Auteur | Message | | . | | | Posté le 14/03/2009 à 23:12Premières critiques
Premières critiques consacrées à L’Aube du monde suite à la projection du film en "première européenne" au Festival international des cinémas d’Asie :
Sur ecrannoir.fr : «Abbas Fahdel (L’aube du monde) s’est vu décerner le très envié prix du public, ainsi que celui du jury NETPAC. Son film à l’intrigue ténue traite des Maadans, un peuple vivant dans la région des grands marais du delta du Tigre et de l’Euphrate. La succession des guerres, l’intolérance et la pauvreté a fait d’eux des exilés qui ne pourront jamais rentrer au pays. Comme une fable, L’aube du monde rend hommage à leurs souffrances et dénonce les exactions commises à leur encontre. Un premier long métrage envoûtant.» (http://ecrannoir.fr/blog/blog/tag/laube-du-monde/)
Sur come4news.com : «Abbas Fahdel a dû tourner en Egypte, dans un décor entièrement reconstitué, car le marais, « personnage » central du film, a été détruit par Saddam Hussein lors de la guerre Iran-Irak, provoquant un désastre écologique. Tout a été reconstitué du monde des Maadans, ce peuple quasi anéanti tant par la mobilisation des hommes, que par l’obligation de s’exiler à la suite de cette guerre et de la destruction de son habitat. L’action du film se déroule doucement mais inexorablement dans un paysage millénaire. Mastour et Zahra grandissent ensemble dans les roselières de la région des grands marais. Ils sont comme frère et sœur, et les familles décident de les marier. Le patriarche tente de convaincre les recruteurs de l’armée que certains garçons sont encore trop jeunes même s’ils ont l’allure de jeunes hommes. Les phrases qu’il prononce alors sont pleines de bon sens, de ceux qui ont vécus et connaissent le sens de la vie, l’inutilité des combats,….L’ancêtre explique leur vie simple et détachée du monde extérieur et du soi-disant progrès de la civilisation. Le soldat ne veut ou ne peut pas comprendre ; il doit recruter de nouveaux combattants… Et Mastour est mobilisé le jour des noces et doit partir à la guerre. Il ne reviendra pas, mais, avant de mourir, confie à son ami, Riad, soldat comme lui, la protection de Zahra. Riad est donc le messager de la triste nouvelle et rencontre Zahra et les gens du marais, les Maadans. L'aube du monde est une manière de cri ému, en même temps qu'un hommage à la dignité d'un peuple, les Maadans, qui sont considérés comme une "sous-classe" (comme l'ont souvent été tous les gens qui ont trouvés, au cours des temps et dans de nombreux pays, refuge dans les marais). Et, dans ces paysages de l’Aube du Monde, entre Tigre et Euphrate, (où se situait selon la légende le Jardin d’Eden biblique), puis dans le désert, l’homme dans son uniforme militaire rencontre la violence, la mort. Image forte de ce soldat américain, encore debout, mais déjà mort, dont la radio émet dans le silence ensablé un air à la mode. Depuis combien de jour, ce soldat marchait-il ainsi dans le désert ?… Images contrastées de ces marais si calmes, aux huttes si pittoresques, aux gestes de ses habitants maintes fois répétés, avec cet avion planté là, rouillant au milieu des joncs, telle une sculpture abstraite…un anachronisme presque… Abbas Fahdel est né à Babylone (Irak) mais vit depuis l’âge de 18 ans en France. Il vient de recevoir à Vesoul, dans le cadre du 15ème Festival International des Cinémas d’Asie, le prix du Public et le Prix du Jury NETPAC («ce film est récompensé pour son rythme cinématographique et sa représentation d’une culture qui meurt en temps de guerre dévastatrice» ) (http://www.come4news.com/film-prime-netpac-l-aube-du-monde-abbas-fahdel-562 ..(tronquée).. )
| | . | | | Posté le 23/03/2009 à 17:18 | | . | | | Posté le 31/03/2009 à 01:32J'ai découvert ce film il y a quelques semaines au Festival du film asiatique de Vesoul. Lorsque les lumières s’étaient allumées à la fin de la projection, pas un spectateur ne s’était levé de son siège pour quitter la salle. Certes le réalisateur était attendu pour un débat avec le public, mais c’était la première fois que je voyais tout le public rester pour débattre avec un réalisateur de son film. L’Aube du monde éveille immédiatement une curiosité qui engendre à son tour la discussion et les commentaires. Nous ne connaissons de la guerre en Irak que les images montrées par nos médias occidentaux, et voilà qu’un film irakien nous révèle le contrepoint de ces images, une vision de l’intérieur totalement inconnue pour nous! Personnellement j'ai été abasourdi par le film. Un film bien paradoxal en vérité, qui tout en mettant l'accent sur la tragédie vécue par la population de la région des marécages au sud de l’Irak, le fait avec un tel sens de la beauté que le spectateur (moi en tout cas) ne peut s'empêcher d'y prendre du plaisir! Est-ce pour déjouer le potentiel mélodramatique du récit? Le réalisateur a opté pour une mise en scène dépouillé qui, si elle préserve le film du sentimentalisme, impose une certaine "distanciation" au spectateur, ce qui n’empêche pas certaines scènes d’être vraiment déchirantes. Le