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Un raccourci dans le temps : dans les coulisses du film Disney avec Guillaume, doublure française du héros
Par Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 12 mars 2018 — 14 mars 2018 à 06:00
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Il sera peut-être beaucoup à l'écran, mais vous ne le verrez pas vraiment. Et pour cause : Guillaume, jeune Français de 24 ans, est la doublure du héros de "Un raccourci dans le temps". Et il revient sur les coulisses à l'occasion de la sortie.

"Levi Miller et moi sur le tournage"
"Levi Miller et moi sur le tournage" +
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Avec son budget estimé à 103 millions de dollars et son matériau de base, un roman qui fait figure de phénomène aux États-Unis, Un raccourci dans le temps est clairement l'un des plus gros films à s'illustrer dans nos salles en ce début d'année 2018. Un long métrage dont Guillaume Seeleuthner, Français âgé de 24 ans, a pu découvrir l'envers du décor, engagé par Ava DuVernay et son équipe, pour être la doublure de Levi Miller, qui incarne l'un des jeunes héros. A l'occasion de la sortie, il revient sur cette expérience plus que mémorable.

AlloCiné : Comment t’es-tu retrouvé sur un film de cette envergure ?
Guillaume Seeleuthner : J’ai vécu à Los Angeles pendant deux ans et demi où j’ai poursuivi mes études de cinéma et travaillé. En avril 2016, j’ai été recruté par une agence artistique qui me mettait en relation avec des directeurs de castings sur de nombreux projets. J’ai commencé par faire beaucoup de figuration sur des films, séries télé, publicités, clips…

En novembre 2016, une directrice de casting avec laquelle j’avais déjà travaillé me recontacte et me demande de venir aux studios de Santa Clarita, dans la vallée derrière les collines d’Hollywood, pour passer le casting pour Un raccourci dans le temps. J’y suis retourné à deux reprises pour faire des essais de costumes, de perruques et pour rencontrer la réalisatrice Ava DuVernay et l’acteur Levi Miller. Nous avons pris beaucoup de photos puis je me suis entretenu avec Ava qui a fini par me dire "Welcome on board !" ("Bienvenue à bord !").

Le tournage avait déjà commencé depuis trois semaines et la production n’arrivait pas à trouver de doublure majeure pour Levi Miller. La directrice de casting m’a dit qu’ils avaient vu des centaines de garçons mais que ça ne collait pas. Quand j’ai su que j’étais pris, je n’en revenais pas. Tout est allé très vite à partir de là : le lundi qui suivait, j’étais de retour aux studios à 5h30 du matin avec quelques autres membres de l’équipe. Deux navettes étaient apprêtées pour nous emmener dans un hôtel à Arcata, à 1000 km au Nord de Los Angeles, tout près de la frontière de l’Oregon.

Nous avons tourné une semaine dans la région, dans le même coin où les scènes avec les Ewoks de Star Wars VI ont été filmées. Le lieu était splendide. J’avais du mal à croire qu’en l’espace de quelques jours, je me suis retrouvé à tourner un blockbuster hollywoodien en plein coeur d’une forêt au milieu de nulle part.

Quel a été ton rôle sur le tournage ?
J’étais la doublure de Levi Miller qui joue Calvin dans le film. Il n’avait que 14 ans lors du tournage et la loi américaine est très stricte. Un mineur doit étudier quelques heures par jour sur le tournage (un professeur était présent) et ne peut pas travailler plus de neuf heures par jour (étude comprise). Je le remplaçais le matin pendant qu’il était à l’école et à la fin de sa journée de travail. La production organisait le tournage de sorte à ce qu’il puisse tourner en priorité toutes les scènes où l’on voit son visage. Quand je prenais le relais, c’était pour les plans de dos, au dessus de l’épaule ou très larges. Par exemple, la première séquence que j’ai tourné était une scène de course-poursuite dans la forêt avec un drone qui me filmait derrière moi.

La majorité des réalisateurs ne s’occupent pas de ça mais Ava DuVernay est très soucieuse des détails

Le livre est un vrai phénomène aux États-Unis. Le connaissais-tu avant de participer au film ?
Pas du tout. Personne de mon entourage en France ne le connaissait non plus. Je pense que c’est un livre très ancré dans la culture américaine puisqu’ils sont nombreux à l’avoir étudié à l’école, mais ce n’est pas le cas en Europe.

Qu’est-ce qui t’as le plus marqué sur le tournage ? Quelle réalisatrice est Ava DuVernay ?
La bonne ambiance générale. Je n’avais jamais ressenti une telle sérénité les six mois précédents où j’avais fait de la figuration sur diverses productions. Bien sûr, il s’agissait de tournages éphémères alors que là, j’ai travaillé en continu pendant deux mois, donc j’ai pris le temps de connaître les gens que je voyais tous les jours. Je me suis fait beaucoup d’amis avec lesquels je suis toujours en contact, que ce soient les autres doublures ou des personnes travaillant à la production. Malgré des journées très longues et épuisantes, qui pouvaient atteindre jusqu’à 16h, c’était un plaisir de me rendre sur le tournage chaque jour.

