critiqueouverte
0 abonné |
Lire ses 5 critiques
|
4 - Très bien
Alors qu’il joue à cache-cache avec ses camarades, un petit garçon entre dans une masure abandonnée où il trouve une radio qui fonctionne. Muni de son nouveau jouet, il poursuit sa visite avant de se mirer dans une flaque d’eau de laquelle surgit son double qui l’entraîne de l’autre côté du «miroir». Des années plus tard, Juan (Javier Gutiérrez) et Soña (Leonor Watling) emménagent avec leur fils dans cette même maison. Un soir, ils entendent des voix étranges provenant de la chambre de leur fils, via le baby phone. Effrayé, Juan décide de remplacer le moniteur audio par un moniteur visuel, et c’est là qu’il s’aperçoit qu’un inconnu est bel et bien présent dans la chambre de l’enfant. Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est que l’étranger semble être sur le point d’assassiner toute sa famille.
Toujours dans le flou et dans l’étrange, Álex de la Iglesia livre ici un nouveau chef-d’œuvre de l’angoisse qui réunit toutes les conditions du bon film d’épouvante : une maison au passé trouble, un jeune couple tout juste parent et un moniteur pour bébé qui capte des interférences pour le moins inquiétantes. Voici donc le prototype même du film fantastique réussi ; il est impossible de définir les frontières du réel, de même que l’on ne peut pas situer avec précision le moment où l’on a basculé au-delà de la réalité. Réalisée dans le cadre de la minisérie «Películas para no dormir», La Chambre de l’enfant est davantage une nouvelle cinématographique qu’un long-métrage à proprement parler. Mais cela n’enlève rien au charme ni à l’ambiance du film. Au contraire, les évènements doivent ainsi se succéder très rapidement, ce qui ne laisse jamais de temps au spectateur pour souffler. D’emblée, Álex de la Iglesia happe son public dans un monde fantastique et redoutable où l’angoisse, la peur parfois, règne en maître sans interruption. Les plans caméra sont par ailleurs d’une justesse telle que l’on pourrait se mettre à la place du personnage principal, Juan. On tremble avec lui, on veut savoir sans en avoir vraiment envie, la curiosité nous pousse à aller plus loin avant d’être chassée par le repentir d’avoir vu ce qu’il ne fallait pas voir. Le réalisateur opère avec subtilité en s’appuyant sur un scénario à l’apparence bateau, si bien que le spectateur en vient à se poser les mêmes questions que le héros. Ne valait-il pas mieux rester en dehors de tout ça ? Mais n’est-il pas plus terrible encore de se dire que l’on a vécu en parallèle d’une telle mascarade sans jamais l’avoir su ?
Il faut ajouter que l’atmosphère étouffante du film est clairement renforcée par la prestation très convaincante d’acteurs doués et simples à la fois. Javier Gutiérrez possède un talent remarquable en ce qui concerne ses changements de physionomie et autre psychologie, de même que Leonor Watling bluffe de par sa capacité à retourner sa veste – la seule qui semblait inatteignable est en fait une victime comme les autres. Le spectateur ne peut plus s’accrocher à rien dans ce monde corrompu et se retrouve dans l’obligation de se laisser porter par une narration aussi surprenante que perturbante.
La Chambre de l’enfant prend certes l’apparence d’un conte, mais elle est bien digne des plus grands maîtres de la vague fantastique espagnole. On parlait de «películas para no dormir», attendez-vous à avoir du mal à fermer l’œil cette nuit.
Ajoutée le 21 juil. 2011 à 16h17
Signaler un abus