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    Raoul Peck (I am not your Negro) adresse une poignante lettre ouverte sur le racisme en France
    Par OP — 17 juin 2020 à 11:36
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    Auteur de "I am Not Your Negro", cité à l'Oscar du Meilleur documentaire et dont le sujet a pris une résonance aigüe avec la brûlante actualité aux Etats-Unis, Raoul Peck a écrit une lettre où il fait part de sa réflexion sur le racisme en France.

    CEDRIC PERRIN / BESTIMAGE

    Journaliste, photographe, Professeur à l'Université de New York, ex ministre de la Culture de la République d'Haïti jusqu'en 1997, réalisateur de longs métrages, Raoul Peck a exercé ses talents dans de nombreux domaines. En 2016, il était ainsi derrière le remarquable documentaire I am Not Your Negro.

    À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, Raoul Peck proposait un film qui revisitait les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies. Salué entre-autre par une nomination à l'Oscar du Meilleur documentaire, son oeuvre a gagné un écho encore plus fort qu'à sa sortie, au regard de la brûlante actualité américaine de ces dernières semaines. Hier soir d'ailleurs, dans le cadre de sa soirée thématique consacrée aux relations tendues entre la Police et les citoyens, la chaîne Arte a diffusé justement à 22h15 ce brillant documentaire, dont revoici la bande-annonce...

    I Am Not Your Negro Bande-annonce VO

    Dans le 1 Hebdo, journal né en 2014 qui traite chaque semaine une grande question d'actualité à travers les regards d'écrivains, de chercheurs, de philosophes ou d'anthropologues, et aussi d'artistes, poètes, illustrateurs et d'experts, Raoul Peck a pris la plume pour se fendre d'une lettre ouverte intitulée "J'étouffe", pour dénoncer le racisme systémique à l'oeuvre dans le pays.

    "Ce qui se passe en ce moment aux États-Unis me trouble à la nausée. Ce n’est cependant pas de l’Amérique dont je désire vous parler.
 Mais de la France. [...] Ce matin, en me levant, je me suis mis à pleurer.
 Sans contrôle, sans pouvoir reprendre mon souffle.
 Quelque chose venait de se briser.
 Je venais de comprendre que mon histoire avec la France venait de se terminer.
 Ce pays qui m’a accueilli il y a déjà plus de cinquante ans, qui m’a accompagné durant toute ma vie professionnelle, qui m’a donné de formidables récompenses, de difficiles responsabilités, de vrais accomplissements individuels et parfois même collectifs. 
Ce pays avec lequel j’ai toujours entretenu des rapports subtils entre méfiance désabusée et confiance réaliste, entre tolérance constructive et incrédulité atterrée. Un pays dans lequel, pourtant, je n’ai jamais mâché mes mots. Ma conception de ce pays venait de se liquéfier".

    Il poursuit plus loin : "Trop de silence, trop d’ignorance, trop de mépris de l’autre, trop d’égoïsme, et surtout trop de déni ont eu raison de cette «construction», en fin de compte purement théorique, que je croyais maîtriser. [...] Oui, la France est dans le déni d’elle-même. Car la France se pense encore tout aussi glorieuse, tout aussi sereine, tout aussi vaillante que dans le passé qu’elle se raconte. [...] Incapable d’apporter des réponses constructives à cette nouvelle réalité, paniquée devant une décadence qu’elle ne peut plus dissimuler, enivrée par les cris de sirène éplorée de quelques philosophes qui s’apitoient sur une possible « fin de civilisation », voire, cauchemar ultime (!), la « disparition de l’homme blanc » (sic ! Je vous jure ! À la télévision française). Alors qu’il faut juste faire l’effort de comprendre qu’on est simplement arrivé à la fin d’un bien trop lourd héritage d’injustice, de déni et de profits, construit sur la misère des autres".

    [...] Cela fait plus de cinquante ans que, oscillant selon le moment entre témoin, observateur ou acteur, je constate, éberlué, les outrances, les mots racistes, les gestes racistes, les décisions racistes, les lois racistes [...] La concentration de colère accumulée tous les jours dans le cœur de ceux qui « ne vous ressemblent pas », de ceux qui vous regardent du dehors à travers la vitre embuée, est incommensurable. Il est important de noter en toute transparence que j’écris tout ceci de la position d’un homme noir absolument privilégié à tout point de vue dans ce pays. Imaginez un seul instant ce que ressentent les autres ?"

    Vous pouvez lire en intégralité la (très) longue lettre ouverte de Raoul Peck sur le site du 1hebdo.fr.