film évite aussi toute vision romantique ou patriotique de la guerre et présente les soldats Irakiens et Américains non pas comme des héros ou superhéros, mais comme de pauvres gars qui essaient de survivre à l'horreur de la guerre. Et si celle-ci est omniprésente, elle n'est jamais montrée directement. Là où la plupart des films de guerre (ou anti-guerre) se complaisent à montrer la violence sous prétexte de la dénoncer (voir Redacted de Brian De Palma, limite snuffmovie), L’Aube du monde laisse la barbarie hors champ - manière de dire qu’il y a des choses inmontrables et qu’en art, éthique et esthétique sont indissociables. Pour le spectateur français, le film réserve quelques belles surprises, comme celle de voir Hafsia Herzi (la révélation de La Graine et le mulet) dans son premier vrai rôle de composition, celui d’une jeune fille (encore enfant presque) qui se transforme en femme dans un contexte dramatique. Beauté racée et regard intense, elle crève littéralement l’écran ! Qu’une actrice aussi jeune puisse dégager une telle féminité et exprimer tant de sentiments avec subtilité, voilà qui est vraiment rare! Une manière de miracle qui fait de chacune de ses apparitions un moment inoubliable. Face à elle (dans un rôle moins important), on retrouve la grande Hiam Abbass, remarquée dernièrement dans The Visitor et Les Citronniers. La photo et la musique de L'Aube du monde méritent aussi d'être mentionnées et commentées. J'y reviendrai peut-être au moment de la sortie du film en salles. | | . | | | Posté le 31/03/2009 à 19:14 - En réponse à heeti (Voir le message du 31/03/2009 à 01:32)Je vois qu'on a assisté à la même projection ! A quelques nuances près, le film m'inspire les mêmes réflexions que toi, notamment en ce qui concerne Hafsia Herzi. Elle fait partie de ces acteurs (et actrices) qui transportent, comme les planètes, leur atmosphère dans leur orbite et qui, quand ils entrent en scène, pouvent imposer leur ton et, comme Hafsia justement dans L'Aube du monde, l’imposent généralement. Pour le reste, comme tu le dis : j'y reviendrai au moment de la sortie du film en salles | | . | | | Posté le 23/04/2009 à 19:27 - En réponse à heeti (Voir le message du 31/03/2009 à 01:32)
Citation : Beauté racée et regard intense, elle crève littéralement l’écran ! la preuve !

| | . | | | Posté le 20/05/2009 à 11:08Après les projections de presse et une semaine avant la sortie de L'Aube du monde en salles, sont apparues de nouvelles critiques sur le net. Voici la critique du blog Plan-Séquence, publiée sous le titre "Une idée du monde en même temps qu'une idée du cinéma": Œuvre née d'un traumatisme (l’extermination des habitants des marais du sud de l’Irak au temps des guerres de Saddam Hussein), L’AUBE DU MONDE est un film profondément humain. Il montre l'horreur sans censure, sans pour autant tomber dans l'excès d'images ultra-choquantes de nombreux films de guerre. Son rythme délicat (que les spectateurs les plus impatients risquent de trouver quelque peu lent) nous plonge dans un monde déchiré et blessé, un monde de survivants qui se cherchent. Très éloigné des films d’action qui décrivent la guerre avec de gros effets spéciaux, ce premier film d’un réalisateur franco-irakien s’apparente, par la poésie de son écriture, à ce qu’on pourrait appeler le cinéma de la grâce, un cinéma qui sait regarder (filmer) visages et paysages en rendant leur mystère et beauté, un cinéma qui marie émotion et sobriété dans une démarche éthique et esthétique cohérente. L’AUBE DU MONDE montre combien une guerre peut être terrible. Cela, on le savait déjà certes, mais il est toujours nécessaire de le rappeler à nos mémoires trop souvent blasées ou juste émues pendant quelques minutes durant le journal télévisé de 20h. Les civils n’aiment pas la guerre, mais la guerre aime les civils, et c’est eux qu’elle fait souffrir en premier. C’est une des vérités que L’AUBE DU MONDE parvient à rappeler sans verser dans le pathos et sans devenir lourdement démonstratif. La force du film tient beaucoup en effet à la subtilité de son écriture et au maintien d’un fragile équilibre qui jamais ne rompe. Sa force tient aussi à la justesse terrifiante avec laquelle il décrit la souffrance des Irakiens tout en donnant à cette description une dimension universelle qui fait penser que cela pourrait se passer ailleurs : en Palestine, en Afghanistan, en Tchétchénie, au Tibet… ici, il est question de l'Homme lui même, de ce dont il est capable, des plus grands actes d'amour comme des plus terribles monstruosités. Il est question aussi de la Nature et du don précieux et absolu qu'est la Vie : "Si tu savais comme je t’envie d’être encore du monde des vivants !" dit le fantôme d’un jeune soldat mort à son camarade survivant. Poignant, captivant, L’AUBE DU MONDE sonne juste du début jusqu’à la fin. Si bien que, cloué à notre siège, ému d’avoir vécu des moments beaux et intenses, nous regardons défiler le générique de fin, qu’accompagne une bouleversante complainte en arabe, et nous pensons simplement: "Que c’est beau ! Que c’est triste !"
