Ilwan

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Ses 17 critiques

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Le dernier des fous

Le 06/02/2007 à 19:56

Le Dernier des fous version Laurent Achard est un petit manifeste pro-domo pour un cinéma néo-pialesque et finalement hyper dogmatique dans sa dévotion à des principes finalement plus raides que rigoureux. In fine, tout ça est d'une ridicule prétention et le film d'une vanité (d'une vacuité) totale. L'occasion, malgré tout, de rappeler que Le Dernier des fous est une très belle oeuvre. C'est un livre de Timothy Findley (éd. Le Serpent à Plumes), fort de tout ce dont Achard l'a dédaigneusement dépouillé : le romanesque.

Locataires

Le 19/04/2005 à 21:17

Cocteau disait que plus on convoque la poésie, plus elle s'écarte, se refuse. Ici, elle est partout présente, sans afféterie ni pesanteur, sans démonstration ni solennité. Avec sa cruauté et sa drôlerie, oui, mais surtout avec une grâce inouïe. Grâce d'une mise en scène si maîtrisée qu'elle en devient transparente, mieux que fluide: évidente. Grâce de la lumière et du cadre, aussi; grâce d'une direction d'acteur tranchante, d'une actice frémissante, encore; grâce d'un acteur archangélique, surtout, Jae Hee au diapason d'une réalisation envoûtante. Grand film qui, mine de rien et sous couvert d'un propos simplifié jusqu'à l'épure, sait faire rentrer dans son champ tout ce qui est contenu dans ses silences, Locataires semble n'avoir qu'un sujet, et un but : la légèreté. "Insoutenable légèreté de l'être", peut-être, mais légèreté tout de même, comme le suggère un dernier plan subtil et malicieux. Une leçon de mise en scène, délicate et lumineuse.

Eleni

Le 29/07/2004 à 15:30

Il fut un temps où Theo Angelopoulos n'était pas seulement un grand cinéaste grec ou un grand cinéaste sud-européen, mais un grand cinéaste tout court. Un grand artiste, c'est-à-dire un créateur qui outrepasse les limites de son médium (en l'occurrence le cinéma) et de son sujet pour aller au-delà et atteindre, mine de rien, à l'universel, toucher quelque chose d'immuable dans l'humanité. On ne saurait dire de L'Apiculteur ou du Voyage des comédiens, de Paysages dans le brouillard ou du Pas suspendu de la cigogne, laquelle de ses oeuvres était la plus représentative de son oeuvre. Il y a une phrase de Scorsese qui dit qu'un artiste ressasse son sujet jusqu'à ce qu'il ait trouvé sa plus pure expression ; cela devient alors presque le point final, celui qui peut clore la grande oeuvre en toute logique et en toute grâce, mais au-delà duquel il est difficile de repartir. Sans doute, pour Angelopoulos, Le Regard d'Ulysse avait marqué ce point-là. Chef d'oeuvre définitif et bouleversant, parabole humaine et état des lieux d'un monde bouleversé (sans compter qu'on n'a jamais dit mieux sur les Balkans, même quand on en venait...). Mais depuis le Regard d'Ulysse, le regard d'Angelopoulos est un regard vide. Il est assez curieux, d'ailleurs, que ce soit le jury cannois de Scorsese qui ait choisi de décerner sa palme au bégayant L'Eternité et un jour, sorte de "best of" ou d'anthologie guère inspirée de la manière Angelopoulos... Il était un temps, donc, où Angelopoulos, pouvait avec la force de la grâce et l'audace des âmes sincères, faire rentrer en une séquence trente, cinquante, cent ans d'histoire, en un seul plan. Angelopoulos, aujourd'hui, entreprend de faire rentrer cent ans dans trois films (aveu de faiblesse ?), relance ses plans séquences dans la désolation mais sans plus de vertige, filme ses êtres errants, exilés et dépossédés, mais sans plus d'empathie. A vrai dire, ce sont moins des incarnations d'humanité qu'il propose ici, que des pantins théoriques et désincarnés, paumés dans un dispositif dont la joliesse tristoune, répétitive et banalisée, n'éveille plus grand chose de l'autre côté de l'écran. La grande Eleni Karaindrou peut bien nous remettre un peu de frisson dans ses accordéons, l'héroïne Eleni peut bien hurler toute la douleur des femmes, ces sons-là n'ont plus d'écho chez le spectateur sidéré, amer plutôt de cette constatation : c'est triste, un grand artiste qui n'a plus rien à dire.

Just a kiss

Le 19/07/2004 à 01:50

Ken Loach s’écarte (un peu) de la veine parfois trop prononcée dans ses derniers opus, disons, pour caricaturer, films pour réunion de cellule et/ou du planning familial – saines colères et discours impeccables, mais de moins en moins renouvelés, de moins en moins cinégéniques. Le fond est ici moins tranché, et du coup plus universel, la parole est plus souple; et par ricochet, la forme prend de l’ampleur, a des reflets solaires, s’offre des plages de pure comédie et de sensualité inédites chez l’auteur. "Réduit" ici aux particularismes du couple, le cinéma de Loach s’élargit comme on y croyait plus, décolle vers des horizons d’émotions (et de cinéma) qui paraissent tout neufs, comme l’amour frémissant et joliment approché de Casim et de Roisin. Mais le coup de génie du film réside surtout dans son casting. Insolents de beauté et de grâce, merveilleux d’énergie et de finesse, constamment justes, les deux acteurs principaux semblent livrer clefs en main à leur metteur en scène, avec leur jeunesse, un cadeau royal: un couple de cinéma comme on en rêve. Ken Loach leur emboîte le pas, les histoires d’amour lui vont plutôt bien…