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    Commentaires
    • Magellan
      C'est un choix de société mais le système US, je peux parfaitement comprendre que certains soient pour .
    • ServalReturns
      Ben c'est surtout que c'est logique (que le système coûte une blinde). C'est le prix pour que l'instruction publique et la santé soient aussi accessibles.Et perso, c'est un pacte qui me convient.Mais bon, les chouineurs ne réalisent pas vraiment que dans certains pays (comme les USA, qu'ils affectionnent tant), l'enseignement supérieur et la santé sont des privilèges que tout le monde ne peut pas s'offrir.
    • Magellan
      Que le système coûte une blinde je suis d'accord . Mais c'est une autre question ;-)
    • Agent Doggett
      Tu as bien cerner la compréhension de ces déclarations et pour aller dans ce sens, il faut savoir que Raoul Peck est un Marxiste convainque, Selon ces dires les oeuvres de Karl Marx font partie de ces livres de chevet à tel point qu'il a réalisé un film sur Karl Marx, le jeune Karl Marx en 2016. Ainsi il n'est pas étonnant qu'il voit les problématiques actuelles quelque soit les sensibilités comme une extension de la lutte des classes contre le Capital.
    • Alfred N.
      C'est quand on est arrivé en France que j'ai commencé à aller à l'école.Mes parents n'ont jamais rien payé (sauf la cantine).On vivait dans un HLM à Épinay sur Seine (du côté du lac d'Enghien).J'ai fait une école d'ingénieur, j'ai payé environ 500 euros par an. Pas 50000, 500 ! Dans quel pays tu peux devenir ingénieur pour 500 euros par an ?Les quelques fois que je suis allé à l'hôpital, j'ai jamais payé plus de quelques dizaines d'euros. Par contre c'est vrai que la sécu coûte très très cher. La part patronale + salariale sur ton salaire c'est juste dément.
    • -Nomade-
      Non, définitivement.Et, en passant, c'est Didier H., plus haut, qui a entrepris cette manœuvre, vaguement hargneuse, d'essayer de condamner un propos, pour des raisons dont le fond idéologique est à peine voilé...Soyons sérieux deux minutes : R. Peck n'a, bien évidemment, jamais chercher à différencier les chômeurs, handicapés, etc... des citoyens! Ni à établir une espèce de hiérarchie communautaire dans la responsabilité citoyenne. Il suffit de lire son texte en entier pour s'en convaincre sans le moindre doute.Chercher à suggérer le contraire, à suggérer qu'il a en fait voulu dresser les noirs contre les blancs, ou nous contre eux, ou n'importe quoi du même ordre, c'est de la malhonnêteté intellectuelle.Tiens, d'ailleurs, puisqu'on le cite, on aurait pu citer ce passage : La France est dans le déni et ses enfants n’ont plus le temps. (...) Ses enfants noirs, blancs, jaunes, arc-en-ciel s’agitent. (...) Ils n’ont plus toute la vie devant eux. Ils voient bien que vous n’avez rien foutu de bien notable ces soixante dernières années (...)Ses enfants blancs. Blancs, aussi.Son texte (qui est effectivement un cri du coeur, au moins on est d'accord là-dessus...) n'a rien à voir avec une tribune de l'antiracisme tendance communautaire, tel qu'aimerait le faire croire Didier H...
    • Ryo H
      C'est l'hôpital qui se moque de la charité. C'est clairement toi qui choisi délibérément de réinterprété ses propos. tu ne lis pas entre les lignes, tu écris carrément des didascalies histoire de faire coexister son texte avec ton idéologie.
    • Murdoc
      Pas la France en tout cas
    • -Nomade-
      en revanche,(...) il les distingue de la majoritéNon, pas du tout, justement. C'est ce que toi, ici, tu as choisi de comprendre.Je maintiens, définitivement, que sa phrase (pas plus mal tournée qu'une autre, et, à tout prendre, plus adroitement écrite que tes démonstrations alambiquées...) ne cherche pas à faire une distinction entre majorité (non mentionnée) et minorités, mais bien à dénoncer le fait qu'un tel combat sociétal, de fond, ne peut ni ne doit être entrepris en ordre dispersé, au gré des différents combats communautaires. Mais mené par un mouvement global, institutionnel, et citoyen.Je ne suis pas nécessairement d'accord avec tout son texte (que je trouve, en revanche, bien écrit), surtout parce qu'on y sent la superposition des conceptions Américaine et Française des combats communautaires, conceptions en fait très différentes, ce qu'on a tendance à facilement oublier d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique...Mais, en ce qui concerne cette phrase qui te retourne les neurones, j'adhère.Et, pour finir, je maintiens que ta logique argumentaire un peu fumeuse cherche à tordre ce qu'il a écrit pour le faire coller à ton opinion.
    • October70
      Quelque part, j'arrive à me mettre à sa place car je suis comme lui. En voyant les images de quartiers régulièrement cassés et mis à sacs dans plusieurs grandes villes, des armes de guerres sorties aux yeux de tous et la violences qui va avec, moi non plus je commence à avoir du mal à reconnaître la France et me demande : mais où va-t-on....
    • Didier H
