespéré de retrouver sa famille et de récupérer la vie qui lui a été arrachée. Injustement condamné, le détenu va devoir se heurter aux limites du système judiciaire pénal. Une première saison réussie, saluée par la critique.  

    On pourrait également citer l'épisode "Replay" du reboot de La Quatrième Dimension produit par Jordan Peele, centré sur Nina Harrison, une mère de famille afro-américaine, qui a déjà souffert du racisme dans sa jeunesse. Alors que son fils Dorian fait son entrée à l'université, elle emporte dans sa voiture le vieux Caméscope de son père pour garder une trace de ce moment de joie. Mais lors d'un contrôle routier, un policier raciste interpelle la maman et son enfant, panique et sort son arme. Nina découvre alors que la caméra lui permet de remonter le temps... 

    En 2019, Netflix frappe très fort avec l'intense et remarquable mini-série en 4 épisodes Dans leur regard, signée Ava Duvernay, Elle relate l'affaire des Central Park Five, un fait divers qui a ébranlé l'Amérique : en avril 1989, une jeune joggeuse blanche est retrouvée violée dans Central Park. Cinq adolescents qui se trouvaient sur les lieux au moment du drame, sont arrêtés et condamnés par un jury sur la base d'aveux obtenus sous la contrainte. Quatre sont afro-américains et le cinquième est hispanique. La série suit leurs procès, leur parcours carcéral et leur difficile réinsertion. Une oeuvre sous forme de devoir de mémoire qui montre combien, en une trentaine d'années, la situation a si peu évolué.

    Plus récemment encore, on pourrait citer l'intéressante série Little Fires Everywhere, disponible sur Amazon, d'après le best-seller de Celeste Ng. Durant l'été 1997, Mia Warren (Kerry Washington), une mère célibataire et bohème, s’installe avec sa fille Pearl à Shaker Heights, dans la banlieue riche de Cleveland, dans l'Ohio. Leur chemin croise très vite celui des Richardson, une famille bourgeoise exemplaire du coin, avec à sa tête Elena (Reese Witherspoon). Deux mères de famille et deux visions de la vie s'opposent et s'entrelacent. Leurs relations vont peu à peu se tendre jusqu'à mettre en péril leurs vies. Derrière cette opposition, une histoire de lutte des classes, de déterminisme social et de racisme ordinaire.

    Enfin, il est important de citer des séries qui ont choisi de raconter des histoires positives, lumineuses, à l'image de Little America sur Apple TV+, une anthologie basée sur les articles d'Epic Magazine et plus particulièrement sur la vie des immigrés venus en Amérique qui ont triomphé face à l'adversité. Ou encore Self Made, une mini-série Netflix avec la grande Octavia Spencer, ou l'incroyable histoire vraie de Madam C.J. Walker, première Afro-Américaine à être devenue millionnaire par ses propres moyens. 

    De nombreuses oeuvres sont attendues dans les prochains mois telles que Lovecraft country sur HBO, où J.J. Abrams et Jordan Peele unissent leurs forces. Dans l'Amérique raciste des années 1950, Atticus Black, un jeune homme de 25 ans, embarque avec son amie Letitia et son oncle George dans un road trip à la recherche de son père disparu. Sur la route, ils rencontrent des monstres fantastiques, ainsi que des monstres bien réels. Ou encore Underground Railroad de Barry Jenkins (Moonlight) pour Amazon : esclave dans une plantation de Georgie, Cora embarque dans un train et voyage d'Etat en Etat, et cherche la vraie liberté alors qu'elle est traquée par un célèbre chasseur d'esclaves.

    Et les comédies dans tout ça ?

    Certains préfèrent utiliser la comédie pour faire passer leur message, à l’instar de Donald Glover. L’ancien élève de Community a sorti chez FX la petite pépite Atlanta, primée aux Golden Globes. Cette série est un coup de projecteur réaliste sur le quotidien de ces jeunes afro-américains sans le sou et désenchantés. C’est le cas d’Earn (Glover) qui va se lancer dans le milieu du rap. Ici, plus que les personnages, c’est le décor qui importe : Atlanta, lieu de naissance de Martin Luther King et berceau des droits civiques afro-américains, mais aussi des de la trap music qui, grâce à ses ambassadeurs Young Thug, Gucci Mane, 2 Chainz ou encore Killer Mike, cartonne dans le monde. La série de Donald Glover fait office de témoignage, avec des morceaux de vie. C’est aussi le message qu’a voulu délivrer Issa Rae avec sa très réussie Insecure sur HBO plus anglée sur les femmes noires, le sexe et Los Angeles.

