| | Posté le 01/02/2005 à 15:51 - En réponse à admiratrice (Voir le message du 04/10/2003 à 23:49)C'est un acteur formidable, il faut le voir absolument dans la trilogie de Lucas Belvaux "Un couple épatant", "Cavale" et "Après la vie". A noter que c'est le neveu de l'attachant Claude Melki (acteur fétiche de Jean-Daniel Pollet=.
Portrait dans "Libération" :
Gilbert Melki, 46 ans, acteur. Révélé par «la Vérité si je mens !», il n'est pas enfermé dans l'archétype du comique juif pied-noir et soigne son anxiété à coups de rôles tragiques. Mâle à l'aise
Par Alexandra SCHWARTZBROD
mardi 25 janvier 2005 Gilbert Melki en 6 dates 1958 Naissance à Paris. 1980 Cours de théâtre. 1997 La Vérité si je mens, de Thomas Gilou. 2001 Cavale, Après la vie, Un couple épatant, trilogie de Lucas Belvaux. Décembre 2004 Les Temps qui changent, d'André Téchiné. 26 janvier 2005 Prendre femme, de Ronit Elkabetz.
Très rare d'être surpris par quelqu'un. Quasi inespéré. Comme une trouée turquoise dans un ciel plombé. Gilbert Melki fait partie de ces hommes que l'on croit connaître pour avoir croisé leur visage à maintes reprises, et qui déroutent du premier au dernier regard. Il n'a rien du Patrick Abitbol truculent de la Vérité si je mens, la comédie de Thomas Gilou qui en a fait une vedette. Rien du père indigne de Momo dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Rien non plus du Nathan sombre et musclé, «belle bête d'homme» (Libération du 15 décembre) des Temps qui changent d'André Téchiné. Rien encore de l'Albert amoureux et triste de Prendre femme, le film brutal et bouleversant de l'Israélienne Ronit Elkabetz qui sort demain. Enfoncé sur la banquette de cette brasserie parisienne où il a ses habitudes, il a l'air d'un étudiant. Le visage dévoré par des lunettes rectangulaires cerclées de noir. Un oiseau en équilibre sur une branche balancée par le vent. De lui, Ronit Elkabetz dit: «Il dégage une tristesse et en même temps une grande force. Très timide, il nous a fait énormément rire sur le tournage. Il est plutôt fermé mais assez ouvert aussi. Mystérieux et attachant...» Comment se dépêtrer de tout ça ? On l'imagine chef de tribu, il est plutôt solitaire («De toute façon, on est toujours seul» . Il n'aime guère évoquer son enfance et sa culture. Pour lui, une autre vie. Pas forcément la meilleure «Je n'ai jamais été très famille. Mes parents mettaient beaucoup l'accent sur la solidarité, la nécessité de ne jamais abandonner l'autre dans l'épreuve. Toujours ce discours très alarmiste», grimace-t-il. Juif d'Algérie, son père est arrivé en France à l'âge de 2 ou 3 ans. Pourquoi si tôt ? «Je ne sais pas. Mon père était très secret, on n'en a jamais parlé.» Sa mère, couturière, était d'une famille juive de Turquie. «Ce sont des gens qui ont beaucoup souffert pendant la guerre. Ils ont été traumatisés, ne s'en sont jamais vraiment remis. On ne parlait pas beaucoup chez moi.» La religion ? Il hoche la tête. «Ma mère n'était pas trop religieuse, mais on suivait quand même les traditions. On faisait sabbat par période.» Un silence. «Moi, je serais plutôt antireligion. C'est pour ça que j'ai fait le film de Ronit Elkabetz. Pas pour l'argent, il n'y en avait pas.» Pas plus antireligion en effet que Prendre femme, tourné à Tel-Aviv, qui raconte l'étouffement d'une Israélienne sous le poids des traditions. «J'ai vu cet enfermement-là, des femmes blindées par leurs parents et leurs coutumes, raconte-t-il. Il y a un moment où il faut en parler, se débarrasser de la chape de plomb.» Gilbert Melki ne se sent aucun lien particulier avec Israël, où, enfant, il se rendait en vacances chez sa grand-mère . «Tout cela n'a aucune espèce d'importance pour moi. Je ne me sens aucun devoir vis-à-vis de quiconque. Ce qui me fait mal, c'est la mort des gens de chaque côté. Et la haine.» Il a 13 ans quand son père, antiquaire, l'oriente vers une école