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Ad Vitam, la série SF et policière événement d'Arte se dévoile [EXCLU]
Par Brigitte Baronnet — 1 févr. 2018 à 09:45
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AlloCiné vous révèle en avant-première les contours et les photos de la nouvelle série événement d'Arte, "Ad Vitam", dont le tournage vient de se terminer. Thomas Cailley, son co-créateur et réalisateur, nous a accordé sa première interview.

Yvan Attal dans Ad Vitam de Thomas Cailley
1. Yvan Attal dans Ad Vitam de Thomas Cailley +
AlloCiné vous dévoile en avant-première des photos inédites d'Ad Vitam
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Après un premier long métrage remarqué, Les CombattantsThomas Cailley réalise sa première série, Ad Vitam, pour Arte. Une série mixant science-fiction et polar, portée par Yvan Attal et Garance Marillier, révélation du film Grave, fraichement nommée aux César. La production est assurée par Kelijia (Katia Raïs); ce label de production de Lagardère Studios a notamment produit la série ambitieuse Trepalium, déjà pour Arte. 

Le tournage d'Ad Vitam vient de s'achever. Thomas Cailley a accepté, entre deux sessions de montage, de nous rencontrer pour une première interview dévoilant les contours de cette série ambitieuse et futuriste. A cette occasion, AlloCiné vous dévoile également les toutes premières photos de la série attendue prochainement sur Arte.

De quoi ça parle ? Darius était déjà flic avant la Régénération. À 120 ans, il l’est toujours. Il vit son éternité sans se poser de question, aime les levers de soleil, savoir l’avenir devant lui, l’idée de tout recommencer.  Dans ce nouveau monde qui pense avoir vaincu la mort, on découvre les corps de sept suicidés, tous mineurs… Dérive sectaire ? Acte politique ? Le cri d'alarme d’une génération déshéritée ? Pour mener l’enquête, Darius devra compter sur l’aide de Christa, jeune fille mutique et suicidaire. Christa se fout des levers de soleil et de la vie devant soi. Elle attend la mort, c’est tout.  Pour Darius et Christa commence un long voyage initiatique. Une descente vertigineuse dans les entrailles d’un monde qui dérive vers l’infini. Ou le néant. 

Casting : Yvan Attal, Garance Marillier, Niels Schneider, Hanna Schygulla, Rod Paradot, Ariane Labed, Anne Azoulay...

Ad Vitam, créé par Thomas Cailley et Sébastien Mounier, réalisé par Thomas Cailley avec la collaboration de Manuel Schapira, produit par Katia Raïs, 6x52'. Prochainement sur Arte

Ivan Mathie / série Ad Vitam – Kelija

Rencontre avec Thomas Cailley

AlloCiné : Vous êtes le co-créateur d'Ad Vitam. Avez-vous tout initié depuis le début ou est-on venu vous chercher avec ce sujet ?

Thomas Cailley : On a vraiment discuté depuis le départ avec Sébastien [Mounier, co-créateur d'Ad Vitam] sur une idée : on parlait de la question de l'allongement de la vie. Lui avait très envie d'aborder ce thème. Moi, j'avais très envie d'initier ou de prolonger [après Les Combattants, Ndlr.] quelque chose autour de deux personnages, d'avoir une intrigue qui soit à la fois un polar et une intrigue de transmission. Et en discutant, on a trouvé Ad Vitam. Ca remonte à longtemps car je cois qu'on a commencé à écrire en janvier 2015, premier semestre 2015.

On s'intéressait à tout ce qui se passait chez les transhumanistes* américains, toutes ces prophéties selon lesquelles l'homme qui vivra 100 ans est déjà parmi nous, qu'on peut prolonger, augmenter l'humain. Qu'est-ce que ça a comme conséquences ?

Ce qui me touchait, c'est ce qu'il advient d'une société où l'on peut prolonger indéfiniment la vie, où l'on ne meurt plus 

Mais disons que sur un plan personnel, ce qui me touchait, c'est ce qu'il advient d'une société où l'on peut prolonger indéfiniment la vie, où l'on ne meurt plus. Qu'est-ce qu'il reste à transmettre quand on ne meurt plus ? Si on ne part plus à la retraite ? Si on n'a ni capital, ni savoir, ni culture à céder à quelqu'un, si l'on garde tout pour soi, quel est finalement l’intérêt ontologique pour l'homme ?

