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    Les Amours d'Astrée et de Céladon
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Les Amours d'Astrée et de Céladon" et de son tournage !

    Quand l'ordinateur vient au secours de la voix des acteurs

    Céladon est amené à se travestir ce qui conduit l'acteur Andy Gillet à prononcer "Je peux contrefaire ma voix !" avec un timbre de voix à mi-chemin entre masculin et féminin. Cette performance doit beaucoup à un logiciel, né sur un ordinateur de l'Ircam, l'institut de recherche musicale fondé en 1970 par le chef d'orchestre et compositeur Pierre Boulez. Une équipe de chercheurs a créé à partir de la voix de l'acteur, une palette de transformations allant du masculin au féminin pour satisfaire Eric Rohmer, qui voulait éviter l'aspect artificiel du doublage par une comédienne.

    Présenté à Venise

    Les Amours d'Astrée et de Céladon est présenté en Sélection officielle, en compétition, à la 63e Mostra de Venise.

    Rohmer change d'ère

    Les Amours d'Astrée et de Céladon est une adaptation de L'Astrée, roman pastoral d'Honoré d'Urfé, un récit-fleuve de 5000 pages, dont la première partie fut publiée en 1607. Quarante histoires et des centaines de personnages (bergers, bergères, druides du Ve siècle) sont contenus dans cette oeuvre-clé de l'Histoire de la Littérature française. C'est la troisième fois consécutive qu'Eric Rohmer tourne un film d'époque, Les Amours d'Astrée et de Céladon venant après L'Anglaise et le Duc qui avait pour cadre la Révolution Française et Triple Agent, film d'espionnage situé en 1936. Auparavant, il avait réalisé La Marquise d'O (1976), adaptation de l'oeuvre de Kleist, un récit qui se déroule dans l'Italie de 1799, et Perceval le Gallois (1979), adaptation du roman médiéval de Chrétien de Troyes.

    Un projet de Pierre Zucca

    Adapter L'Astrée est à l'origine un projet de Pierre Zucca , cinéaste méconnu, auteur entre autres de Vincent mit l'âne dans un pré et Alouette je te plumerai. Il avait proposé ce projet aux Films du Losange, la maison de production co-fondée par Eric Rohmer, mais la directrice Margaret Ménégoz avait jugé ce film trop coûteux. "Je tiens Zucca pour le cinéaste le plus important de ce qu'on appelle "la post-Nouvelle Vague -avec Jean Eustache", confie aujourd'hui Eric Rohmer, qui a dédié Les Amours d'Astrée et de Céladon au réalisateur disparu en 1995, même s'il souligne que sa propre adaptation est très différente de celle, beaucoup plus libre, de Zucca.

    Modernité de "L'Astrée"

    Eric Rohmer évoque sa réaction à la lecture de L'Astrée, qu'il n'a lu qu'après le décès de Zucca : "Je m'attendais à quelque chose d'assez rébarbatif et j'ai constaté que pas du tout ! Les dialogues en particulier étaient étonnemment modernes, et encore plus modernes dès qu'ils étaient dits au lieu d'être lus. Dès lors, à condition de centrer le récit sur les amours d'Astrée et de Céladon et de retrancher tout le reste, le film m'a paru tout à fait possible. Je n'ai même pas eu à moderniser les dialogues. En trouvant le terme de " profondité " dans le texte original, je me suis même dit que le mot plairait beaucoup à Ségolène Royal ! Je me suis contenté d'élaguer. C'est un texte que je me suis approprié et avec lequel je me suis senti absolument à l'aise."

    Astrée, Céladon et les autres

    Comme souvent, Eric Rohmer a choisi deux acteurs inconnus pour jouer les rôles principaux, Andy Gillet et Stéphanie de Crayencour -même si l'interprète de Céladon avait été remarqué dans Nouvelle chance d'Anne Fontaine. Autour d'eux, signalons la présence de deux comédiens qui se sont déjà fait un nom au cinéma, Cécile Cassel et Jocelyn Quivrin. L'extravagant Hylas a les traits de Rodolphe Pauly, acteur réalisateur qui fut le fils du couple Isabelle Huppert- Jacques Dutronc dans Merci pour le chocolat. Quatre acteurs familiers de l'univers rohmérien figurent aussi au générique : Rosette, Serge Renko (le héros de Serge Renko, ici en druide), Alain Libolt (dont on n'entend que la voix) et Marie Rivière, qui fait une furtive apparition (non créditée) au début du film...