| | . | | | Posté le 20/05/2009 à 11:24 - En réponse à vonvoss (Voir le message du 14/03/2009 à 23:12)une nouvelle critique du film parue sur Dvdrama: "Mastour et Zahra sont deux jeunes enfants qui vivent côte à côte dans les marais. Promis l'un à l'autre du fait de leur parenté, la vie va les réunir avant de trop vite les séparer. Pour toujours. En effet, la guerre Iran-Irak imposant sa loi, le régime de Saddam Hussein mobilise par la force toute sa jeunesse, sans omettre les méprisés Maadans, ces Arabes du sud de l'Irak vivant dans l'estuaire du Tigre et de l'Euphrate. Ainsi, entre mort, espoir et survie, suit-on le devenir de ces hommes et femmes, fiers et tenaces, toujours rejetés et sans cesse persécutés. Chronique des années passées sous la despotique autorité du leader irakien, L'Aube du monde s'impose donc d'abord comme le drame d'un peuple martyrisé, d'une jeunesse sans attente et plus encore d'une jeune veuve solaire. Tragique récit d'un couple que la guerre va briser alors qu'il s'est à peine aimé, le film d'Abbas Fahdel organise donc sa dramaturgie autour du visage de Zahra - qu'habite littéralement Hafsia Herszi -, de son mari disparu - le trop pâle Waleed Abou El Magd - et de leur village sur l'eau. Coupés des autres et se permettant de rares incursions pour rendre les déserts du nord et la Bagdad grouillante, L'Aube du monde s'occupe donc avant tout d'amour, de deuil et de vies gâchées sur fond de campagne génocidaire. Mais plus encore que cela, le métrage se dote également d'autres orientations, plus politiques cette fois-ci. Traiter du sort des minorités opprimées et de l'absence de liberté sous le régime irakien d'alors sera la première et son auteur décide de la documenter de manière aussi allusive que cruellement concrète en filmant des corps et autres cadavres à peine enterrés ou démembrés. La seconde ambition du film découlera quant à elle très indirectement du régime totalitaire et inégalitaire subi par les Maadans. Sans cesse rejetée par les autorités et sans réelles perspectives de développement, cette ethnie arabophone vit dans le plus complet dénuement et le tableau qu'en dresse Abbas Fahdel est aussi amer qu'intensément impressionnant. Par sa nudité, sa frontalité et surtout par sa sèche crudité. Dès lors, L'Aube du monde est habité de cinéma, il foisonne et peut se targuer de véritables et légitimes ambitions." | | . | | | Posté le 20/05/2009 à 12:52 - En réponse à vonvoss (Voir le message du 20/05/2009 à 11:24)critique parue dans aVoir-aLire: "Ce long-métrage de l’Irakien Abbas Fahdel tente de concilier approche poétique et discours politique en abordant le problème de l’élimination progressive des habitants des marais situés au sud de l’Irak. Cette civilisation, coincée entre le Tigre et l’Euphrate conserve un mode de vie traditionnel qui a été combattu par Saddam Hussein avec une politique d’assèchement systématique et une poursuite des dissidents au régime réfugiés dans ces contrées éloignées. Amoureux de son pays, le cinéaste s’attarde sur les paysages et les décors en les sublimant à l’aide d’une photographie superbe. Enrobé par la musique planante de Jürgen Knieper (déjà à l’origine des nappes synthétiques des Ailes du désir), L’Aube du monde est une œuvre à la beauté formelle souvent époustouflante." | | . | | | Posté le 22/05/2009 à 15:17critique parue sur le blog Ballaciner:
L’AUBE DU MONDE c'est le genre de film qui vous met une belle claque esthétique ! Mais si on est saisi d’emblée par l’aspect visuel du film, en vérité on ne sait ce qu'il faut y admirer le plus: la retenue exemplaire de la réalisation qui empêche le film de virer au mélodrame, la beauté sidérante des images (signées par le chef-opérateur français Gilles Porte), l’intensité à fleur de peau de l’interprétation (avec mention spéciale pour Hafsia Herzi, littéralement habitée par son rôle de jeune veuve), la musique au diapason de Jürgen Kniepper, longtemps collaborateur attitré de Wim Wenders... Surprenant qu'un des films les plus beaux et les plus poétiques sortis sur les écrans cette année soit un film sur les atrocités de la guerre ! L’AUBE DU MONDE est aussi un film sur la force de l'amour, mis en scène avec poésie et sous-tendu par un humanisme profond. Dans l’entretien repris dans ce dossier, Abbas Fahdel confesse l’influence de Miyazaki, mais c’est au TOMBEAU DES LUCIOLES (réalisé par Isao Takahata, complice de Miyazaki au sein du studio Ghibli) que L’AUBE DU MONDE fait penser, notamment pour cette façon de mêler poésie et humanisme, sens de la beauté et description sans fard des pires horreurs de la guerre. Fahdel et Takahata ont en commun d’avoir connu l’expérience de la guerre sans perdre cette croyance en l’humanité qui permet de