L'un des cinéastes les plus doués de sa génération et en même temps, l'un des plus "borderline", observateur cynique de son temps et auteur d'une oeuvre insolente aujourd'hui passé à la postérité. Pour son premier chef d'oeuvre, il ne pouvait trouver meilleur cadre que Monaco, monarchie de pacotille grouillant de parasites mondains, comme terrain d'action d'un faux aristocrate, ridicule jusqu'à l'absurde, effrontément hypocrite, aveuglé par son goût des femmes et, dans les moments critiques, d'une lacheté méprisable. Von Stroheim en assure d'ailleurs lui-même l'interprétation, se délectant de ces rôles de salaud dont il se fera une spécialité. En total décalage avec ses homologues réalisateurs oeuvrant, comme lui, à Hollywood, l'univers de Von Stroheim est radical, desespérant de bassesse humaine, peuplé d"anti-héros jubilatoires et flamboyants, tandis que les chantres de la morale et de la bien pensance brillent, quant à eux, par la médiocrité de leur condition et la fadeur de leur tempérament. On ne s'etonnera donc pas des légendaires relations explosives entre le cinéaste frondeur et des studios bien plus enclins à promouvoir des modèles positifs et consensuels. D'ailleurs, Pendant le tournage de Boulevard du crépuscule, Billy Wilder dit à Von Stroheim : "Vous savez pourquoi vous avez été incompris ? Parce que vous aviez dix ans d'avance". Von Stroheim lui répondit : "non, vingt ans".