Donc nous sommes partis sur cette question assez philosophique et nous avons essayé de la traiter sous la forme, à la fois, d’un récit policier, et surtout une intrigue relationnelle entre un homme qui a 120 ans qui vit pleinement son immortalité, et une jeune femme, qui, elle a la vingtaine et ne voit pas du tout l’intérêt de la vie. De voir comment ça circule entre ces deux personnes et comment chacun a des choses à se transmettre.

Ivan Mathie / série Ad Vitam – Kelija
Thomas Cailley, co-créateur et réalisateur de la série Ad Vitam, et précédemment réalisateur du long métrage Les Combattants

Le fait qu'il y ait une intrigue un peu policière, est-ce quelque chose auquel vous avez pensé dès le début ?

C'est une envie que j'avais depuis assez longtemps de faire un polar. Même Les Combattants, je l'avais un peu écrit comme ça, un peu en polar. Dans Les Combattants, l'enquête n'est pas menée par un flic : c'est un jeune homme qui enquête sur une jeune femme, il essaye de comprendre ce qu'elle a dans la tête, quelle est sa vision, etc. 

Là, c'est à peu près le même principe, c'est-à-dire que les deux personnages essayent de chercher une réponse dans l'autre. Au fond, c'est une quête, mais qui prend la forme d'une enquête, sinon elle devient tout de suite très théorique. Donc il y a une enquête qui n'est pas qu'un prétexte : on raconte cette histoire policière et elle tient le fil du récit. Policier, c'est pour le genre. Mais ce qui occupe le terrain de la série, c'est le rapport à l'autre.

Cette histoire policière tient le fil du récit, mais ce qui occupe le terrain, c'est le rapport à l'autre

Ce type, Darius, qui a 120 ans, quand il regarde cette jeune femme de 25 ans, il ne sait plus ce que c'est d'être jeune, de changer, d'avoir des avis contradictoires, de douter d'un tas de choses. Lui il est dans un monde rempli de certitudes. Son enquête passe par là, et de son côté à elle qui ne désire plus rien, où elle est dans une espèce de truc dans lequel elle a quelque part renoncé au monde. Ce type qui se bat pour une cause, ça la remue aussi. Pour moi, la vraie quête est sur un plan humain, dans le regard. Comment on regarde l'autre et on change en l'autre ?

Ivan Mathie / série Ad Vitam – Kelija
Yvan Attal a 120 ans dans Ad Vitam

Est-ce qu’il y a une ambiance futuriste ou est-ce uniquement le propos qui est futuriste ?

Je pense qu’on est plus dans un hors temps que dans un futur complètement établi. Il n’y a pas de dates : on n’est pas dans 60 ans ou dans 70 ans. On parle de ce monde, du passé de ce monde. On est sur une certaine époque, une période de crise, une période de mutation de ce monde.

Nous n’avons pas cherché à dater un futur. Mais il y a évidemment plein de détails qui font que ce n’est pas ce monde, à commencer par cette technique révolutionnaire de régénération des cellules. Il y a plein d’autres choses. On s’est un peu amusés avec ça : qu’est-ce qu’est devenu le téléphone ou le mariage par exemple ? On s’est plutôt demandé qu’est-ce que ça donnerait à terme si on pouvait prolonger indéfiniment la vie. Quelles seraient les conséquences sur le travail, la retraite, le couple, la famille ?

On s’est plutôt demandé qu’est-ce que ça donnerait à terme si on pouvait prolonger indéfiniment la vie. Quelles seraient les conséquences sur le travail, la retraite, le couple, la famille ?

Les répercussions de cette révolution technologique ne sont pas technologiques. Il n'y pas quelque chose de technologique dans les conséquences. Les conséquences de l'allongement de la vie sont vraiment humaines. Elles posent beaucoup de problèmes d'organisation sociale, familiale, de croyance en son avenir. Qu'est-ce que ça veut dire croire en son avenir ? Préparer son avenir ? Qu'est-ce que ça veut dire prendre une décision sur un simple plan philosophique si on peut tout remettre au lendemain indéfiniment ? Est-ce que c'est humainement possible à terme de prendre une décision ? Est-ce qu'on n'est pas simplement dans une errance permanente ? Est-ce que finalement avoir l'avenir et l'infini devant soi, ce n'est pas être condamné à un présent permanent, voire un surplace ? Est-ce que ces gens sont encore vivants ? Pour moi, le propos a quelque chose d'existentiel ou de fondamental. On a essayé d'être sur ces questionnements.