survivre au traumatisme de l’horreur et de transformer le désespoir en pulsion vitale et créatrice. Le récit de L’AUBE DU MONDE est au premier plan simple et si, scènes d’exposition obligent, le film parait un peu lent au démarrage, le spectateur est vite saisi par la force dramatique de l’intrigue et par l'impressionnante description d’un Eden dévasté où tente de survivre une poignée de rescapés sans cesse rattrapés par la guerre. Certaines scènes sont d’une beauté fulgurante et quasi onirique : le héros rescapé de la guerre s’endormant auprès de la carcasse d’un avion à moitié englouti dans les marécages, le largage de tracts par des hélicoptères américains invisibles sur un village lacustre paisible… D’autres scènes sont littéralement bouleversantes, en particulier celle des retrouvailles finales des survivants d’un génocide commis dans le silence des eaux des marais du sud de l’Irak. Avec cette scène de retrouvailles, Abbas Fahdel laisse une lueur d’espoir aux personnages survivants, un espoir qui réside dans la force de leur amour qui, on voudrait y croire, triomphera de la barbarie de la guerre et de la dictature. Autrement cela signifierait qu’il n’existe aucune issue dans ce Monde ! | | . | | | Posté le 22/05/2009 à 21:12Critique signée Morgan Le Moullac, parue sur le site cinema.evous (http://www.evous.fr/cinema/L-Aube-du-monde-paradis-et,1541.html):
"L’Aube du monde : paradis et damnation Drame poétique et réaliste sur la disparition d’un village de paysans irakiens due à l’acharnement de l’armée de Saddam Hussein, l’Aube du monde est un film magnifique et poignant accumulant des scènes inoubliables. L’un des plus beaux films de 2009 assurément. A l’heure où ces lignes sont écrites, le festival de Cannes bat son plein et les critiques s’escriment à prouver que Lars Von Trier, Almodovar, Tarentino et consort renouvellent toujours leur cinéma, les distributeurs, eux, déroulent et continuent à sortir des film hors festival dans une relative confidentialité, presque comme un désaveu... L’Aube du monde de Abbas Fahdel est l’un de ces petits films qui n’ont pas à rougir de leur éloignement de la Croisette. L’histoire débute en Irak, en 1983. Mastour (Waleed Abou El Magd) et Zahra (Hafsia Herzi, superbe et juste de bout en bout) sont deux jeunes enfants appartenant aux Maadans, une tribu de paysans habitant les marais. Pendant que les hommes du village disparaissent un à un, réquisitionnés par l’armée Irakienne dans son combat contre l’Iran, Mastour fait la promesse de ne jamais quitter sa mère et sa future femme, Zahra. Sept ans plus tard, les canons irakiens sont pointés vers les Etats-Unis. Alors que leur mariage n’est pas encore consommé, Mastour est contraint de partir à la guerre. Il n’en reviendra pas. Riad (Karim Saleh), son compagnon d’infortune chargé par Mastour de prendre sa place au sein du village et dans le cœur de Zahra reviendra à sa place et assistera, impuissant, à la destruction progressive d’une peuplade centenaire, par la force des armes et d’un mépris inhumain. Pour son premier film, Abbas Fahdel frappe fort. Sa caméra est comme la plume d’un poète désenchanté cueillant la beauté avant qu’elle ne se fasse faucher. Nombre de scènes sont à la lisière du poétique et du fantastique, telles ces déambulations superbes dans le delta du Tigre et de l’Euphrate (emplacement supposé du jardin d’Eden), ou cette déambulation effrayante de Mastour et Riad, perdus dans le désert et suivant tels des zombies un sentier bordé de cadavres à moitié ensevelis sous le sable. Dans l’Aube du monde, tout est condamné à disparaître, à commencer par ce magnifique village de paysans monté sur pilotis qu’habitent encore à la sueur de leur front quelques irréductibles tels Zahra ou Hadji Noh, l’homme à tout faire de la région, qui tentent de résister à la famine et au dédain meurtrier d’un Saddam Hussein dont le portrait, fixé dans la cahute du chef du village par les autorités militaires, semble faire la nique à celui de Mastour, le fils et le mari regretté, qui, lui, chute sans raison. Tout est au diapason dans ce film, à commencer par les dialogues, simples, sans un mot de trop, intenses, la photographie magnifique de Gille Porte ou encore la musique minimaliste mais envoûtante de Jürgen Knieper. Les costumes et les décors de Hussein Baydoun achèvent d’installer cette atmosphère poétique et réaliste propre au film, et propice au développement de l’un de ses thèmes principaux, à savoir le morcellement des corps, des familles et des peuples qu’induit la guerre. Par petites touches, Abbas Fahdel montre des corps réduits à une seule partie de leur anatomie, des familles décimées et le village de Zahra se déliter peu à peu jusqu’à n’être habité que par deux veuves sombrant dans la folie. L’Aube du monde est alors un réquisitoire magnifique et désolant contre la guerre : l’aube d’un jour nouveau fait toujours suite au crépuscule d’un jour mort. Morgan Le Moullac"
