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    Nous, toujours sur Disney+ : le court métrage dansant et enchanteur vu par ses créateurs
    Maximilien Pierrette
    Les images de synthèse de Pixar, les marionnettes de Laïka, la pâte à modeler d’Aardman, les dessins faits à la main des classiques de Disney, les envolées de la saga Dragons… Depuis son enfance, les rendez-vous avec l’animation sont des moments sacrés qu’il ne rate que rarement.

    Censé accompagner "Raya et le dernier dragon" dans les salles obscures, "Nous, toujours" l'a suivi… sur Disney+. Entièrement musical et dansant, ce court métrage enchanteur nous est présenté par son réalisateur, son producteur et ses chorégraphes.

    The Walt Disney Pictures

    Disponible sur Disney+ depuis le vendredi 4 juin, Nous, toujours devait accompagner Raya et le dernier dragon dans les salles obscures françaises, pour un avant-programme plein de couleurs et de musique. La fermeture prolongée des cinémas en a décidé autrement, mais le film est quand même parvenu à se frayer un chemin jusqu'à chez nous. Et heureusement.

    Mis en scène par Zach Parrish, responsable de l'animation sur Les Nouveaux héros, le court métrage a aussi bénéficié de l'apport du couple de chorégraphes Keone & Mari, et il nous plonge dans les rues de New York, aux côtés d'un homme âgé et de son épouse qui ravivent la passion de leur jeunesse le temps d'une nuit via la danse.

    Nous, toujours
    Nous, toujours
    De Zach Parrish
    Sortie le juin 2021
    Voir sur Disney+

    Comme souvent, le studio nous offre un petit bijou. Entièrement musical et dansant ici, avec un sens du rythme particulièrement soutenu et une joie de vivre communicative, qui donnera à plus d'un téléspectateur l'envie de se trémousser chez lui. Un court métrage qui rappelle parfois les segments de Fantasia, dans son approche, et que nous ont dévoilé ses créateurs : le réalisateur Zach Parrish, le producteur Bradford Simonsen et les chorégraphes Keone & Mari.

    AlloCiné : Quel a été le point de départ de ce court métrage ?

    Zach Parrish : Nous avons présenté quatre idées à développer. Mais celle-ci m'est venue à un moment précis de ma vie, lorsque j'ai été confronté aux changements liés au fait de vieillir. Je me lamentais en voyant mon corps vieillir. Je ne suis pourtant pas très vieux, mais je commençais à prendre conscience de ces changements, et cela m'a renvoyé aux conversations que j'avais pu avoir avec ma mère, lorsqu'elle me parlait des super choses qu'elle a faites en grandissant.

    Cela m'a fait réaliser que je me trompais quant à mes priorités. Je regardais dans la mauvaise direction, et à force d'être tourné vers le passé, je risquais de rater la beauté du présent. Je me définis comme vieux alors que ma mère se considère jeune. Et c'est cette idée de la jeunesse comme état d'esprit qui a déclenché ce mécanisme et m'a conduit à penser qu'il serait amusant de faire une histoire de rajeunissement.

    Une histoire qui repose grandement sur la musique. Pouvez-vous nous en dire davantage sur sa conception ?

    Bradford Simonsen : Dès le début du processus, Zach savait que la musique devait être la base du film. La chorégraphie et la musique. Tom McDougall, qui supervise la département Musique chez Disney Animation, a ainsi engagé Pinar Toprak, à qui l'on doit la bande-originale de Captain Marvel. Elle a donc composé la musique et ce que nous ne savions pas, même si nous étions conscients de son talent, c'est qu'elle aime la funk. Et dès le début du projet, nous recherchions cette ambiance faite de soul et de funk, ancienne comme nouvelle, donc c'était parfait.

    Il fallait que la danse inspire l'histoire… et inversement

    Et cette musique s'accompagne de danse. Keone & Mari, à quel moment avez-vous rejoint le projet ? Et que représentait pour vous cette possibilité de participer à un court métrage Disney ?

