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    Raoul Peck (I am not your Negro) adresse une poignante lettre ouverte sur le racisme en France
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    Auteur de "I am Not Your Negro", cité à l'Oscar du Meilleur documentaire et dont le sujet a pris une résonance aigüe avec la brûlante actualité aux Etats-Unis, Raoul Peck a écrit une lettre où il fait part de sa réflexion sur le racisme en France.

    CEDRIC PERRIN / BESTIMAGE

    Journaliste, photographe, Professeur à l'Université de New York, ex ministre de la Culture de la République d'Haïti jusqu'en 1997, réalisateur de longs métrages, Raoul Peck a exercé ses talents dans de nombreux domaines. En 2016, il était ainsi derrière le remarquable documentaire I am Not Your Negro.

    À travers les propos et les écrits de l’écrivain noir américain James Baldwin, Raoul Peck proposait un film qui revisitait les luttes sociales et politiques des Afro-Américains au cours de ces dernières décennies. Salué entre-autre par une nomination à l'Oscar du Meilleur documentaire, son oeuvre a gagné un écho encore plus fort qu'à sa sortie, au regard de la brûlante actualité américaine de ces dernières semaines. Hier soir d'ailleurs, dans le cadre de sa soirée thématique consacrée aux relations tendues entre la Police et les citoyens, la chaîne Arte a diffusé justement à 22h15 ce brillant documentaire, dont revoici la bande-annonce...

    Dans le 1 Hebdo, journal né en 2014 qui traite chaque semaine une grande question d'actualité à travers les regards d'écrivains, de chercheurs, de philosophes ou d'anthropologues, et aussi d'artistes, poètes, illustrateurs et d'experts, Raoul Peck a pris la plume pour se fendre d'une lettre ouverte intitulée "J'étouffe", pour dénoncer le racisme systémique à l'oeuvre dans le pays.

    "Ce qui se passe en ce moment aux États-Unis me trouble à la nausée. Ce n’est cependant pas de l’Amérique dont je désire vous parler.
 Mais de la France. [...] Ce matin, en me levant, je me suis mis à pleurer.
 Sans contrôle, sans pouvoir reprendre mon souffle.
 Quelque chose venait de se briser.
 Je venais de comprendre que mon histoire avec la France venait de se terminer.
 Ce pays qui m’a accueilli il y a déjà plus de cinquante ans, qui m’a accompagné durant toute ma vie professionnelle, qui m’a donné de formidables récompenses, de difficiles responsabilités, de vrais accomplissements individuels et parfois même collectifs. 
Ce pays avec lequel j’ai toujours entretenu des rapports subtils entre méfiance désabusée et confiance réaliste, entre tolérance constructive et incrédulité atterrée. Un pays dans lequel, pourtant, je n’ai jamais mâché mes mots. Ma conception de ce pays venait de se liquéfier".

    Il poursuit plus loin : "Trop de silence, trop d’ignorance, trop de mépris de l’autre, trop d’égoïsme, et surtout trop de déni ont eu raison de cette «construction», en fin de compte purement théorique, que je croyais maîtriser. [...] Oui, la France est dans le déni d’elle-même. Car la France se pense encore tout aussi glorieuse, tout aussi sereine, tout aussi vaillante que dans le passé qu’elle se raconte. [...] Incapable d’apporter des réponses constructives à cette nouvelle réalité, paniquée devant une décadence qu’elle ne peut plus dissimuler, enivrée par les cris de sirène éplorée de quelques philosophes qui s’apitoient sur une possible « fin de civilisation », voire, cauchemar ultime (!), la « disparition de l’homme blanc » (sic ! Je vous jure ! À la télévision française). Alors qu’il faut juste faire l’effort de comprendre qu’on est simplement arrivé à la fin d’un bien trop lourd héritage d’injustice, de déni et de profits, construit sur la misère des autres".

    [...] Cela fait plus de cinquante ans que, oscillant selon le moment entre témoin, observateur ou acteur, je constate, éberlué, les outrances, les mots racistes, les gestes racistes, les décisions racistes, les lois racistes [...] La concentration de colère accumulée tous les jours dans le cœur de ceux qui « ne vous ressemblent pas », de ceux qui vous regardent du dehors à travers la vitre embuée, est incommensurable. Il est important de noter en toute transparence que j’écris tout ceci de la position d’un homme noir absolument privilégié à tout point de vue dans ce pays. Imaginez un seul instant ce que ressentent les autres ?"

    Vous pouvez lire en intégralité la (très) longue lettre ouverte de Raoul Peck sur le site du 1hebdo.fr.

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