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    Tick Tick Boom sur Netflix : Andrew Garfield a appris à chanter pour le film !
    Emmanuel Itier
    Emmanuel Itier
    -Correspondant
    Basé à Los Angeles, Emmanuel Itier accompagne AlloCiné sur les sorties américaines, en assurant interviews/junkets et couverture d’événements US.

    AlloCiné a pu échanger avec Andrew Garfield au sujet de sa participation à la comédie musicale Tick Tick… Boom! de Netflix. Un film qui lui aura demandé un an de préparation

    AlloCiné : Tick Tick...Boom! est un film complexe avec plusieurs univers. Comment avez-vous réussi à vous glisser dedans ?

    Andrew Garfield : Ce que j’aime avec cette adaptation de la comédie musicale de Jonathan Larson, qui a créé Rent et qui est mort très jeune, c’est que Lin-Manuel Miranda a créé un film dans la lignée de "All that jazz" et qu'il entre dans la tête de mon personnage. La notion du temps disparaissait quand je me mettais dans sa peau et que toutes les époques se mélangeaient.

    Tout devenait surréaliste et tous nos souvenirs, à lui et moi, ne faisaient plus qu’un. Il y a eu un moment crucial avec la chanson "Why", lorsqu’il doit faire face à la notion de perte totale, de solitude. C’est intense d'interpréter quelqu’un qui ne va vivre que jusqu’à l'âge de 35 ans. C'est un peu comme Van Gogh qui a continué de peindre jusqu’à sa mort sans écouter les gens qui lui disaient que c’était nul ce qu’il faisait.

    Je peux donc comprendre le cheminement psychologique de mon personnage qui n’écoute que la muse de la création et rien d’autre. Par moment j’ai vraiment ressenti "l’âme" de Jonathan Larson en moi. Pendant le tournage, je n’arrivais pas à dormir tellement je vivais l’urgence de cet artiste unique en son genre.

    Ce qui est incroyable c’est que notre réalisateur a été encore plus imprégné par Jonathan. Lin-Manuel, à qui l’on doit Hamilton, est vraiment devenu l’artiste qui est au cœur de ce film. Cela faisait longtemps qu’il portait en lui cette adaptation cinématographique et on le ressent à l’écran.

    Vous n’aviez jamais fait de comédie musicale et la vie de Jonathan vous était inconnue. Est-ce un inconvénient quand on se lance dans une telle production ?

    Oui et non. Déjà, je n’avais aucun a priori sur Jonathan et son univers. Si vous êtes fan de Jonathan, vous ne pouvez pas vraiment arriver à l’incarner parce que vous êtes aveuglé par son aura. De plus, le film tente plutôt d’analyser la difficulté de la vie d’un artiste et non son succès.

    D’autant que Jonathan n’a eu du succès qu’après sa mort, avec sa pièce Rent. Ce qui est tragique. Bizarrement, je considère Jonathan Larson comme le frère que je n’ai jamais eu. Sa vision du monde, sa pureté, son sens de la morale... tout ceci me parle totalement. C’est une inspiration pour moi. Il avait, comme moi, tellement envie de changer le monde, que les gens soient meilleurs les uns avec les autres.

    Pour moi, il s’agissait vraiment de devenir l’homme qu’il a été et non la légende qu’il est devenue. Encore une fois, si j’avais été trop familier avec lui, cela m’aurait intimidé, aveuglé et je ne pense pas que j’aurais pu mettre en avant la force qu’il possédait. De ne pas le connaître, ni son œuvre, m’a totalement libéré pour mieux l’incarner.

    Tick, Tick…Boom!
    Tick, Tick…Boom!
    Sortie : 19 novembre 2021 | 2h 01min
    De Lin-Manuel Miranda
    Avec Andrew Garfield, Vanessa Hudgens, Bradley Whitford
    Presse
    3,6
    Spectateurs
    4,0
    Voir sur Netflix

    Parlez-nous de votre “mise en condition” pour devenir l’artiste, le chanteur, le compositeur que Jonathan Larson était.

    Je dois tout à Lin, qui a vu en moi le Jonathan Larson que je n’étais pas au début de notre collaboration. Il m’avait vu au théâtre dans Angels in America, grâce à laquelle j'ai obtenu un Tony Award. Je crois qu’en sachant que j’avais tenu le coup pendant presque une année dans cette pièce, il a su que j’étais prêt pour jouer dans Tick Tick…Boom. Dans tous les cas j’ai dû suivre des cours de chant pour être à la hauteur et cela a pris un certain temps.

    Bien sûr j’ai étudié, avec pas mal de vidéos, la manière dont Jonathan chantait, avec ses tripes. A force de m’entrainer pendant des heures, je suis enfin arrivé à rentrer dans sa peau et à trouver sa voix. Cela m’aura pris 12 mois pour que mon chant soit totalement naturel.

    Je ne veux pas oublier de mentionner sa sœur, Julie Larson, qui est l’une des productrices du film et qui m’a aidé à comprendre qui était Jonathan. Quelques-uns de ses amis chers nous ont aussi apporté de précieux témoignages.

    Sa mort précoce a créé une forme d’urgence dans mon interprétation. C’était un homme possédé par son art, par sa musique, par ses paroles. Il y a d’ailleurs une phrase que les producteurs ont voulu enlever dans le film mais qui résume qui il était : "Je sens que mon coeur est sur le point d’exploser !" C’est comme s’il savait qu’il avait peu de temps pour tout donner ce que son cœur et son âme contenaient.

    Macall Polay/Netflix

    Et vous n’aviez jamais joué du piano avant ce film !

    En effet. Mais j’ai eu une année pour apprendre. Quel plaisir ce fut de découvrir cet instrument tellement magique. J’avais toujours voulu apprendre à jouer du piano. Rien de mieux quand en plus on vous paye pour ça !

    Pour être honnête, je ne joue pas si bien que cela, je connais juste les bases. Ensuite, j’ai appris par cœur la plupart des morceaux joués dans le film. Aujourd’hui je ne sais même pas si je saurais encore les jouer. "Why" est mon morceau préféré et le plus émotionnel. Celui-là je crois que je m’en souviens encore et que je peux en jouer toutes les notes.

    Est-ce que vous vous trouvez transformé après cette expérience ?

    Totalement ! Ce rôle m’a donné tellement plus de foi en la vie, de joie de vivre. Vous savez, on ne fait que passer dans cette vie et il faut vraiment en apprécier tous les moments car on ne sait jamais si ce ne sont pas les derniers.

    Il faut également réaliser le fait que nous partageons parfois, ensemble, des moments sacrés, magiques et qu’il faut vraiment les serrer fort contre soi pour en garder le souvenir permanent. Nous avons tous besoin les uns des autres, nous avons tous besoin d’artistes comme Jonathan Larson qui nous rappellent combien la vie est tellement précieuse…et fragile.

    Propos recueillis au cours du Festival de San Barbara.

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