    Mari : Il me semble que c'était en avril 2019. Et je m'en souviens car j'étais alors enceinte de six mois (rires) (des cris de bébé se font entendre) Et voilà justement le bébé ! Mais cette expérience était un rêve, et quelque chose de surréaliste en même temps. Nous sommes de vrais fans de Disney depuis que nous sommes enfants, donc je dois encore me pincer pour réaliser que c'est arrivé.

    Vous êtes-vous servis de films muets ou de travaux de chorégraphes pour raconter cette histoire dénuée de dialogue ?

    Zach Parrish : Nous avons observé toutes sortes de références. Je suis un énorme nerd en matière de film, et d'animation, donc nous avons un peu tout regardé. Disney a une grande histoire lorsqu'il s'agit d'utiliser la danse comme un moyen de raconter des histoires, et cela remonte aux courts métrages avec Mickey. Nous avons même participé à un événement où il était question de danse excentrique, d'animation et de leur manière de se rejoindre.

    J'ai aussi évidemment revu Fantasia, car c'est incroyable ce qu'ils parviennent à raconter dans ces courts métrages sans dialogue, simplement guidés par la musique et le mouvement. Et c'est en me focalisant sur cette envie de raconter une histoire à travers la danse que je me suis souvenu de cette vidéo d'un couple que j'avais vue en ligne. Ils dansaient comme un vieux couple sur "Is This Love ?" de Bob Marley.

    Et c'était parfait pour moi, qui suis familier de l'animation pose par pose [qui consiste à dessiner les étapes clés d'un mouvement, comme le début, le milieu et la fin d'un saut, avant de revenir dessiner les images intermédiaires manquantes, ndlr]. Et leur style de danse avait une nature très animée. Ils sont également capables de raconter des histoires à travers leur manière de danser. Chaque danse raconte évidemment quelque chose, mais il y a une profondeur, une émotion dans la leur. Et le lien entre eux deux est si viscéral qu'ils nous ont paru parfaits pour ce film.

    Keone : Nous dansons et chorégraphions depuis longtemps. Et nous sommes passionnés par les histoires donc nous nous sommes sentis unis à ce projet dès lors que ses idées nous ont été présentées. Car nous avons toujours cherché à raconter des histoires à travers notre art. La grande force de Disney en matière d'animation réside dans ses récits, et nous avons pu participer grâce à notre style de danse. Développer les personnages et déterminer leur façon de bouger était très important pour nous là où, sur d'autres projets, on nous demande juste de chorégraphier un numéro, de le donner à l'artiste et c'est terminé. Et nous ne faisons jamais l'autre moitié de ce que nous aimons, à savoir raconter des histoires.

    A quel point les chorégraphies de Keone & Mari ont-elles été importantes dans le processus d'écriture, vu qu'elles représentent aussi bien le cœur que le langage du film ?

    Zach Parrish : (rires) Oui, nous avons eu un problème d'œuf et de poule sur ce court métrage. Nous devions avoir la musique pour qu'elle influe sur la danse. Mais il fallait que la danse inspire l'histoire… et inversement. Heureusement, Brad a eu l'intelligence de très vite se tourner vers Keone & Mari. Car lorsque nous les avons rencontrés, nous avions à peine commencé à plancher sur l'histoire.

    Nous avions besoin de storyboards et nous voulions travailler avec eux du début à la fin, ne serait-ce que pour savoir jusqu'où nous pouvions aller et ne pas aller. En sachant que nous avons pu aller à peu près partout, car ils sont incroyables. Surtout en ce qui concerne les personnages et leur compréhension du niveau d'émotion vers lequel nous comptions aller et l'histoire que nous voulions raconter.

    Le film peut parler à toutes les tranches d'âge, au-delà du fait qu'il s'agit de personnes qui aiment danser

    D'où vient cette idée de devoir traverser une averse pour apprécier la vie à nouveau ?

