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    Interview : "Avec tout mon amour"
    28 nov. 2001 à 15:00
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    AlloCiné a rencontré la réalisatrice Amalia Escriva et la comédienne Dominique Reymond pour "Avec tout mon amour", ce mercredi dans les salles.

    Allociné : Pourquoi avoir eu envie de parler de l'Algérie d'avant-guerre dans Avec tout mon amour ?
    Amalia Escriva : Je viens d'une famille de pieds noirs d'origine espagnole, j'avais envie de parler de mes origines. J'ai donc travaillé autour de l'Algérie de la période coloniale. Mon arrière grand-mère, qui porte le même prénom que moi, a vécu dans l'Algérie coloniale. C'était une femme mystérieuse qui s'est suicidée quand elle était jeune : elle portait un lourd secret de famille que j'évoque dans le film. Je me suis interrogée sur son destin, sa vie.

    A travers mes lectures, je suis tombée sur le procès de Marguerite qui a eu lieu après une insurrection au cours de laquelle sept européens avaient été tués par des paysans algériens. Le procès a duré deux ans et a permis de débattre de questions importante : la colonisation, le droit de vote des femmes, la peine de mort... J'avais envie de raconter l'histoire d'un groupe de femmes composé d'Eugénia (Jeanne Balibar), Dolores (Dominique Reymond) et Adèle (Dominique Blanc) dans ce contexte historique difficile.

    Comment vous êtes-vous préparée au rôle de Dolores, cette femme qui cache un secret douloureux ?
    Dominique Reymond : Je ne me suis pas plongée dans l'histoire de l'Algérie. Je ne me suis pas posée beaucoup de questions sur le personnage de Dolores : je l'ai abordé presque instinctivement. L'austérité du rôle, la dépendance au carcan familial duquel elle n'essaie pas de s'échapper m'ont attiré. Sa féminité est toujours là, mais elle n'espère plus un bonheur quelconque. Ce n'est pas triste, ce n'est pas grave. Il y a beaucoup de gens qui vivent ainsi.

    A.E. : Il y a tout de même un moment où Dolores vit : lorsqu'elle fume un joint avec Adèle. On sent du bonheur, de la drôlerie.

    D.R. : Oui, mais c'est un bonheur qui n'arrivera plus jamais, une parenthèse, l'idée d'une autre vie qui n'existe pas.

    A.E. : Peut-être. Cette scène serait donc un peu comme une réminiscence d'une adolescence commune.

    Le film est construit dans l'ordre inverse du déroulement des événements. Pourquoi ce choix ?
    A.E. : J'avais envie de tenter autre chose. Cela se pratique beaucoup en littérature ou dans le cinéma expérimental. Or dans un cinéma à visée plus large, on est toujours dans une chronologie qui suit une temporalité normale. Là, j'avais envie de faire différemment, de tenter quelque chose, de travailler un peu comme en analyse.

    Il y a un événement donné : Eugénia se suicide. Après j'ai essayé de creuser peu à peu les raisons de ce geste, en remontant le cours du temps comme des flashs, des souvenirs, des fragments de mémoire mis en image. Cela me semblait intéressant de remonter ainsi jusqu'à l'enfance.

    Propos recueillis par Marie-Claude Harrer




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