(...) C'est simplement se dire que si demain un médicament qui permettait de régénérer les cellules était en vente en pharmacie -on a beau savoir que c'est une immense contradiction avec ce qu'on est en tant qu'être humain-, je pense que 100 % des gens iraient chercher ce médicament. S'il était remboursé, ce serait vraiment 100 % des gens. La question qui se pose revient à chacun. Est-ce qu'on y gagne plus qu'on y perd ? Qu'est ce qu'on y perd d'ailleurs ? Est-ce qu'on ne finit pas par oublier ce qu'on a perdu ? Est-ce qu'on ne finit pas par oublier ce qu'on est ? Voilà les questions que posent la série.

Ivan Mathie / série Ad Vitam – Kelija
Yvan Attal sur les premières photos d'Ad Vitam qu'AlloCiné vous dévoile en avant-première

Y a-t-il également un propos politique ? Vous disiez que cela posait des questions morales mais y a-t-il également un discours politique ?

Tout est politique quand on parle de l'organisation d'une société. Ce qui est certain, c'est que l'endroit où ça frotte, où ça fait un peu mal, c'est la question de la jeunesse forcément. Dans une société dans laquelle les adultes ne partent plus, ni en retraite, ni au cimetière, ne meurent plus, la question est : comment on accueille les générations qui arrivent ?

Au bout d'un moment, il y a un embouteillage : si on ne veut pas laisser son boulot, on ne peut transmettre ni un capital, ni un savoir ou quoi que ce soit. Quel est même l’intérêt de continuer à faire des enfants ou accueillir de nouvelles générations ? Le malaise politique, dans ce monde, c'est celui de la jeunesse.

Aviez-vous des références en terme de réalisation, de séries ou films de SF qui vous ont un petit peu guidé ?

Il y a des trucs de SF que j'aime. Après, est-ce qu'ils m'ont guidé ? C'est difficile comme question : j'ai pensé à plein de choses qui n'ont rien à voir avec de la SF en le faisant. J'ai pensé autant à Memories of Murder qui est peut être un des plus beaux polars de l'histoire du cinéma, qu'à La Fureur de vivre à plein d'égards. Parce qu'il y a cette thématique de la jeunesse, il y avait une nervosité à trouver, et une espèce de malaise existentiel qui a rarement été aussi bien filmé que dans ce film là.

[En terme de références], j'ai pensé autant à Memories of Murder (...) qu'à La Fureur de vivre à plein d'égards

Il y a aussi la série X-Files parce qu'elle a bercé mon adolescence : je trouvais qu'il y avait un cocktail dans cette série entre le genre, l'humour et en faisant la part belle au relation des personnages. Il y avait vraiment un amour pour les personnages dans cette série. On aimait les suivre, on aimait les voir ne rien comprendre. Il y avait une passion à échouer dans cette série qui était assez belle.

Je pensais à Blue Velvet et à Vertigo. Vertigo est un film qui touche beaucoup les réalisateurs car il y a un peu tous les films du monde dans Vertigo. Il y a surtout l'histoire de reconnaître quelqu'un dans quelqu'un. Il y a ce fil du polar qui est à la fois très psychologique et très existentiel.

Fox
Dans X-Files, "il y avait une passion à échouer qui était assez belle" selon Thomas Cailley


Mis à part X-Files que vous regardiez étant jeune, est-ce que vous étiez ou êtes un grand consommateur de série ?

Je crois que c'est la dernière série que j'ai regardé pendant mon adolescence, à part Les Simpson et South Park. Je suis revenu à la série avec 24H, Les Soprano… Globalement, j'en regarde très peu parce que je n'aime pas regarder les choses quand je ne les vois pas jusqu'au bout, et c'est très chronophage.