d'ébénisterie. Un cauchemar. «J'étais nul, ça ne m'intéressait pas.» Le cinéma le fascine. Devant sa mère horrifiée, il joue les différents rôles de Cabaret, surtout celui du meneur de revue. Pour tenter de frôler son rêve, il s'inscrit à des cours de théâtre. «Le cinéma m'apparaissait comme un truc inaccessible. Je voulais commencer par le théâtre pour apprendre à parler, m'éduquer. On ne lisait pas beaucoup chez moi, on parlait un français bizarre. Et comme j'ai arrêté l'école très tôt. Alors j'ai tout lu : Ionesco, Genet, Tchekhov...» Il se souvient de cette période comme d'une grande bouffée de liberté et de... galères. «Comme tout acteur qui n'a pas vraiment fait d'école et qui n'a pas un joli minois à 20 ans, cela a été difficile pour lui de s'imposer, raconte le comédien Vincent Winterhalter, qui a hébergé Melki quand il était quasi à la rue. Il a vraiment ramé, faisant des petits boulots qui lui prenaient beaucoup de temps et d'énergie. Gilbert, pour moi, c'est un bel exemple... une sorte de rêve américain.» C'est finalement le souvenir des vacances chez sa grand-mère qui permet à Melki, un jour des années 90, de décrocher dans la Vérité si je mens le rôle qui va changer sa vie. «A cette époque, je voulais faire des films d'auteur, jouer dans des théâtres subventionnés... Mais j'étais à l'agonie. Pas une opportunité. Rien. Toutes les filles se barraient...» raconte-t-il, sa cigarette bizarrement glissée entre les doigts. On lui propose de la figuration dans un film qui se déroule dans le Sentier. Il va au rendez-vous et insiste pour avoir un vrai rôle. On lui donne le téléphone de la production. Il appelle : «Voilà. Je suis justement juif pied-noir...» On lui fait passer un bout d'essai, la scène où Abitbol arrive à l'aéroport. Il en rigole encore. «Et là, ça m'a rappelé mes arrivées en Israël, tous ces gens qui criaient "Yallah !"» Il est retenu, devient célèbre du jour au lendemain. Il aurait pu prendre la grosse tête, se laisser enfermer dans l'éternel rôle du juif pied-noir qui hurle «Yallah !» à la cantonade. Rien de tout ça. Il en a trop bavé, il aime trop le cinéma, il a trop de choses à apprendre encore. Il veut savourer et faire durer son plaisir, surtout pas le consommer d'un coup. Ronit Elkabetz résume : «Sur le tournage, il était toujours à l'écoute, comme un enfant qui veut comprendre ce qui est juste.» André Téchiné, impressionné par la façon naturelle avec laquelle il s'est imposé face aux «monstres» Deneuve et Depardieu, dit aussi : «Il se prépare comme un sportif, il joue les scènes comme on pique un sprint. On le sent au souffle dans sa voix.» Et maintenant ? Le comédien s'est bizarrement pris de passion pour les ballets. Il vit depuis quelques mois avec son fils de 15 ans, continue à voter à gauche. Quand il a un peu d'argent, il loue une maison avec des copains dans les Pouilles (Italie), un coin qu'il adore. Il évoque avec nostalgie la folie de l'année 1987 où il s'est rejoué la Dolce Vita en Italie, amoureux d'une Italienne. «Une des plus belles années de ma vie. Je me suis tout fait à donf ! J'avais un scooter, je cuisinais dans les restos... Maintenant je suis le top du top en pâtes !» Cette euphorie et cette liberté-là, il les retrouve devant les caméras et c'est pour ça qu'il choisit avec un soin sourcilleux de faire les films qu'il aimerait voir au cinéma. «Là, j'ai envie de comédies intelligentes, un peu névrosées, genre Woody Allen. Il m'a beaucoup éclairé sur le fait d'être juif.» Finalement, cette question qu'il semblait vouloir évacuer, il y revient tout seul. Une faille ? «C'est un inquiet, dit Téchiné, mais je considère ça plutôt comme un moteur.» Melki sourit. «Je suis un inquiet, et cette inquiétude m'angoisse.» Sûr, il est mûr pour le prochain Woody Allen. photo JERìME BONNET http://www.liberation.fr/page.php?Article=270365
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