stebbins
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5 - Chef d'oeuvre
Tintarella di Luna est à Gaspar Noé ce que Eraserhead est à David Lynch. Un OVNI unique en son genre fondé sur l'atmosphère organique qui s'en dégage. Ce premier essai, d'une injuste rareté ( aussi bien sur le plan de l'originalité que sur le plan commercial ) est un chef d'oeuvre du cinéma indépendant. Plus calme en apparence que les autres films de son auteur, Tintarella di Luna est pourtant marqué par les obsessions de Noé : la sexualité y est déjà liée à la mort, l'animalité des personnages est frappante. Le court ( trop court ! ) commence par une plongée envoûtante dans une sorte de terrier, plongée accompagnée de la magnifique musique de Bach ( on retrouve peut-être un hommage discret au Miroir de Tarkovski, confirmé par la scène du bègue...). Ce plan d'ouverture atmosphérique, charnel, prend tout son sens à la fin du métrage, lorsque le personnage du machiniste apparaît au bord du gouffre d'un décor rocailleux. Ici, la mise en abîme n'est pas affaire de distantiation mais de nihilisme : l'humanité tout entière est un concentré d'abjections, et Gaspar Noé en a probablement la certitude. Cela dit, le réalisateur porte un regard presque attendrissant sur son personnage féminin qui, sur son chemin, rencontrera la mort. Tout le cinéma de Noé est déjà dans ce petit chef d'oeuvre : bande-son complexe, esthétique brute et pessimisme poétique. Tintarella di Luna est une déchirante histoire d'amour, un poème viscéral fascinant. La mise en scène magistrale est des plus marquantes. Pourquoi ce " grand petit film " n'existe t-il pas en DVD ? Un incontournable.
Ajoutée le 10 juin 2008 à 11h55
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