    Conte d'Urfé

    Eric Rohmer évoque les similitudes entre L'Astrée et ses propres films : "Si j'ai eu envie d'adapter ce texte, c'est bien sûr que j'y ai retrouvé de nombreux motifs de mes films précédents. Par exemple, le motif central de la fidélité. Le thème est quasi-constant dans Ma nuit chez Maud aussi bien que dans Conte d'hiver, dans La Collectionneuse comme dans Les Nuits de la pleine lune. Mon unique pièce de théâtre, Le trio en mi bémol, est construite sur un suspens analogue à celui de L'Astrée. On y voit le personnage s'obstiner, de façon aussi folle que Céladon, à ne pas prononcer le mot qui déclencherait la phrase qu'il attend de son amie. Car cette phrase ne doit venir que d'elle."

    L'arbre, Rohmer et la Cinémathèque

    La nature tient une place très importante dans Les Amours d'Astrée et de Céladon. "(...) mon regard de cinéaste était sans cesse sollicité par la liberté de la nature", explique Eric Rohmer. "Par exemple, j'ai beaucoup aimé filmer le vent et je me suis accommodé d'une météo souvent maussade. Il fallait parfois attendre que le vent se lève et cette attente me plaisait. La nature me permettait à la fois d'être dans l'époque et d'en sortir. D'un côté, le vent faisait flotter les vêtements, en particulier les écharpes, exactement comme dans les gravures de l'époque ; et de l'autre, la splendeur de cette nature vierge conférait au récit une dimension intemporelle." Le réalisateur s'est inspiré de grands anciens : "J'ai été formé par le cinéma muet. A la Cinémathèque. Et je pense que le cinéma a tout intérêt à puiser dans sa propre archéologie (...) le grand maître du sentiment de la nature reste bien sûr Griffith. C'est le premier à être parvenu à enregistrer le mouvement de la nature et à nous en restituer la beauté. "

    Ne cachez pas ce sein...

    Eric Rohmer parle de l'érotisme du film : "C'est celui du texte, ni plus ni moins. Je n'aime pas du tout les metteurs en scène, en particulier au théâtre, qui prennent leurs aises avec des textes classiques et rajoutent des nudités où il n'y en a nul besoin. Quand Honoré d'Urfé écrit que l'une de ses héroïnes dévoile un sein, je le suis à la lettre, sans en rajouter. Mais la nudité n'est pas proscrite chez Honoré d'Urfé, pas plus qu'elle ne l'était dans la peinture du temps. Je n'avais donc aucune raison de la proscrire. Le texte est d'un érotisme délicat et subtil, et il fallait le représenter avec la même légèreté. Et je me suis aperçu que je pouvais montrer au cinéma des choses qui deviendraient peut-être vulgaires, voire graveleuses, si on les racontait avec des mots d'aujourd'hui. La montée du désir, par exemple. Mais " L'Astrée " n'est pas un texte libertin. Ni un texte pervers."

    Les lieux du film

    L'action du livre L'Astrée se situe dans le Forez, une ancienne province française qui correpond à une partie de Loire et une partie de la Haute-Loire. Mais le cinéaste n'a pu y tourner son film, considérant que que ce lieu est aujourd'hui "trop peuplé et trop abîmé par l'industrialisation". On peut d'ailleurs lire cette information pendant le générique de début du film. Le film a donc été tourné en Auverne (dans les gorges de la Sioule) et dans le Val-de-Loire. Rappelons que dans L'Arbre, le maire et la médiathèque, Arielle Dombasle et Fabrice Luchini s'opposaient, au nom de la défense de l'environnement, à la construction d'une médiathèque dans un village...

    "Hitchcock, Lang et moi"

    Le réalisateur revient sur certains motifs récurrents dans son films : "Je me considère toujours comme un cinéaste hitchcockien. Or qu'est-ce qu'Alfred Hitchcock, sinon un créateur de formes ? Je ne prétends pas créer des formes comme lui, mais je constate que les motifs géométriques sont toujours très présents dans mes films. On les retrouve également chez Honoré d'Urfé, et j'ai cherché à conserver ici l'omniprésence de la figure du cercle, avec la clairière, celle de la spirale, avec le labyrinthe, ou celle du triangle, avec la hutte. Ce n'est pas quelque chose de volontaire, ce serait artificiel et sans intérêt, mais ce film s'organise autour de ces grandes figures géométriques, comme tous mes films précédents, avec l'intervention décisive du hasard (...) J'ai remarqué aussi dans " L'Astrée " les mouvements d'attraction et de répulsion, un motif constant chez Fritz Lang, autre créateur de formes. Et je veux bien que l'on dise que ce film est mon Tombeau hindou!"
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