      C'est ta démonstration ? Dans la première partie de ton message tu soulèves la contradiction que j'avançais dans ma première intervention. Je suis pas beaucoup plus avancé. La seule distinction entre nous c'est que tu lui accordes un crédit que je ne lui donne pas d'emblée. On pourrait, certes, lui laisser le bénéficie du doute, mais...... Mais il y'a les rudiments de la langue française et la phrase car c’est à vous de résoudre ce problème, pas aux Noir.s, ni aux Arabe.s, ni aux femmes, ni aux homosexuel.s, ni aux handicapés, ni aux chômeurs est, une fois de plus, soit mal formulée, soit incomplète. Confère mon deuxièmement plus haut.A ce dernier titre, il n'exclu pas ad vitam aeternam les minorités cités, en revanche, confère mon troisièmement, il les distingue de la majorité, qu'on peut imaginer, mais là on commence à interpréter, etre les absents de sa liste : les hommes et les blancs. Il fait donc bel et bien une hiérarchie d'ordre chronologique, son contingent est formé par les citoyens mais ce n'est pas un contingent uniforme, c'est un contingent stratifié où les minorités sauront les rejoindre en temps voulu.La contradiction de son propos en quelques lignes est assez facilement compréhensible. Tout le long de son intervention il est mu par des sentiments très ambivalents, par un état d'esprit plus qu'instable, de son propre avoeu, lorsque par exemple il confie n’être plus si certains de considérer la violence comme hors de propos et qu'elle est peut être nécessaire. Sa tribune est un cri du coeur. Je le trouve maladroit. Et inaudible.
    • -Nomade-
      Bon, je vois, alors allons-y :Dans ce passage, il commence bien par mentionner chaque citoyen. Ce n'est évidemment pas pour exclure ensuite de ce statut tous les membres des communautés qu'il cite après !Tu as compris ce que tu as voulu comprendre.Ce n'est pas parce que tu veux, a posteriori, faire coller sa pensée à ta propre compréhension (avec, il me semble, une certaine arrogance intellectuelle...), que c'est nécessairement qu'il s'est mal exprimé, hein...
    • Didier H
      Tu n'avais pas de raisonnement du tout en arrivant dans cette conversation, tu aurais pu t'abstenir dès le départ. Ma réponse t'aura au moins permise d’être moins péremptoire et de transformer ton tu n'as pas saisis le sens en tu ne comprends pas ces phrases de la même façon que moi. J'aurai pas complètement perdu mon temps avec toi.
    • tueurnain
      Voilà, tu a tout dit...
    • Fenrir .
      Le problème étant que la majorité des gens voit tous ces formidables avantages comme la normalité, et ne se rende pas compte de la chance qu'ils ont d'être en France.
    • -Nomade-
      Un raisonnement bien tortueux pour dire que tu ne comprends pas ces phrases de la même façon que moi... Et je maintiens ce que j'en comprends, d'ailleurs. Et comme toi aussi, visiblement, ce n'est sans doute pas nécessaire d'aller plus loin...
    • Didier H
      Meme en admettant qu'il exprime très mal son idée, qu'il est maladroit et ordonne difficilement sa démonstration, même en tenant compte des éventuels biais de confirmation qui pourrait venir brouiller ta lecture ou la mienne, je ne sais pas comment tu as pu arriver à une telle conclusion en partant de son intervention. Tu peux projeter ta propre opinion sur son discours si ça peut t'aider à bâtir un raisonnement, mais la citation, elle, est univoque. Chacun sera juge. J'attirerai l'attention, personnellement, premièrement sur la chronologie de ma citation (institutions puis minorités) et celle de ton interprétation (minorités puis institutions). Deuxièmement sur un mot clef qui est présente, dans l'idée, dans ton message et qui est totalement absent du sien : seulement (confère : car c’est à vous de résoudre ce problème, pas [seulement?] aux Noir.s, ni aux Arabe.s, ni aux femmes, ni aux homosexuel.s, ni aux handicapés, ni aux chômeurs). Troisième et dernièrement, si c'est un mouvement effectivement collectif, en faite universel, pourquoi considère-t-il que l'intervention de telles ou telles communautés, pour te citer, devraient etre délayées et intervenir plus tard ?
    • Cyphre14
      Pas la France.
    • Magellan
      Dites moi dans quel pays l'école est gratos pour tous, les soins gratos pour tous, les aides sociales pour tous, logement idem etc etc (selon revenu of course).Tout ça sans distinction de couleur . Qui fait ça ? pays raciste ? mais quelle blague ...
    • FlecheDeFer ..
      Que la France soit raciste et ne veuille pas le voir, ça semble souvent assez clair à tous les non-français. Le problème de son texte, c'est qu'il mélange tout, dans un gloubi-glouba de bien-pensance anti-capitaliste et anti-élites assez typique de eux qui ont passé leur vie à se gaver de subventions payées justement par ceux qui triment pour faire marcher la machine capitaliste et à rechercher les honneurs donnés justement par ces mêmes membres de l'élite... S'il parlait de racisme, son texte serait peut-être pertinent, mais justement il n'en parle en fait quasi-pas.
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