    Zach Parrish : Je savais que je voulais faire une histoire de fontaine de jouvence et je cherchais une manière intéressante de la développer. Et je reconnais que j'ai un truc avec la pluie et les flaques (rires) [son précédent court, disponible dans la collection Les Courts Métrages Disney sur la plateforme, s'appelle Flaques d'eau, ndlr] Nous, toujours est peut-être la suite [de mon court précédent]. Ou le prequel (rires)

    Ayant grandi dans le Midwest, la pluie est pour moi quelque chose de joyeux. Quand j'étais petit, je jouais sous la pluie et c'est là que les flaques d'eau se formaient. C'est une activité très enfantine pour moi, et c'est un peu différent pour les gens ici, à Los Angeles. Mais c'était une telle joie pour moi avant, que la pluie m'a paru être parfaite pour représenter le fait de retomber en enfance, assurer la transition des personnages. Et j'aimais aussi cette idée de ce couple qui renoue avec sa passion pendant une nuit. Ils se comportent comme des enfants et sont de nouveau eux-mêmes.

    C'est pour cette raison que le court métrage s'appelle Us Again [en version originale]. Cela renvoie à différents points de vue : celui d'Art, celui de Dot mais également un aspect physique. Et émotionnel, car l'étincelle de leur relation est de retour à la fin. Ce n'est pas un film sur le fait de rajeunir mais sur le moment où l'on se dit "J'ai cette impression de renouer avec ma jeunesse". En étant fidèle à ce que l'on est et en reconnaissant le monde autour de soi.

    Comment avez-vous conçu les personnages ? Aussi bien leur apparence que leurs mouvements ?

    Zach Parrish : Nous savions dès le début que nous voulions avoir un couple interracial. Je fais moi-même partie d'un couple interracial, Brad aussi, et nous avons voulu en représenter un à l'écran. Et beaucoup d'employés du studio sont focalisés sur la diversité et l'inclusivité. C'est avec ces artistes que nous avons commencé à donner vie à cet univers.

    Je voulais quelque chose à la fois similaire et différent du style Disney. Quelque chose qui paraisse plus petit, plus simple dans le design, avec moins de détails d'anatomie. Nos artistes nous ont présenté plusieurs versions, et celles de Dot et Art que vous voyez dans le film sont la combinaison de plusieurs d'entre elles. Mais le résultat encapsule très bien leurs origines et personnalités.

    Qu'espérez-vous que le public retire de ce court métrage ?

    Zach Parrish : Il y a cette idée qui me travaille et que l'on retrouve dans Flaques d'eau : le fait de prendre le temps de se concentrer sur ce qui est important, ce qui vous entoure et rend votre vie si belle. Beaucoup y voient un film sur l'acceptation du fait de vieillir, et il y a bien sûr un peu de cela. Mais il est moins question d'âge que de ne pas se focaliser sur ce qui nous bloque à chaque étape de notre vie.

    Ne pas se focaliser sur le passé ou sur ce qui peut vous distraire de la beauté du monde qui vous entoure. Mais également savoir apprécier les gens qui sont avec vous et rendent votre vie plus belle. C'est notamment en cela que le personnage de Dot est important, car elle incite Art à en prendre conscience. Cela peut parler à toutes les tranches d'âge, au-delà du fait qu'il s'agit de personnes qui aiment danser.

    Keone : Cela peut paraître simpliste, mais aimer les autres et être présents pour eux. C'est quelque chose de très puissant. En tant qu'artistes, nous espérons pouvoir apporter de la joie et de la chaleur aux gens, et les inspirer en quelque sorte. Nous espérons que c'est ce qu'ils retireront du court métrage. Et que la danse y est représentée d'une façon inédite pour le public.

    Mari : Je rejoins Zach sur le fait de réaliser ce qui est important. Le grand art est quelque chose qui vous reste après que vous l'ayez vu ou que vous en ayez fait l'expérience. Il vous suite jusqu'à chez vous (rires) Il vous fait voir une vérité, et j'espère que c'est ce que les gens ressentiront. Qu'ils penseront à des choses aussi simples que "Je vais caresser mon chien pendant dix minutes, et juste l'apprécier." Ou peu importe la source d'amour à vos côtés.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 25 février 2021

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