Ava DuVernay est en grande partie responsable de cette bonne ambiance parce qu’elle y contribue grandement. C’est une personne très positive à l’énergie communicative. Elle est très loin de l’image tyrannique du réalisateur qu’on peut avoir en tête. Elle connaît le prénom de chaque membre de son équipe, ce qui est impressionnant quand on sait qu’on était plusieurs centaines. Elle prend le temps de dire bonjour à tout le monde chaque matin. Cela paraît normal dit comme ça, mais je peux vous assurer que nombreux sont les réalisateurs à ne pas le faire.

Elle est également très active sur les réseaux sociaux et a documenté tout le tournage sur son compte Instagram. Elle publiait très régulièrement des stories où elle demandait aux employés de se présenter et de décrire leur travail en quelques mots, entre autres. Je pense qu’elle a ce facteur humain qui est primordial pour que les gens se sentent motivés et impliqués dans leur travail. Tout ceci ne l’empêche pas d’être très professionnelle. Elle porte une attention particulière à chaque élément du tournage, aussi minime paraît-il. Quand on m’a fait une coloration sur mes cheveux pour que je n'aie plus à porter de perruque, j’ai dû aller la voir juste après pour qu’elle l’approuve. La majorité des réalisateurs ne s’occupent pas de ça mais Ava est très soucieuse des détails.

The Walt Disney Pictures
Storm Reid et Levi Miller, héros du film

Entre la notoriété du livre, le budget du film (le plus gros jamais confié à une femme afro-américaine), son casting et son envergure, "Un raccourci dans le temps" est l’un des gros projets de 2018. Le ressentais-tu sur le tournage ? Y avait-il de la pression ?
Je pense que tout le monde était conscient de l’importance du projet, en termes de représentation, aussi bien devant que derrière la caméra. Cependant, je n’ai pas ressenti de pression particulière. Ava est restée fidèle à elle-même pendant toute la durée du tournage.

S’il ne fallait garder qu’un seul souvenir de ce tournage, quel serait-il ?
Toute la partie en Nouvelle-Zélande. Je ne pensais pas que j’irais mais finalement, ils ont décidé de m’emmener. J’ai eu beaucoup de chance parce qu’à part une autre doublure, ils ont casté toutes les autres directement là bas. Ça a été une expérience incroyable du début à la fin. Déjà parce que je n’avais jamais pris l’avion en première classe (rires) Et puis surtout parce que les endroits où nous sommes allés étaient magnifiques. Je me souviendrai toute ma vie de ces deux semaines palpitantes jusqu’à la soirée de fin de tournage avec toute l’équipe où Oprah m’a servi une margherita pendant que Reese [Witherspoon] et Mindy [Kaling] dansaient avec tout le monde.

Une vidéo a d'ailleurs été faite pour célébrer la fin des prises de vues, et Guillaume se trouve juste derrière Oprah Winfrey :

#NewZealand it's a WRAP ! What an amazing journey with all these beautiful and talented people. I feel incredibly lucky and grateful to be part of this exceptional adventure that took me to the other side of the planet. #AWrinkleInTime #Repost @ava

Une publication partagée par Guillaume (@guillaumeseel) le

As-tu réussi à te voir dans le film ?
Oui ! Je suis quasiment sûr de m’être reconnu à plusieurs moments. Quasiment parce que c’était justement le but et ils ont fait du bon travail au montage. Du coup, c’est presque impossible de discerner l’acteur de sa doublure.

Travailler sur un tel film, et donc en connaître les secrets, a-t-il changé ta façon de voir les films aujourd’hui ?
D’une certaine manière, oui. Participer à une aussi grosse production est très instructif car j’ai pu assister à tout le processus de fabrication d’un blockbuster hollywoodien. Je n’étais pas enfermé dans ma caravane quand je ne tournais pas, j’avais accès à toutes les zones des studios. J’ai pu voir la fabrication des décors, la véritable fourmilière que sont les bureaux de production… et tout le tournage se faire. Voir Ava hurler "Rolling and… ACTION!" et diriger Reese Witherspoon, Chris Pine, Oprah, Zach Galifianakis et Mindy Kaling avec tous ces gens et toutes ces machines autour, c’est quelque chose.

Participer à un tournage, c’est aussi comprendre tous les secrets et les trucages qui permettent à la magie du cinéma d’opérer. J’ai beaucoup appris, même s’il était difficile de deviner à quoi va ressembler à l’écran une scène que l'on vient de tourner car il y avait énormément de travail à faire en post-production.

Participer à un tournage, c’est aussi comprendre tous les secrets et les trucages qui permettent à la magie du cinéma d’opérer

Comptes-tu prolonger ton expérience dans les coulisses du cinéma ?
Oui ! En rentrant de Los Angeles, j’ai tourné un film franco-australien à Paris et un agent artistique m’a recruté. J’ai passé quelques castings importants dont celui du remake français de la série Skam mais ça n’a pas marché car, parallèlement, je tiens à poursuivre mes études de cinéma. Je suis en train de terminer mon Master en production cinématographique dans le Sud de la France et je m’apprête à faire mon stage de fin d’études à New York. C’es très difficile de concilier les deux mais j’essaie du mieux que je le peux et j’espère vraiment que ça aboutira à quelque chose. Après tout, les deux domaines font partie de la même industrie.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 12 mars 2018

"Un raccourci dans le temps", dans nos salles depuis ce 14 mars :

Un raccourci dans le temps Bande-annonce VO
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