J'aime bien les séries en tout cas et il y a de plus en plus de choses intéressantes. Ça devient vraiment un terrain intéressant, en tant que spectateur d'abord. J'ai adoré The Knick de Soderbergh. J'ai été assez passionné par Breaking Bad. La première saison de Fargo, j'ai trouvé ça super. Ça m'a beaucoup fait réfléchir à la différence entre cinéma et télé par exemple. Fargo est un film de chevet absolu, qui a fait que j'ai eu envie de faire du cinéma à un moment. La série Fargo n'a pas la même invention de forme que le film. En revanche, elle a un truc que le film n'a pas, qui est sur le temps passé dans la croyance des personnages.

Dans la série, on va chercher à déployer un monde, un univers

Vous avez justement évoqué le rapport entre cinéma et télévision, et c'est une question qui j'imagine va revenir souvent : de passer du long métrage à la série, est-ce que ça a été une expérience très différente pour vous ?

Oui, c'est très différent. Ce sont les temps qui sont différents. Dans un long métrage, on va chercher une espèce de rareté, quelque chose qui est enfoui dont on prend un bloc, on tape dedans, on cogne et on essaye de sortir quelque chose qui est minuscule au creux de ce bloc. La série, c'est caricatural de dire ça, mais c'est presque l'effet inverse : on va chercher à déployer un monde, un univers.

Je pense qu'on aime les séries souvent pour l'univers dans lequel on est accueilli, beaucoup plus que pour l'histoire. Il y a les personnages et l'univers d'un côté, là où l'histoire, le mouvement dans le long métrage est plus saillant. Après, ce sont des questions de temps de fabrication qui sont très différentes. Je pense qu'il faut avoir un rapport assez chirurgical à ce qu'on fait en série parce qu'on n'a pas le temps de produire des choses qu'on ne montera pas, par exemple. 

Dans le 52', il y a une mécanique narrative qui est beaucoup plus efficace. Tout a une place. Ça se voit quand il manque des pièces dans le puzzle. J'ai l'impression que dans le long métrage, on travaille en éliminant la matière, en essayant de recomposer les mouvements. Dans la série, on est plutôt dans l'architecture de quelque chose et il faut faire tenir cette architecture. Ça impose d'être beaucoup moins dans la recherche quand on le fait, et beaucoup plus dans la conviction d'une forme. 

Est-ce qu'il s'agira d'une saison bouclée ? Ou ce sera ouvert pour faire peut être d'autres saisons ?

On l'a conçu comme bouclée, parce que c'était plus facile d'être radical dans les choix d'écriture, de mise en scène. Il se trouve qu'il y a tout de même une forme d'ouverture à la fin, mais c'est conçu comme bouclé.

L'après-Combattants de Thomas Cailley

Nord-Ouest Films / Tiberius Film
Les Combattants, premier long métrage de Thomas Cailley, a réalisé plus de 500 000 entrées et reçu un très bel accueil critique

Avec plus de 500 000 entrées, un très bel accueil à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs, et la critique séduite, Les Combattants, premier long métrage de Thomas Cailley sorti en 2014 a su toucher le coeur des spectacteurs. C'est peu dire que son prochain projet est très attendu. Après Ad Vitam côté série, un long est-il également en prévision ?

"[Les Combattants] a eu une vie assez longue, en France et à l'étranger. Je l'ai accompagné sur cette vie assez longtemps, nous indique Thomas Cailley. Après, je suis rentré dans une phase d'écriture sur différents projets, pour moi, pour d'autres personnes. J'aurai du mal à résumer tout ce qu'il s'est passé. Ça a été beaucoup d'écriture ces dernières années, avec des vitesses qui varient selon les projets. Le projet qui a été le premier terminé, c'était cette série, Ad Vitam."

Avez-vous également un projet de long métrage en parallèle ?

Oui, je l'ai mis en pause pendant la réalisation et je suis en train de reprendre.

Qui pourrait se tourner cette année ?

On verra. Le plus tôt sera le mieux.

Métaphore et fin du monde étaient au coeur des Combattants, premier long métrage remarqué de Thomas Cailley :

Thomas Cailley : "Une dimension métaphorique dans Les Combattants"

* "Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l'usage des sciences et des techniques afin d'améliorer la condition humaine notamment par l'augmentation des caractéristiques physiques et mentales des êtres humains" (source Wikipédia). 

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