Le Plein de super

Le 10/06/2004 à 03:08

Un regard d'une sincérité et d'une justesse exemplaires sur ce que c'est qu'être "homme" ("vir" et "homo"), amant, mari, ami, père, et qui est, aussi, surtout, une belle leçon de cinéma en liberté. Alain Cavalier est un grand, rare et précieux cinéaste. La ressortie de ce film est une initiative plus que judicieuse. Que cette aventure soit sanctionnée par le succès que le film aurait mérité il y a trente ans serait un bel hommage à rendre à cet auteur... Histoire que le public d'aujourd'hui vérifie ce que peut-être, au cinéma un élan humaniste, avec tendresse et drôlerie, émotion et légèreté, à mille lieux du cynisme infatué, satisfait et complaisant du nauséeux Arcand.

Père, fils

Le 25/05/2004 à 01:27

...où l'invention du ciné-bibelot de luxe. Père, fils est un bel objet, hypnotique et fascinant, un poème visuel époustouflant de beauté, d'une totale vanité, d'une totale vacuité, complètement en perte de sens sauf de sa propre perfection formelle. On s'abîme dans sa contemplation; le film aussi. Riche, mais nu, ce film parfaitement beau n'agit que comme reflet: plat et sans profondeur, mais brillant, indéniablement. Une oeuvre du plus bel effet, du meilleur esprit (russe), mais sans âme (slave).

Vivre me tue

Le 25/05/2004 à 01:14

Une construction peut-être maladroite, des ellipses sans doute mal gérées ? Peu importe, la générosité et l'humanité du regard balayent toute réticence. Sinapi a fait un magnifique cadeau à ses acteurs. Ses acteurs nous en font un en retour. Sami Bouajila est décidément l'acteur plus-que-parfait sur qui le cinéma français se doit de compter.

Mariées mais pas trop

Le 25/05/2004 à 00:59

Un monument de sottise et de vulgarité. Trois auteurs (!) pour un scénario qu'on hésite à qualifier de poussif faute de mieux, une mise en scène plus terne que du téléfilmage, un casting totalement à côté de la plaque poussé à des numéros de cabotinage qui font peine à voir... Catherine Corsini ? Décidément navrant...

L'Effet papillon

Le 31/03/2004 à 01:52

Régulièrement, une bonne partie de la presse et une bonne partie du public se mettent d'accord pour encenser une petite chose insignifiante. Ainsi de "L'Effet papillon".
Si la première heure bénéficie d'un effet de tunnel pas désagréable (où est-on et où va-t-on), et malgré des complaisances douteuses (presque schumacheriennes) sur la psychiatrie enfantine et la pédophilie, on arrive vite hélas à savoir où tout ça veut en venir. Dans l'esbrouffe pour tout dire.
Pour souligner les effets du scénario, l'ingénieur du son et le responsable des effets visuels pallient les manquements des auteurs et en rajoutent allégrement. Au fond, ça pourrait être fait par n'importe qui. D'ailleurs, c'est fait par n'importe qui. Et surtout n'importe comment.
Le film fini et l'épuisante reconsidération du destin du héros parachevée, il reste un goût amer à avoir vu un joujou techno jouer "si bien" de sujets délicats évoqués plus haut pour graisser ses grosses ficelles. Et reste surtout la nostalgie du très beau film de Richard Kelly, Donnie Darko, qui, dans le métaphysique light, la question de la destinée humaine et le regard posé sur le jeune âge adulte était d'un tout autre calibre.

Le plus gênant, au fond, reste cette morale ahurissante qui fait de l'Effet papillon un film nauséeux où le héros cherche toutes les portes de sortie possibles pour se dérober à sa responsabilité, et reparaître au monde innocent et si possible les mains propres. (Là encore a contrario de Donnie Darko, oeuvre ô combien plus adulte, qui montrait un homme prenant sa place et assumant ses choix et son rôle, même pour le pire).
Tout cela n'est au fond que navrante puérilité.

Music Box

Le 24/03/2004 à 02:45

Arte m'a donné l'occasion de retrouver ce film, pas revu, ni reconsidéré, depuis sa sortie en salle. Si le film a vieilli, c'est surtout l'idée même du "film-dossier" (voire "Dossier de l'écran") qui a pris un coup de vieux. Mais C. Costa-Gavras sait faire ça. Ou pour mieux dire, il n'y a que lui qui sache faire ça bien, avec panache et sincérité. On sent finalement bien plus la grosse patte de Joe Eszterhas tourner les pages de son scénario, et y souligner ses effets. Un peu à la manière, d'ailleurs, dont Armin Mueller-Stahl force son accent hongrois. Le film, belle concordance de talents multiple, "fonctionne" à l'évidence, comme une boîte à musique bien huilée. Sa force, et sa pérennité, reposent peut-être avant tout sur Jessica Lange, stradivarius du cinéma américain sur lequel trop peu ont joué. Si l'on excepte, à tout prendre, les trois actrices des Heures, on voit mal aujourd'hui qui pourrait faire jeu égal avec elle...


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