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    Spartacus sur Arte : pourquoi Kirk Douglas a-t-il renvoyé un réalisateur en plein tournage ?
    Par Caroline Langlois — 5 juil. 2020 à 18:00
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    A l'occasion de la diffusion ce soir sur Arte de Spartacus, retour sur la genèse compliquée du film et en particulier le renvoi, en plein tournage, du réalisateur Anthony Mann par Kirk Douglas.

    Fresque dantesque, oeuvre majeure du cinéma et de son réalisateur Stanley KubrickSpartacus a connu une genèse mouvementée. En particulier dans la sélection du scénariste et du metteur en scène qui seraient les mieux qualifiés pour porter comme il se doit à l'écran le roman de Howard Fast.

    Confiée à l'origine à l'auteur lui-même, l'écriture du script est finalement transmise à Dalton Trumbo après un résultat jugé de "véritable désastre" par Kirk Douglas. Toujours sur la terrible "liste noire" anti-communiste de McCarthy, Trumbo est alors forcé de travailler sous un pseudonyme, Sam Jackson, pendant toute la production de Spartacus. Grâce à ce film et son producteur, il retrouvera sa véritable identité au générique.

    Swashbuckler Films
    Jean Simmons, Kirk Douglas et Tony Curtis

    Le choix du metteur en scène est une toute autre affaire. Après avoir envisagé David Lean et Martin Ritt, c'est au final Universal qui tranche et impose Anthony Mann. Dans l'ouvrage "I am Spartacus", dans lequel il revient sur les coulisses du film, Kirk Douglas raconte qu'il fit immédiatement part au studio de son inquiétude face à cette décision : "Pour moi, Mann n'est pas le cinéaste approprié". Il ravale tout de même son appréhension et le tournage sera officiellement lancé le 27 janvier 1959.

    Si la première semaine, consacrée aux plans d'ouverture aux carrières de pierre, se déroule sans accroc, la suivante fait tout basculer. Sur le plateau, Peter Ustinov, interprète du marchand d'esclaves Lentulus Batiatus, se laisse quelque peu emporter dans ses scènes et Anthony Mann ne parvient pas à le canaliser. "C'est au réalisateur de savoir quand et comment freiner cet instinct" déclare Kirk Douglas. Devant la situation - des rushes presque inutilisables, un retard sur le planning, un budget grandissant - et un metteur en scène qui semble submergé par l'ampleur du projet, Universal demande à l'acteur de le renvoyer.

    "Lorsque je lui annonce la nouvelle, il le prend mieux que je ne le craignais. A vrai dire, il semble même soulagé. Il ne le dit pas, mais j'ai le sentiment qu'il cherchait lui-même une manière élégante de se retirer." Kirk Douglas retrouvera Anthony Mann 6 ans plus tard pour Les Héros de Télémark. Pour Spartacus, le comédien décide de miser sur Stanley Kubrick qui l'avait dirigé quelques années auparavant dans Les Sentiers de la gloire (1957). Si certains le mettent en garde, il assume ce choix : "Bien qu'il n'ait que trente ans, il est suffisamment talentueux et sûr de lui pour s'emparer d'un film de cette ampleur. [...] Sa confiance en lui frise souvent l'arrogance - ce trait de caractère pourra l'aider à travailler avec des acteurs hautement respectés mais parfois difficiles à manoeuvrer comme [Laurence] Olivier, [Charles] Laughton et [Peter] Ustinov."

    Spartacus
    Spartacus
    Sortie le 15 septembre 1961 | 3h 18min
    De Stanley Kubrick
    Avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Jean Simmons, Charles Laughton, Tony Curtis
    Presse
    3,0
    Spectateurs
    4,0
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    Commentaires
    • Rastan
      En fait ,le mieux,quand on est intéressé par un dossier sur Allociné.C'est d'attendre qu'un Allocinéen le complète. :)
    • Seke
      Merci pour toutes ses infos.
    • Kakuzu7
      C'est quand même gros de dissocier Anthony Mann avec les folles ambitions d'un projet titanesque alors qu'il a réalisé Le Cid et la chute de l'empire Romain. :)
    • dontlookback
      Ça, c'est la version de Kirk Douglas, et il n'était pas toujours hyper-objectif dans ses souvenirs.Spartacus était un projet porté depuis le départ par Kirk Douglas. Il voulait surtout quelqu'un qui le mette en valeur, qui soit plus un yes man. En prenant Kubrick, qui était un jeunot et qui n'arrivait pas à monter un projet après Les Sentiers de la gloire (il devait réaliser La Vengeance aux deux visages, jusqu'au moment où il lui est apparu évident que Marlon Brando avait envie de le réaliser lui-même), il pensait qu'il arriverait mieux à garder la mainmise sur la production. En effet, Kubrick était encore sous contrat avec lui à cause des Sentiers, et lui devait encore deux ou trois films (il s'en est au final sorti en lui filant le contrat qu'il avait avec Sue Lyons).Au bout de quelques jours, Kubrick avait viré le directeur photo (qui est resté ensuite assis sur sa chaise pendant tout le reste du tournage, conformément à la règle de de l'ASC, et qui a au final remporté l'Oscar), viré, avec l'appui de Douglas, l'actrice allemande qui jouait Varinia, et surtout il s'est mis à tenir tête à Douglas, au point que leurs relations sont vite devenues exécrables. Mais Douglas ne pouvait pas non plus se permettre de renvoyer un deuxième réalisateur.Un exemple (là encore douteux : je crois que ça vient de Douglas, et il y a des trucs un peu incohérents dedans) : pendant la dernière séquence, celle où Kirk Douglas est crucifié, on avait passé la matinée à tout préparer et à maquiller Douglas sur sa croix. Kubrick regarde alors sa montre, balance Lunch time !, et tout le monde évacue alors le plateau pour déjeuner, laissant Douglas en plan.(Le truc incohérent, c'est qu'il n'y ait eu aucun assistant pour s'occuper de Douglas ou rester à ses côtés).
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