| | . | | | Posté le 25/05/2009 à 18:14dans Elle: "C'est un genre de film de guerre où les coups de feu sont rares et silencieux. Cela peut évoquer "L'Odyssée", les embûches et le temps qu'il faut pour retrouver sa terre après la guerre, du point de vue de celles qui attendent. Cela se passe pendant la première guerre du Golfe, où un soldat irakien trouve refuge dans un hameau marécageux, au sud de l'Irak, le jardin d'Eden selon la Bible. Les femmes sont au premier plan, mariées de force à des hommes qui ne cessent d'être envoyés à la mort, à moins qu'ils ne reviennent seize ans après, comme Mastour, le jeune marié. Il y a la beauté sidérante de Hafsia Herzi, déjà veuve alors que son mariage vient d'avoir lieu. Les plans sont longs et fixes, mais lorsqu'ils se portent sur la jeune actrice découverte dans La Graine et le mulet, ils pourraient être encore plus longs et fixes, on ne s'ennuierait pas. Il y a aussi une vache qui surprend son monde sur un boulevard de Bagdad. Le film, qui a reçu moult prix partout, est tiré d'une histoire vraie, dont l'auteur avait fait un documentaire, "Retour à Babylone". | | . | | | Posté le 26/05/2009 à 11:55sur cinemove (http://www.cinemove.fr/cine/critique-100-l-aube-du-monde.htm): "C'est à un bien curieux voyage, dans l'espace et le temps, que nous convie Abbas Fahdel. Un périple lent, d'abord, dépaysant littéralement, dans le sillon des frêles pirogues navigant aux confins du Tigre et de l'Euphrate, au sud de l'Irak. Quand bien même, pour des raisons facilement identifiables, son film a été tourné en Egypte. Un périple originel, tout autant (rien que le titre, « L'aube du monde »): au cœur de ce Delta primitif, l'homme qui nous guide, passeur entre l'ici et l'ailleurs, ne se nomme-t-il pas Hadji Noh (pèlerin Noé)? Oui, décidément, ce premier long métrage original – le CNC lui a décerné le trophée du 1er scénario – puise aux sources du sacré pour égrener son histoire simple. Bibliquement... simple. Or donc, du côté des « arabes des marais » (c'est ainsi qu'on les nomme là-bas), vivaient Zahra (Hafsia Herzi, très juste, très bien) et sa petite famille (dont la belle Hiam Abbass), coupés de tout, singulièrement des fracas de la modernité. Elle grandit avec son cousin, il l'aime, ils s'épousent, et cela prend un petit air d'Eden... juste avant que la guerre - du Golfe, car l'aube du monde s'est aussi levée, d'une certaine façon, en 1991 - ne les rattrape. Violemment. Exterminant non seulement leurs modestes lieux de vie (puisque c'est là, à la frontière de l'Iran, que venaient se réfugier déserteurs, vaincus et insurgés, souvent), mais encore leur culture ancestrale, millénaire. Dans les faits réels, Saddam Hussein ordonna notamment, avec le plus grand mépris, une campagne d'assèchement de ces marais « arriérés ». Pas de quartier... Dans sa petite parabole pré-islamique, Abbas Fahdel, lui, opte pour une vision de la guerre d'autant plus forte, incompréhensible, absurde qu'elle se situe hors champ. Ne laissant derrière elle qu'une épave d'avion croupissant dans l'eau désormais souillée. Une mère sombrant dans une folie muette après la mort de son fils. Un village éteint, dévasté par de sombres viols et pillages. Même le sympathique Noé et son arche bringuebalante n'y survivront pas. Autant d'images qui, bien que vues mille fois (et pour cause) impriment la rétine durablement : symboliques, dépouillées, elles s'accordent aux dialogues peu nombreux, à la densité rugueuse des situations, à la beauté farouche du site. Malgré tout, puisque le ton adopté est celui du conte, voire du récit mythique et merveilleux, Abbas Fahdel déniche un bon apôtre, un homme juste et droit, Riad (Karim Saleh). Jeune, beau, étranger (il vient de Bagdad, la ville phare, qui se perd pourtant dans ses lumières factices et ses bombes bien réelles), c'est par amour qu'il reviendra vers Zahra, presque détruite elle aussi, et choisira de reconstruire, avec elle, sur place, cette utopie originelle, cette « aube du monde » qui jamais, en dépit des attaques, des humiliations, des saccages, ne faiblit ni s'efface tout à fait. Le charme de ce film, c'est bien évidemment cette naïveté, ce premier degré, d'autant plus juste qu'il est assumé. On aime aussi l'idée d'entendre, sinon de voir, les confusions et les ravages d'une guerre autrement que par les canaux officiels de CNN, la voix ô combien tonitruante (et dominante) de l'Amérique. Ici, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on parle un ton en dessous." | | . | | | Posté le 28/05/2009 à 