    Impossible aussi de ne pas mentionner la série Black-ish, sitcom avec Anthony Anderson diffusée depuis 2014 sur ABC. Une comédie qui questionne sur ce qu’être Noir aux Etats-Unis représente, même au sein d'une famille aisée. Elle a engendré deux spin-off : Grown-ish à l'université et Mixed-ish dans les années 80. Elle prend une tournure particulièrement politique dans l’épisode 16 de la saison 2 où les parents expliquent à leurs enfants les bavures policières et comment le système judiciaire leur a toujours été défavorable, tout en citant des noms bien réels (Freddie Gray, Sandra Bland…).

    Dans un genre plus mordant, il y a Dear White People, film devenu une série sur Netflix, toujours sous la direction de Justin Simien. Une satire répondant à la question "comment être Noir dans un monde de Blancs ?" : à travers le personnage de Sam, présentatrice radio grande gueule, Simien fait savoir au plus grand nombre que non, les Noirs n’ont plus envie d’être moqués, notamment à travers la pratique du blackface. Elle questionne aussi le déterminisme social au sein de cette université où les noirs se battent pour exister.

    Tous ces exemples sont la preuve, s'il en fallait une, que la télévision a une fois encore su utiliser sa force de frappe, son sens de la réactivité et la créativité de ses talents pour alimenter les débats autrement que par le prisme des chaînes d'info en continu et faire passer par l'art des messages de justice et d'égalité primordiaux et cruciaux. Des oeuvres qui feront date et illustreront à merveille une époque que l'on espère bientôt appartenir au passé. 

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    Commentaires
    • Alexandre Q.
      C'est ta bêtise qui devrait être censurée !
    • nikos182
      Voila un com typique qui devrait être censurer (et attaquer pénalement)dedicace a Nomade
    • ScaarAlexanderTrox
      Il fait quel temps, à Disneyland ?
    • ScaarAlexanderTrox
      un peuple épuisé par un mandat de Donald Trump qui semble interminable--> Écrit un branquignol qui n'a aucune idée de ce dont il parle.Un exemple parmi mille autres.Énième article illustrant a) l'impossibilité pour notre époque de ne pas tout souiller avec la politique et b) la prédominance idéologique gauchiste des médias. Des jeunes cinéphiles influençables viennent sur le site pour lire des articles sur... le cinéma, tombent sur ça, et le lisent en toute confiance puisque hey, c'est Allociné, pas un média engagé, pas vrai ? Ce n'est pas Le Figaro ou Libé ! Vous êtes dangereux.
    • Alexandre Q.
      George Floyd et Adama Traoré ont tous 2 été assassinés par d'ignobles policiers donc le parallèle est tout à fait logique !
    • Alexandre Q.
      Perso, je pense au contraire que les minorités ont enfin compris qu'ensemble elles devenaient la majorité. Les seuls à se replier sur eux-même sont les hommes blancs hétéros représentés par des Trump, Farage, etc. Trop occupés à pleurnicher sur leur triste sort de roi du monde destitué. Et ça c'est beau !
    • nikos182
      On vas finir par croire qu'on est américains et plus Français si on écoute les médias en ce moment (même Allocine s'y met), auto-flagellez vous pour les derives de l'Amerique, Allez tous ensemble ! hop hop hop
    • nikos182
      se souvient aussi que le racisme ne s'arrête pas aux frontières nord-américaines, comme en France avec le retour du mouvement Justice pour Adamadérive d'Allocine là ! quel est le rapport entre le racisme et le mouvement justice pour Adama ?? Vous vous êtes renseigné sur la fameuse interpellation de ce Mr Adama Traoré au moins ? cette interpellation sera jugée par la justice (je ne me fait pas trop de soucis)Vous virez politique là et extrême gauche de surcroit : ce n'est pas votre rôle Allocine
    • Alfred N.
      J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de racisme et d'intolérance.Au lieu d'être tous traités de la même façon, chacun créé sa propre différence et réclame des avantages au détriment des autres.
    • Alexandre Q.
      Je pense que ces dernières années de nombreuses minorités ont vu leur condition changer. Du coup, même si c'est encore bien loin d'être parfait, je préfère rester optimiste mais il est clair que le racisme est bien ancré chez certains malheureusement...
    • Alexandre Q.
      C'est clair et ça fait plaisir... L'acceptation des différences passe aussi par là.
    • Madolic
      Surtout vu le nombre de série maintenant, il y a clairement de la place pour tout le monde
    • Madolic
      Black-ish j'ai vraiment bien aimé, en plus le traitement de la couleur de peau est centrale à la série mais ce n'est jamais lourd ou moralisateur.Et c'est que le moment dont parle l'article ds OITNB est choquant et criant de réalisme.
    • Alfred N.
      J'ai du mal à comprendre : le policier a été arrêté et mis en examen pour homicide. Réclament-ils un lynchage public ?Pour le coup, je suis entièrement d'accord avec le boxeur Mike Tyson.
    • Alfred N.
      Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes.
    • Alexandre Q.
      Les minorités sont enfin mises en valeur et c'est tant mieux ! Il est temps que ce monde change !
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