tropmortel
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5 - Chef d'oeuvre
Cela débute comme un reportage touristique, par la remontée du fleuve Congo sur une barge remplie d'une foule bigarrée, empilement de familles et d'animaux domestiques devant lequel on serait vite tenté de n'y voir qu'une bonhomie colorée. Puis les paroles des passagers, voyageant contre leur gré dans la promiscuité des bêtes, révèlent peu à peu la réalité de ce qu'on prenait pour un mode de vie pittoresque : un pays saigné par 10 ans de guerre, dont les routes, faute d'entretien, ont disparues sous la végétation, et où le fleuve est devenu le seul moyen de parcourir le pays.
Si Thierry Michel n'a pas repris la verve pamphlétaire de son film MOBUTU, ROI DU ZAÏRE, et choisit de taire l'incompétence du régime, son film n'en est que plus étrange, distillant une atmosphère d'irréalité, parcourant l'immense fleuve et nous faisant traverser un pays recouvert de forêts majestueuses, dérivant doucement, sans personne pour en prendre les rennes, abandonné.
Là où le film prend toute son ampleur, proche du récit de Joseph Conrad qui inspira APOCALYPSE NOW, embrassant de sa vision large la situation politique de la zone des Grands Lacs, c'est lorsqu'on croise ça et là un musée d'histoire naturelle aux collections abandonnées, les palais délabrés de Mobutu (assez beaux dans leur état de ruine qui les magnifie), puis soudain la sidérante confession d'un enfant sorcier (vivant dans le «deuxième monde» où il fut «le serviteur de Lucifer»), des jeunes filles rescapées miraculeuses des soudards qui les violèrent... avant de les empaler, pour enfin aboutir à la rencontre avec un surprenant chef maï-maï (la résistance contre l'armée d'invasion rwandaise) aussi subjuguant qu'inquiétant, qui cite, non sans mal, l'Ancien Testament pour invoquer la protection des eaux du fleuve «elles qui protègent des balles comme des machettes».
Au bout de la route, la découverte, accompagné d'un vieux féticheur, de la source du fleuve sacré : on est alors très proche d'AU CUR DES TÉNÈBRES.
Ajoutée le 10 avr. 2006 à 16h30
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