12:38critique parue dans Télérama (http://www.telerama.fr/cinema/films/l-aube-du-monde,383868,critique.php): "Plein soleil, des roseaux, des marécages. Rien à voir avec l'image habituelle qu'on se fait de l'Irak. Nous voilà dans le delta du Tigre et de l'Euphrate, le jardin d'Eden, selon le livre de la Genèse. Au coeur de cette région vivent des Arabes pauvres et persécutés. Parmi eux, le jeune Mastour, à peine marié et enrôlé de force pour combattre les Américains dans la guerre du Golfe. Du conflit, on aura juste un aperçu brûlant : Mastour marchant au ralenti en plein désert, en compagnie d'un soldat camarade, au milieu d'un champ de mines. Longue séquence, tendue, suspendue. Un faux pas, Mastour saute. Mais juste avant de mourir, cet ange sacrifié fait promettre à son ami Riad de rejoindre et de protéger sa jeune épouse, interprétée par Hafsia Herzi, plus sensuelle que jamais. L'Aube du monde est une vraie surprise. Un film qui semble venir de loin, signé par Abbas Fahdel, un réalisateur né en Irak, qui a fait ses études en France et qui a déjà réalisé deux documentaires. Il a aussi été critique avant de devenir cinéaste et cela se voit : il cadre avec soin, varie les points de vue, procède par métaphores. Sa fable moderne décrit le sort malheureux des Arabes du marais, mais puise aussi dans la mythologie. La guerre, la malédiction, les traditions sont, ici, autant de barrages qui empêchent Riad d'être fidèle à sa promesse. Servi par une photographie splendide, le film emprunte des détours sinueux, oscille entre espoir et désolation, et s'approche de la fantasmagorie. Jusqu'à finir par la vision hallucinante d'une cohorte de survivants hagards et abandonnés, possible tableau d'un lendemain d'apocalypse. Jacques Morice"
dans Libértaion (http://www.liberation.fr/cinema/0101569691-l-irak-sous-un-jour-nouveau): "Un arbre solitaire, au milieu d’un marais sur lequel se lève le soleil, s’écroule soudain dans un craquement sourd. Comme une métaphore du film dans son intégralité, la première image de l’Aube du monde annonce toutes celles qui suivront. Le jardin d’Eden existerait-il donc ? Plus exactement, il existait encore il y a peu. D’origine irakienne, Abbas Fahdel choisit de faire de la région des marais situés à la frontière de l’Iran et de l’Irak, entre le Tigre et l’Euphrate, le théâtre de sa première fiction, et de rendre hommage à un peuple aujourd’hui disparu : la tribu des Maadans, aussi appelés Arabes des marais. Victimes, dans l’indifférence générale, des affrontements secouant le secteur depuis presque un quart de siècle, ils auront vu l’étang qui abritait leurs embarcations regroupées en minuscules villages bombardé, asséché par Saddam Hussein et sa destruction achevée par la Guerre du Golfe. Zahra est donc une fille des marais, promise à son cousin Mastour : d’enfant, nous la verrons grandir sous les traits de Hafsia Herzi, éblouissante Rym de la Graine et le Mulet de Kechiche. Et devenir femme au jour du départ de son jeune mari au combat, réquisitionné par l’armée irakienne pour combattre le Mal américain. Elle le sent, elle lui dit : il ne reviendra pas. Le supplie de déserter. Avant de partir pour toujours, Mastour prend soin de demander à Riad, soldat badgadi rencontré sur le front, de veiller sur Zahra. Ce dernier accédera à la dernière volonté de son ami à tout prix. Et, malgré le mépris qu’à Bagdad on lui a toujours inculqué pour cette tribu «arriérée», s’apprête à toutes deux les épouser. Dans un village déserté, le film les abandonne à leur sort après un orage de fin du monde, tels Adam et Eve au matin originel. Si le scénario, récompensé par le CNC, n’en est pas moins un peu trop naïf, voire biblique, les images filmées presque exclusivement en plans séquences et fixes sont sublimes ; Hafsia Herzi est toujours bluffante de vérité, ce qu’on ne peut pas dire de tous ses partenaires de jeu. Loin de l’exotisme ou du folklore, la musique composée par l’Allemand Jürgen Knieper, compositeur fétiche de Wim Wenders, achève de faire de l’Aube du monde une expérience sensorielle. Fahdel lève avec cette histoire d’amour postapocalyptique le voile sur un territoire inconnu mais déjà disparu, effacé par la brutalité du monde moderne. Aurélia Hillaire"
