Lors du casting de « L’eau froide » Olivier Assays ne voulait pas de Virginie Ledoyen qu’il jugeait trop mignonne pour le rôle. Heureusement, il a changé d’avis et elle porte le film de bout en bout. C’est son meilleur rôle, nominé pour le César du meilleur espoir féminin, attribué à Elodie Bouchez. Et de regretter qu’elle n’ait pas confirmé tous les espoirs générés ici. Film culte très inégal « L’eau froide » est illuminé par quelques grands moments comme le touchant discours du père de Gilles (László Szabó) où la mythique scène de la fête, dont la violence du happening destructif résume l’explosion du désespoir d’une jeunesse qui peine à trouver sa voie. Ne prenant néanmoins jamais parti en restant en dehors de tout discours sur la faillite morale, le réalisateur livre un film souvent froid et distancié, qui, après cinq longs métrages, semble être sa marque de fabrique. Stylistiquement l’abus de gros plans et les mouvements de caméra tressautants commencent à devenir les défauts du réalisateur dont le sommet, si j’ose dire, sera atteint avec cette bouillie visuelle de « Fin août, début septembre » réalisé quatre ans plus tard. Pour ne rien arranger, Cyprien Fouquet, au jeu très limité, apporte peut de consistance à son rôle, guère plus que Jean-Pierre Daroussin qui fait à peine le minimum syndical. « La page blanche », titre du téléfilm dont « L’eau froide » est la version longue, résume le fond alors que celui du film porte davantage sur la forme, si ce n’était la musique. En choisissant, entre autres, « Knockin’ on Heaven’s Door » de Bob Dylan, la construction multi dimensionnelles de « Pat Garett & Billy The Kid » montre à quel point Assayas n’a pas transcendé son sujet. Trois étoiles pour la « fête » et Virginie Ledoyen.