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    Deutsch-les-Landes : "L'humour, il arrive un moment où ce n'est plus une question de culture, mais d'individus"
    Par Léa Bodin, propos recueillis dans les Landes le 11 juin 2018 — 1 déc. 2018 à 10:00
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    En juin dernier, on s'est rendu sur le tournage de "Deutsch-les-Landes", la première série d'Amazon Prime Video tournée en France. Sur place, une partie de l'équipe et les comédiens nous ont parlé des enjeux de cette comédie sur le choc des cultures.

    Matthieu, Chloé, Ghyslaine, Martine, Guillaume et Odile
    1. Matthieu, Chloé, Ghyslaine, Martine, Guillaume et Odile +

    Jiscalosse, un village des Landes, est au bord de la faillite. Pour sauver les meubles, la maire Martine décide de vendre toute une partie de la commune à Gerhard Jäger, le PDG bavarois excentrique d’une entreprise de conception automobile, tombé amoureux des Landes. Il décide alors de délocaliser tout un département et ses salariés dans le sud de la France. Cette arrivée massive déclenche un choc des cultures, ouvrant la voie à quelques situations cocasses...

    A l'origine de Deutsch-les-Landes

    « On s'est souvenus qu'en 2010 un député allemand avait eu le culot de dire à propos de la dette grecque : "Ils n'ont qu'à nous donner une de leurs îles et ça épongera une partie de leur dette." On s'était demandés comment on pourrait adapter cette idée à la France et l'Allemagne », se rappelle Sandra Ouaiss, la coproductrice française de Deutsch-les-Landes. « En Europe, l'Allemagne est toujours un peu le bon élève et la France est toujours un peu à la traîne, et on s'est demandé comment la France pourrait vendre un bout de son territoire, mais ne trouvait pas ça très réaliste et on s'est dit que les Allemands pourraient venir s'installer en France et que ça pourrait donner une comédie. »

    Peter Güde, auteur allemand, a d'abord écrit deux pages sur le projet, puis le coproducteur allemand a suggéré qu'il soit rejoint par deux auteurs français, Alexandre Charlot et Franck Magnier, à qui l'on doit le scénario de Bienvenue chez les Ch'tis« On s'est entourés au maximum de gens qui maîtrisent les deux langues côté technique : un réalisateur français qui vit en Allemagne, un monteur français qui vit en Allemagne, une monteuse allemande qui vit en France depuis des années... »

    Dès le départ, il était évident pour Sandra Ouaiss de se tourner vers une plateforme comme Amazon, qui diffuse la série en France et dans les pays francophones. « Amazon et Telekom ont cette capacité à aller vers des projets qui ne correspondent pas à des grilles », explique-t-elle. « La comédie s'est imposée par rapport au sujet, ensuite on s'est posé la question du format, et on a pensé que le meilleur format c'était le 26 minutes parce qu'on voulait avoir des gags, tout en créant de l'émotion. » 

    Un tournage dans les deux langues

    « Sur le plateau, on tournait en deux langues », explique le réalisateur Denis Dercourt, qui a réalisé la première moitié de la première saison. « Je m'adressais aux comédiens français en français, aux comédiens allemands en allemand et eux se parlaient en anglais. Et le format 26 minutes impliquait également certaines contraintes. Par exemple, on sait que chaque scène, chaque épisode, doit se terminer sur un cliffhanger. »

    La série a donc été tournée dans les deux langues : les acteurs français jouaient en français et les comédiens allemands leur répondaient en allemand. « Puisque la France et l'Allemagne ont cette caractéristique du doublage, on s'est dit qu'on allait doubler », précise Sandra Ouaiss. Roxane Duran, qui est totalement bilingue, et Sylvie Testud, qui comprend et parle couramment l'allemand, se sont doublées elles-mêmes pour la version allemande. 

    Tourner en français et en allemand était un défi pour l'équipe comme pour les comédiens, ainsi que le souligne Denis Dercourt : « Il fallait tout centrer autour des acteurs, plus encore que d'habitude, leur laisser l'espace de développer leur jeu. Le texte n'était pas saisi, mais il y a quelque chose qui passait au-delà du texte qui fait qu'ils se sont compris tout de suite. » 

    L'humour à l'épreuve de la différence culturelle ?

    Faire une comédie franco-allemande, cela repose sur le fait que chacun rie des mêmes choses. Marie-Anne Chazel, qui campe Martine, la maire de Jiscalosse à l'origine de l'installation des Allemands dans le village :  « La série parle des rapports franco-allemands actuels, sur le ton de la comédie. Il s'agit de montrer et les travers et les qualités de chacun des peuples, et les incompréhensions. » 

    Sur le tournage, chacun avait également ses a priori. Roxane Duran, qui a eu la chance d'apprendre le français, l'allemand et l'anglais en même temps dans une école internationale et incarne Chloé, qui est prise entre les deux culture, considère qu'il y a « toujours une barrière par rapport à la langue » et observe que selon leur culture, « les gens abordent le travail de manière complètement différente ». Pour Sandra Ouaiss, avec les Allemands, « lorsque quelque chose est prévu, il ne faut pas sortir du plan », quand de son côté, Sebastian Schwarz, qui interprète l'un des nouveaux venus à Jiscalosse, remarque que « dans la manière de travailler, les Français sont beaucoup moins attachés aux répétitions que nous. Ils sont tout de suite partants pour jouer devant la caméra, alors qu'on préfère être sûrs d'être prêts avant d'y aller. »

    La série prend donc le parti pris de mettre les clichés : « Quand on a peur du cliché, on y tombe, alors que quand on s'en moque, c'est une élégance », commente Sylvie Testud, qui joue la prof d'allemand ravie de savoir que les Allemands arrivent. Pour l'humour, c'est la même chose : « On arrive parfois à être plus intime avec quelqu'un qui ne parle pas la même langue, qu'avec quelqu'un qui parle la même langue. On voit en tournant que c'est bien un problème de personnalité, et non pas de culture. L'humour n'est pas tout à fait le même, c'est vrai, mais il ne dépend pas que de la langue. Parfois, c'est organique, les gens sont drôles. » « Arrive un moment où ce n'est plus du tout une question de culture, mais de personnalités, d'individus », confirme Marie-Anne Chazel. 

    Plaire à tout le monde

    La série parviendra-t-elle à trouver son public du côté français et du côté allemand ? Pour Sebastian Schwarz, chacun pourra un trouver son compte : « Je pense que les Allemands vont s'y retrouver car ils sont tous très familiers du cinéma français, ils adorent Louis de Funès par exemple. D'un autre côté, je pense que les Français ont beaucoup d'idées préconçues sur les Allemands et auront envie de voir s'ils ont raison ou non. »

    Deutsch-les-Landes est disponible depuis le 30 novembre sur Amazon Prime Video, accessible pour tous les utilisateurs adhérant au service Amazon Prime. Quant à savoir si une suite est déjà envisagée, si l'on en croit la coproductrice Sandra Ouaiss, la série est construite pour durer : « C'est une vraie série de personnages, donc on a plein d'idées pour la suite, et un personnage allemand pourrait vouloir se présenter à la mairie... »

    La bande annonce de Deutsch-les-Landes :

    Deutsch-les-Landes - saison 1 Bande-annonce VF

     

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    Commentaires
    • The Last Action Zero
      Chercher absolument à plaire à tout le monde, revient malheureusement souvent à ne plaire à personne...
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