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Ed Wood est mort il y a 40 ans - Qui était cet étrange roi du nanar ?
Par Gauthier Jurgensen (@GauthJurgensen) — 10 déc. 2018 à 08:00
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Grand enthousiaste naïf, reflet en négatif d’Orson Welles, OVNI déglingué de l’histoire du cinéma, Ed Wood a longtemps été célébré comme le plus mauvais cinéaste de tous les temps. A tort ou à raison ?

Une carrière catastrophique
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Plan 9 From Outer Space d'Ed Wood (1958), célébré comme le pire film de tous les temps.
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Une carrière catastrophique

Après avoir servi chez les Marines pendant la Seconde Guerre mondiale, Ed Wood déménage en Californie pour embrasser enfin la carrière qui l’attend : celle de metteur en scène hollywoodien. Il ne se doute pas encore qu’il s’apprête à vivre un calvaire d’un quart de siècle qui s’achèvera par sa disparition, le 10 décembre 2018, d'un arrêt cardiaque consécutif à l'alcoolisme.

Dans les années 1950, Ed Wood est le roi du système D. Il n’hésite pas à écrire des scénarios ineptes plus vite que l’éclair et à les tourner en recyclant des images d’archive. Ses longs métrages témoignent de son manque de rigueur : fauchés, ineptes, absurdes… Aucun d’entre eux ne fera recette à l’exception de quelques dollars remontés par La Fiancée du monstre en 1956 (moins grâce à son succès qu'à son très petit budget).

Plus il échoue, moins l’industrie lui laisse sa chance. A partir des années 1960, Ed Wood signera des séries Z et tournera des films érotiques sous pseudonymes, tout en écrivant à toute vitesse des romans bon marché. Il sombre dans la dépression et l’alcoolisme, survivant dans la misère jusqu’à son décès, en 1978.

Merci Qui? N°228 - "Ed Wood"

Précurseur du mouvement Queer

Ed Wood n’avait aucun doute sur son hétérosexualité, mais aimait s’habiller en femme. Dès sa petite enfance, sa mère (qui rêvait d’une fille) lui fait porter des robes. Ce goût pour les vêtements féminins va lui rester. Il racontera même avoir combattu pendant la Seconde Guerre mondiale en portant des sous-vêtements féminins sous son uniforme. Une étonnante manie qui va lui permettre de décrocher un premier travail à Hollywood : l’adaptation d’un livre signé Christine Jorgensen sur la transsexualité.

Ce projet finalement abandonné sera remanié par Ed Wood qui reprendra ce thème pour son premier scénario dans lequel il dévoilera ses propres singularités : Glenn ou Glenda, l’histoire d’un homme marié qui aime se travestir, mais qui n’ose pas se confier à sa femme. Pour convaincre un producteur de l’aider à financer son film, Ed Wood parvient à convaincre la vedette déchue Bela Lugosi de jouer dans son film. La vieille légende, enfoncée dans sa toxicomanie, est aux abois et accepte sans hésiter.

Un entourage de luxe

Séduit par l’enthousiasme et la naïveté du jeune cinéaste, Bela Lugosi restera jusqu’à sa mort l’ami d’Ed Wood, qui saura en profiter pour le faire tourner dans La Fiancée du monstre et dans Plan 9 From Outer Space en récupérant quelques minutes muettes tournées par hasard avec l’acteur. Mais Lugosi ne sera pas la seule étoile vacillante à tomber sous le charme du charismatique loser.

Le second couteau Lyle Talbot et les présentateurs télé has been Criswell et Vampira seront membres de son clan, tout comme le catcheur Tor Johnson qui, après avoir tourné dans Plan 9 From Outer Space, deviendra un temps le visage du masque le plus vendu pour Halloween ! Cette bande de bras cassés marquera le cinéma grâce à ce long métrage comiquement raté, populairement considéré comme le premier nanar de l’histoire du cinéma.

Le biopic par Tim Burton

Ce n’est pas une surprise si peu de cinéphiles se sont attachés à faire vivre la légende de ce réalisateur médiocre. Pourtant, le musicien et écrivain Rudolph Grey publiera en 1992 une biographie du cinéaste basée sur plusieurs témoignages de ses proches : Nightmare of Ecstasy: The Life and Art of Edward D. Wood, Jr., qui retiendra l’attention d’un vrai génie du Septième Art, Tim Burton.

Bien évidemment, c’est Johnny Depp, le comédien fétiche du cinéaste, qui jouera son rôle dans un biopic en noir & blanc réunissant deux éléments chers au metteur en scène : une atmosphère gothique et une satire du rêve américain. Martin Landau incarne Bela Lugosi, Jeffrey Jones est Criswell et Lisa Marie, femme de Tim Burton, joue Vampira.

Tout simplement intitulé Ed Wood, ce film sera l’un des plus cuisants échecs commerciaux de son réalisateur, confirmant la malédiction de celui qui inspire le personnage central. Pourtant, le long métrage sera ironiquement récompensé de deux Oscars en 1995 : celui du meilleur maquillage et du meilleur acteur dans un second rôle pour Martin Landau.

Le plus mauvais réalisateur de tous les temps ?

Si Michael et Harry Medved, dans leur livre de 1980 The Golden Turkey Awards, ont décerné les titres de pire cinéaste de tous les temps à Ed Wood et de pire film jamais réalisé à Plan 9 From Outer Space, la compétition s’est étoffée avec le temps. Avec l’arrivée du numérique et l’accessibilité du matériel de tournage, de nombreux jeunes auteurs se sont plus récemment illustrés dans le cinéma de bas étage.

C’est notamment le cas d’Uwe Boll, le réalisateur mégalomane venu d’Allemagne qui n’hésite pas à revendiquer sa propre médiocrité, particulièrement quand il adapte des jeux vidéo qu’il méprise comme House of the Dead ou Alone in the Dark. Boxeur aguerri, il n’hésite pas à provoquer ses détracteurs sur le ring et à leur infliger une sévère correction.

L’insaisissable Tommy Wiseau s’est aussi fait remarquer en 2003 avec The Room, un mélodrame autoproduit resté à l’affiche d’un cinéma juste assez longtemps pour espérer concourir aux Oscars. Aujourd’hui, chaque projection spéciale de ce désastre fait salle comble, les fans du monde entier se regroupant régulièrement pour rire de bon cœur devant ce sympathique naufrage, comique malgré lui. Son histoire sera aussi racontée dans un biopic par James Franco : The Disaster Artist.

Et comment sonder l’intégralité des productions asiatiques, issues de Bollywood ou d’ailleurs, pour s’assurer que Plan 9 From Outer Space n’est plus, depuis longtemps, le pire film jamais tourné ? Peu importe. Que ce soit toujours d’actualité ou non, Ed Wood restera éternellement dans la légende le cinéaste adoubé comme étant le pire, avec enthousiasme, panache et naïveté.

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