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Clint Eastwood : Héros, Histoire américaine et humanisme... Les obsessions d'un cinéaste américain majeur
Par Corentin Palanchini — 19 oct. 2018 à 14:37
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Réalisateur américain majeur depuis ses débuts dans les années 70, Clint Eastwood possède une filmographie riche et éclectique. Découvrez son style bien personnel et les thématiques de son cinéma.

Josey Wales (1976)
1. Josey Wales (1976) +

L'Histoire de l'Amérique

L'histoire collective inspire Clint Eastwood, qui choisit de traiter des conséquences de la Guerre de sécession dans Josey Wales, l'un de ses plus grands films après avoir été acteur dans Le Bon, la brute et le truand, dont une partie se déroulait sur le front du conflit. Il explorera également les années 40 à travers le prisme du jazzman Charlie Parker (Bird), la Grande dépression (Honkytonk Man), la fin des années 20 (L'Echange), les années 60 (Jersey Boys, Un monde parfait) et la fin des années 50 (J Edgar).

Il s'intéressera aussi aux conflits armés en consacrant deux films à la Bataille d'Iwo Jima, d'abord vu du côté américain (Mémoires de nos pères) puis du côté japonais (Lettres d'Iwo Jima). Ce dernier montrera la violence de la guerre telle qu'elle est vraiment, avant que son film American Sniper ne divise en ce qu'il glorifiera le tireur d'élite Chris Kyle joué par Bradley Cooper. Dans une interview au Monde, Eastwood répondra à cette accusation en ces termes : "J'ai toujours eu des doutes sur l'idée d'apporter la démocratie dans les autres pays. Ce n'est peut-être pas le système qu'ils veulent ou qui leur convient. Je ne pense pas que nous devrions prendre des décisions pour le monde entier. J'ai toujours penché du côté libertarien : pour un gouvernement plus petit et qui laisse les gens en paix".

Il travaillera également à transposer des histoires vraies arrivées à des "héros du quotidien" comme celle du pilote ayant sauvé ses passagers dans Sully (2016) ou les trois Américains et le Français qui contribuèrent à stopper l'attentat du Thalys dans Le 15h17 pour Paris (2018).

Cet allergique aux chevaux passera énormément de temps sur leur dos à incarner des héros mystérieux et taiseux d'un Ouest américain violent et sanglant. Les westerns d'Eastwood sont l'occasion pour lui de parler d'une Amérique avec ses êtres sans pitié (L'Homme des hautes plaines), ses trahisons envers les États du Sud (Josey Wales), la propension des banquiers et des autorités à se mettre en travers des honnêtes travailleurs (Pale Rider) et la violence de cette époque (Impitoyable).

Des marginaux et de vraies héroïnes

Contrairement à une idée reçue, Eastwood est intéressé par tous les personnages. Souvent acteur de ses films, le metteur en scène jouera des héros très différents dont certaines caractéristiques reviennent de film en film. La figure du héros revenu d'entre les morts est palpable dès son second film de réalisateur, L'Homme des hautes plaines, dans lequel il joue un homme dont le traumatisme va le pousser à se venger d'une ville entière. On retrouvera ce schéma dans Pale Rider, lorsqu'une scène de la fin du film révèle un élément sur la vie du prêcheur-flingueur qu'il incarne. Ce personnage de "revenant" se retrouve aussi dans ses rôles plus crépusculaires comme le tueur vieillissant d'Impitoyable (1992) ou le profiler du FBI reprenant du service après une transplantation cardiaque (Créance de sang, 2002).

Ses héros sont aussi des laissés-pour-compte qui vont arriver à se dépasser une fois confrontés à un problème réel, une fois au pied du mur, surpassant même ce que la société ou la figure d'autorité pensait d'eux. Souvent chez Eastwood, cette autorité est celle du gouvernement, des officiels, des bureaucrates et des hommes d'argent. En ce sens, ses personnages défendent souvent plus ou moins indirectement une pensée "anti-système".

J'essaye de ne tourner que ce que je veux voir - Clint Eastwood

Ses personnages sont aussi des têtus ! Le paroxysme sera atteint avec le personnage de Chasseur blanc, coeur noir (inspiré de John Huston) obsédé à l'idée de tuer un éléphant. On pourra retrouver cet entêtement dans ses films d'action ou ses films policiers comme L'Inspecteur Harry, dans lequel son personnage n'en fait qu'à sa tête face à sa hiérarchie et finalement, le film lui en donne raison ou dans Bronco Billy, avec la volonté de fer du héros refusant de voir disparaître son western show. "Ne jamais abandonner" semble être le credo des héros du cinéma d'Eastwood.

Les personnages féminins ne sont pas délaissés pour autant et il est parfois oublié qu'Eastwood a magistralement dirigé les actrices en leur offrant des rôles puissants comme Hilary Swank, Angelina Jolie, ou Meryl Streep. Le cheminement émotionnel de ces personnages que cela soit à travers le sport et l'épreuve, la disparition d'un enfant ou la relation amoureuse marquera aussi durablement l'esprit des spectateurs.