Sur Critikat.com (http://www.critikat.com/L-Aube-du-monde.html): "Ce premier film du cinéaste irakien Abbas Fadhel est un témoignage précieux sur une ethnie qui se meurt : les Maadans (les Arabes des marais, vivant dans les marécages du sud de l’Irak), qui furent largement exterminés par la dictature de Saddam Hussein. C’est aussi l’occasion de voir la talentueuse Hafsia Herzi se plonger dans un univers cinématographique différent avec la volonté de servir corps et âme un projet filmique. Si cette œuvre impressionne par la picturalité fortement symbolique de ses plans, c’est aussi son défaut : Fadhel, qui est également scénariste, illustre exagérément ses écrits. L’Aube du monde provoque pourtant une grande sympathie grâce à sa volonté de réfléchir l’histoire contemporaine d’un pays par le biais de celle de ses minorités. Voici un beau projet : faire exister cinématographiquement une population dont le mode de vie inchangé depuis des millénaires est en danger. Considérés comme des sauvages arriérés par la dictature irakienne, les Maadans ont vu leurs terres asséchées par Hussein ; il les accusait surtout d’avoir accueilli les déserteurs de son armée lors de la guerre Iran-Irak. Fadhel utilise la fiction pour décrire les bouleversements qui ont touché ce peuple en se référant à l’histoire contemporaine de son pays : Mastur et Zhara (Hafsia Herzi), deux Maadans, voient leur couple déchiré par la Guerre du Golfe. Le jeune homme, enrôlé de force dans l’armée, meurt sur le champ de bataille. Avant sa mort, Riad, un compagnon d’infortune bagdadi, lui promet de veiller sur Zhara. L’Aube du monde dépeint intelligemment le passage métaphorique de l’insouciance de la jeunesse à l’age adulte qui amène le conflit. Le film débute en pleine guerre Iran-Irak, ce qui correspond à l’arrivée des déserteurs irakiens dans les marais. Zhara et Mastur, qui sont enfants, ne ressentent pas les effets des hostilités. Suite à une ellipse, le récit reprend au début de la Guerre du Golfe. Notre jeune couple vient juste de se marier. La tranquillité paradisiaque a disparu, les Maadans étant soumis aux ordres de la dictature. Fadhel modifie intelligemment le territoire sonore de son métrage − jusqu’alors baigné dans la quiétude − en le contaminant par des bruits d’hélicoptères et par le souffle d’un vent aux sonorités morbides. La guerre et le totalitarisme ne sont pas montrés ; ils sont esquissés par quelques sons, des cadavres et une photo d’Hussein qui en dit plus que de longues séquences explicatives. Belle économie de moyen au service du récit. Les acteurs sont utilisés comme des figures spectrales, véritables corps réceptacles sur lesquels reflètent les malheurs d’un peuple. Le visage mélancolique de la belle Hafsia Herzi se fond très bien dans le récit : elle accepte avec humilité, dans une pure logique bressonnienne, d’user de son corps comme d’un simple matériau. C’est ce que l’on attend d’une actrice aussi talentueuse : prendre des risques et se plonger dans des univers différents en laissant son ego sur le bas côté. La force du film réside surtout dans sa symbolique magnifiée par la belle composition des plans à l’aspect onirique et rêvé (la photographie relève d’une intéressante poésie crépusculaire). Fadhel joue sur l’opposition entre terre et eau, entre ville et nature, les marais étant représentés comme une oasis menacée par l’arrivée des bateaux militaires irakiens. L’environnement naturel est filmé dans un style tarkovskien avec des séquences qui insistent sur la puissance de l’élément eau. Inspiré par le cinéma de la modernité, Fadhel use également de plans à la Ozu, sorte de blocs de temps en forme d’interludes, qui permettent de souligner le caractère calme et rêvé de lieux naturels considérés comme le jardin d’Eden par la Bible (entre le delta du Tigre et de l’Euphrate). Ce jardin va être contaminé par un mal guerrier et moderne représenté par le déserteur Riad : il amène sans le savoir la fin d’un paradis (magnifié par la musique envoûtante de Jürgen Knieper − Les Ailes du désir). Paradoxalement, la symbolique et la composition des plans sont aussi la faiblesse du métrage : si la picturalité des images est très réussite, l’assemblage des séquences entraîne une certaine lourdeur narrative et une stylistique redondante. Le montage, élément essentiel de l’art cinématographique, est défaillant. On comprend très vite que Fadhel cherche à allier une esthétique "austère" propre à Bresson à une tonalité d’une belle poésie onirique. Cela n’est qu’en partie réussi en raison du caractère trop illustratif de la mise en scène. Il s’agit d’un premier film, ce qui peut expliquer les maladresses d’un réalisateur encore trop attaché à la démonstration appuyée de son discours. Si L’Aube du monde souffre de défauts de jeunesse, il laisse cependant entrevoir une œuvre futur qui peut s’avérer intéressante par sa volonté de disserter sur l’histoire des minorités. Stéphane Caillet"
