Pour son premier long métrage, Andrea Arnold ancre son décors dans les "Red Road Flats". Ces tours, aux portes de Glasgow, autrefois promesses de grandeur et de modernité, portent aujourd’hui le poids de leur déclin. Dans leur verticalité blessée s'exilent ceux aux peines passées, devenant la synthèse des maux sociétaux et des thèmes traversés par le récit.
Au cœur de ce tableau morne, Jackie, héroïne hantée et enfermée dans un quotidien fait d’écrans et d’observations, s’engage dans une quête initiée par la loi du Talion : se confronter au responsable de sa tragédie.
La caméra opte pour des cadres serrés et des mouvements nerveux, portée à hauteur de ses regards et de ses blessures, épousant son enfermement intérieur. Les écrans de contrôle qu'elle scrute jour après jour ne sont pas de simples outils d'observation : ils incarnent son besoin de maîtrise sur un monde qu'elle ne peut plus toucher, mais seulement contempler.
La lumière naturelle, crue et froide, s’impose comme une vérité nue, acceptant l’âpreté de l’environnement. Mais loin de réduire le film à une chronique austère, Andrea Arnold insuffle à chaque plan une signification, comme si l’image elle-même portait le poids d’un passé.
La narration, fragmentée, avance par touches, laissant au spectateur le soin de recomposer le puzzle. Le scénario, faussement minimaliste, prend des allures de thriller intime. Mais loin des codes du genre, il privilégie une lenteur méditative, où le mystère n'est pas un artifice.
Kate Dickie, dans le rôle de Jackie, habite cette douleur et ses mystères par sa retenue et ses micro-expressions.
En somme, un film totalement dans la droite lignée du Dogme 95 fondé en 1995 par les réalisateurs danois Lars von Trier et Thomas Vinterberg. Ce manifeste avait pour but de purifier le cinéma en rejetant toutes artifices.