Un humanisme prégnant

Le monde du cinéma d'Eastwood est violent, sombre, parfois même désespérant. Pourtant, le réalisateur place toujours -et de plus en plus- des notes d'espoir à ses films. L'idée est souvent celle d'un héros traumatisé (ayant échappé de peu à la mort) ou croisant la route d'un événement dramatique (un décès, un viol, une incarcération) (re)trouvant peu à peu son utilité ou une cause. Et dans le cas des films d'Eastwood, cette cause est le plus souvent humaniste.

Dans Clint Eastwood and Issues of American Masculinity, l'auteur Drucilla Cornell résumera la thématique de son cinéma comme l'étude du "dilemme de ce que cela signifie d'être un homme bon". Dans Sully, si le film est centré sur le pilote et sa réactivité face au danger, il est aussi un hommage appuyé aux équipes de sauvetage sans qui rien n'aurait été possible. C'est aussi le cas pour Mémoires de nos pères et Lettres d'Iwo Jima qui sont des films de guerre montrant le visage des soldats envoyés au conflit.

Si ses héros sont individualistes, ils cherchent le bien de la communauté

Cette thématique plaçant l'humain au centre de tout se retrouve dans le refus d'un personnage d'abandonner le métier d'une vie (Bronco Billy), et avec les héros de Au-delà devant surmonter la mort de leurs proches ou l'exemple le plus évident de sa filmographie : son vibrant hommage à Nelson Mandela (Invictus).

Si l'espoir est banni de quelques films (Mystic River, Bird), la plupart des films d'Eastwood interrogent la violence et les menaces pesant sur la société et ses héros cherchent à trouver "la lumière dans les ténèbres". Si ses héros sont individualistes, ils cherchent à agir pour le bien de la communauté et se sacrifient parfois pour elle (Gran Torino). Aimant brouiller les pistes, Eastwood adorera plonger le visage de ses héros dans l'ombre, surtout lorsqu'il les incarne lui-même, comme pour s'effacer devant la mission devant être accomplie par son personnage.

L'économie de mots et de moyens

Au fil des années, Clint Eastwood est devenu un metteur en scène dont les films ne coûtent pas très cher, ce qui renforce sa relation historique avec le studio Warner qui produit ses longs métrages depuis Josey Wales (1975).

L'une des raisons pour lesquelles Eastwood ne coûte pas cher, c'est qu'il respecte ses agendas de tournage et évite au maximum les dépassements : "Je peux travailler assez vite. (...) J'essaye de ne tourner que ce que je veux voir (...)". Sa réputation n'est plus à faire dans ce domaine, comme cela est souligné dès 1980 par Barbara Walters.

Si quelqu'un a une idée, je me fiche de quel département il vient, je l'écoute - Clint Eastwood

Eastwood est aussi économe de paroles sur le plateau, comme le rappelle Tom Hanks, qui a tourné avec lui Sully en conférence de presse"C'est quelqu’un qui parle très peu, et ce n’est pas à moi de décrire les choses sur le plateau… Comment nous a-t-il dirigés ? Calmement. Il parle peu, nous n’avons pas répété, et il y a peu de prises. Il est très fan des acteurs, et il veut que nous fassions notre travail au mieux de nos envies. Il veut que l’on arrive prêts comme des musiciens de jazz et sentions le pouls de la scène.". Il ajoutait, au moment de la promotion du film : "Il prenait parfois de l’avance sur le planning, nous permettant de rentrer chez nous en milieu d’après-midi, voire de gagner une journée entière de tournage. (...) Clint a l’intégralité du montage en tête. Il en a une vision d’ensemble très précise".

Eastwood essaye également d'attentivement écouter ses collaborateurs (via Indiewire) : "Vous êtes aussi bon que le moins bon de l'équipe, aussi j'essaye de faire participer tout le monde de façon imaginative. Si quelqu'un a une idée, je me fiche de quel département il vient, je l'écoute car les gens ont de bonnes idées. Les réalisateurs ont tellement à faire qu'ils peuvent se créer des obstacles en ne prêtant pas attention à ce qui les entoure".

Cette méthode de travail et ces économies promises au studio permettent au réalisateur de rester libre, de tourner lorsqu'il en a envie ou s'il trouve un bon sujet. Devenu très tôt producteur, Eastwood est indépendant, un fait rare à Hollywood, affirmé dans une réplique d'Honkytonk Man qui lui colle à la peau : "Je vivrai ma vie à mes conditions ou pas du tout"Quant à l'idée de tourner jusqu'à un âge avancé ? L'intéressé répond : "Ne serait-ce pas formidable de faire des films jusqu'à 105 ans ?"

Des images de Clint Eastwood au travail :

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