Dans L'Humanité (http://www.humanite.fr/2009-05-27_Cultures_Par-ici-les-sorties): "Irakien vivant en France, auteur de deux documentaires sur son pays, Abbas Fahdel passe à la fiction avec une fable immémoriale. Elle évoque sur un mode poétique l’intolérance tragique de la société irakienne sous la férule de Saddam, prélude à l’implosion du pays causée par l’intervention américaine. Situé avant et après la guerre du Golfe, vers 1990, ce drame est très éloigné par son style, son ambiance, et son contexte, du conflit actuel tel que le cinéma hollywoodien (ou même le récent À travers la poussière, de Shawkat Korki, remarquable film kurdo-irakien) en rend(ent) compte. L’Aube du monde a une tonalité quasi biblique (d’où le titre) à cause de son décor : une région marécageuse entre le Tigre et l’Euphrate, où vit une paisible communauté de pêcheurs isolée dans les roseaux. Cela dit, c’est aussi un récit contemporain, puisque la guerre est constamment à l’arrière-plan et fournit l’essentiel de la dramaturgie. Voir la scène étonnante où un soldat noir américain fait irruption en titubant, un poste de radio autour du cou, puis va s’écrouler un peu plus loin dans l’eau… Mais dans l’ensemble la tonalité est surtout romantique. C’est l’histoire d’un amour impossible entre un garçon et une fille de ce village, séparés par la guerre, puis la mort… Un récit digne mais malgré tout un peu irréel, qui convainc moins que la beauté plastique du travail sur le cadre et le paysage. Vincent Ostria"
| | . | | | Posté le 02/06/2009 à 14:27Le Courrier de l'Atlas (http://www.lecourrierdelatlas.com/): "D'une ambition plastique impressionnante, ce long-métrage d'une grande poésie laisse chaque geste, chaque parole, chaque plan, chaque morceau musical faire sens..."
L'Humanité dimanche (http://www.humanite.fr/2009-05-30_Cultures_Grand-ecran): "L’Aube du monde, d’Abbas Fahdel Les gens des roseaux. Une rareté : un film irakien. Si le cinéma hollywoodien s’en donne à coeur joie pour détailler les traumas des membres des forces d’occupation américaines, les Irakiens, eux, ont rarement les moyens de s’exprimer. Quand cela arrive, c’est de façon distanciée et modeste. Ainsi, après le saisissant À travers la poussière, description réaliste mais en même temps presque beckettienne du conflit actuel, observé depuis le Kurdistan, Abbas Fahdel revient en partie aux origines de la société irakienne et à ses divisions ancestrales dans ce mélodrame situé dans une région marécageuse en partie détruite par le régime de Saddam Hussein. Le film, qui se déroule non pas à l’aube du monde mais au début des années 1990, entre la guerre Iran-Irak et celle dite du Golfe, traite des vicissitudes d’une communauté archaïque vivant dans des huttes au milieu des roseaux : les Maadans du delta du Tigre et de l’Euphrate.Ils sont harcelés par l’armée, qui recrute leurs garçons. L’un d’eux, envoyé au front, saute sur une mine. Avant de mourir il demande à son meilleur ami de prendre soin de sa jeune épouse. Son camarade s’acquitte de sa mission avec dévouement, malgré les drames et des embûches. Une oeuvre sensible, qui conjugue splendeur visuelle et émotion."
Ecran Noir (http://www.ecrannoir.fr/films/filmsc.php?f=3201): "Avec une économie de moyens, d’effets et de dialogues, Abbas Fahdel nous transporte au cœur d’une fable touchante qui mélange l’onirisme de l'allégorie (la destruction du paradis) et la sécheresse des faits réels (la guerre Iran-Irak et l’assèchement des marais pour disperser le peuple Maadan). Ce réalisme poétique si cher au cœur de la famille Makhmalbaf lui permet de rester évasif sur les scènes de guerre et, au contraire, de placer le poids du film dans la force de ses symboles et la beauté envoûtante de ses images. Ainsi, tout ce qui est explicatif est relégué hors champ. Par contre, un arbre qui tombe, un avion qui s’embourbe lentement, une barque qui flotte, viennent ponctuer un récit composé d’ambiance et de silence plutôt que de rebondissements spectaculaires. Au spectateur d’être capable de voir et surtout de ressentir ce que ce subtil "paratexte" véhicule comme intentions : hommage à un peuple, chronique d’une époque révolue, dénonciation de l’intolérance… Tout est si ténu, si esquissé, que l’on s’étonne de la relative maladresse des séquences finales qui, tout à coup, veulent donner à voir (des cadavres qui auraient pourtant mieux fait de rester sous leur drap) et à entendre (le récit des exactions commises par les soldats), le tout souligné par une musique envahissante. Le personnage principal, Riad, le dit lui-même : mieux aurait valu ne pas connaître les détails quand la sordidité et l’horreur de la situation nous avaient déjà frappés dans leur globalité. Heureusement, cela ne dure pas. Bouclant avec les premières scènes, le dernier plan, qui surplombe l’île et révèle la désolation du paysage environnant, dévoile la portée universelle d’un film et lui permet de prendre son envol. Après l’horreur, un semblant d’espoir."
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