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"Slogans" : interview de Gjergj Xhuvani
31 oct. 2001 à 18:00
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"Slogans", qui sort ce mercredi dans les salles, décrit l'Albanie de la fin des années 70. Allociné a rencontré son réalisateur, Gjergj Xhuvani.

Allociné : Comment est né "Slogans" ?

Gjergj Xhuvani : C'est le producteur français Pascal Judelewicz (Les Films des tournelles) qui a lu la nouvelle d'Ylljet Alicka Les slogans de pierre, et qui m'a proposé de réaliser le film. Ce fut très difficile de faire Slogans, car il s'agit d'une histoire vraie bien connue en Albanie : on faisait des slogans en pierre à la gloire du communisme.

J'avais vu beaucoup de films issus des pays de l'Est sur cette époque qui étaient des caricatures ou des films très noirs. Je voulais faire autrement. J'ai décidé de faire un film très naturaliste, très vrai. J'avais l'impression de représenter un petit morceau de la vie de cette époque. Je ne voulais pas juger : il fallait laisser le spectateur se faire une opinion. Ce qui me plaisait beaucoup dans cette histoire c'était l'absurdité de cette période.

Enfant, avez-vous réalisé des slogans en pierre ?

Je n'ai pas fait de slogans en pierre car je suis né à Tirana où il n'y avait pas de colline. Par contre, je me souviens très bien avoir participé à l'accueil de Norodom Sihanouk (ndlr : homme d'Etat cambodgien) avec notre instituteur. Nous avons beaucoup applaudi, agité des petits drapeaux rouges, et déclamé des slogans très forts. Tout le monde en Albanie a ce genre de souvenirs.

D'où viennent ces slogans ?

Ce sont les bureaux de propagande qui ont inventé ce procédé. Aujourd'hui il existe encore un slogan énorme fait par des militaires sur tout un flanc de montagne. C'est le parti qui organisait cela, c'est d'ailleurs clair dans le film.

Votre film n'est pas uniquement centré sur le contexte politique. Il y a également une histoire d'amour et des moments très drôles...

Je ne voulais ni faire un film noir, ni un film drôle. Pour préparer Slogans, j'ai parlé avec un homme qui est resté plus de vingt ans en prison sous le communisme. Il m'a dit : "C'était très dur lorsuqe j'étais en prison, mais j'ai des souvenirs très heureux. La vie n'est pas toujours noire, il y a des moments heureux."

Avec ma femme (qui joue dans le film), nous avons également vécu des moments difficiles aux Beaux-Arts de Tirana où nous avons étudié. Le secrétaire du Parti de l'école me rappelait souvent à l'ordre et me disait des choses très dures. Le secrétaire du Parti dans le film est d'ailleurs celui de l'Académie des Beaux-Arts.

A-t-il accepté sans difficulté le rôle ?

Il a réfléchi puis a accepté. Il a aimé ce rôle car il a joué sa vie.

André est un professeur qui vient de Tirana et qui semble surpris par les méthodes utilisées dans les écoles rurales. Y avait-il une réelle coupure entre les habitudes de la ville et celles de la campagne ?

En ville, c'était un peu plus libre car il y avait la possibilité d'entendre des musiques étrangères, d'écouter la radio en cachette ou de lire des livres interdits comme ceux de Camus, Kafka ou Sartre. La répression communiste était plus modérée. Le professeur est donc un peu étonné, quand il arrive, de cette manière de faire les slogans.

Quelles sont les difficultés pour produire un film en Albanie ?

La seule difficulté c'est le budget, car la somme allouée centre de la cinématographie d'Albanie ne suffit pas. Il finance un film à hauteur de 30% maximum. Il faut alors trouver des coproducteurs étrangers. C'est très compliqué de faire un film à 100% albanais.

Quelles ont été les réactions du public albanais face à "Slogans" ?

Pendant le tournage, j'avais peur des réactions du public. Ceux qui regardaient par hasard m'ont toujours posé les mêmes questions : "Vous êtes démocrate ou communiste ? Je répondais : "Je suis réalisateur."

J'avais peur lors de la sortie du film mais le public l'a aimé qu'il soit de droite, de gauche ou nostalgique du communisme... Je pense que c'est parce que le film est réaliste.

Malheureusement, dans les pays de l'Est, la majorité des films en salles sont américains. Or si on prend les statistiques de ces dix dernières années en Albanie, Slogans se classe second derrière Gladiator. C'est très bon, je suis fier de cela. C'est bien que le public albanais aime les films albanais.

Le film a été sélectionné par l'Albanie pour être présenté aux Oscars. Quelle est votre réaction ?

C'est un rêve !

Propos recueillis par Marie-Claude Harrer



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