A 15 minutes de la fin du film, je notais trois défauts importants et qui m'avaient gêné pour apprécier pleinement le film. D'abord, Robbie enchaînait les imbécilités lors de la journée sur laquelle s'ouvre le film. Ça en devenait ridicule, certaines étant trop grossières pour ne pas interroger le spectateur. Ensuite, il me semblait que le film s'apitoyait sur le sort de Robbie parti à la guerre à cause d'un mensonge, alors qu'il y a des tas d'autres gens qui sont partis à la guerre. Je ne voyais pas en quoi tout cela était si dramatique, qu'il y ait une raison d'aller à la guerre, comme si on voulait me faire croire qu'il était mort à cause de Briony et pas à cause des nazis. Enfin, je trouvais que certaines scènes étaient un peu top tire larme, notamment à Dunkerque. J'en venais à me dire que le film se décomposait en deux parties: les scènes où la musique est excellente, rythmée et pleine de bruit de machine à écrire, scènes qui sont très réussies, et les scènes à la musique lancinante qui me semblaient nettement plus faible. J'ajouterai que la scène avec le soldat français blessé était un peu inutile.
A côté de cela, il y avait énormément de qualité, notamment la narration avec des tas de flash-backs, la photographie, les travellings... Bref il y avait de quoi être impressionné. Il y avait une belle histoire, un beau film mais rien de transcendant et des défauts majeurs.
Et puis viennent les quinze dernières minutes. Elles invitent à reconsidérer tout le point de vue à travers lequel on a vu le film, les scènes de guerre sont tire larme parce qu'elles jaillissent de la culpabilité de Briony. Quant aux scènes entre Robbie et Cecilia on peut s'interroger sur leur part de réalité. La scène où il rédige la lettre prend un autre sens, la scène dans la bibliothèque aussi. C'est tout un désir enfoui qui ressurgit. Ce qui est magnifique c'est la façon dont Wright intègre son twist, le prépare, d'abord avec l'omniprésence de la machine à écrire dans la bande-son ou en mettant dans la bouche de Cecilia les mots de Briony, en confrontant constamment la vision du réelle de Briony et celle des autres. Les divers défauts disparaissent puisque on découvre que le cœur du film n'est pas celui qu'on croyait, il ne s'agit pas d'une histoire d'amour. D'un mélodrame dans une riche famille anglaise. Non, il s'agit d'un film sur la subjectivité de notre rapport à la réalité, raconté d'une façon à renforcer encore cette subjectivité en la faisant pleinement ressentir au spectateur qui ignore jusqu'au bout le point de vue depuis lequel il perçoit l'histoire. C'est un film sur l'inéluctable, le passé qui ne peut plus être révolu et le pouvoir amirable mais aussi dérisoire de l'art. Un éloge de l'art mais aussi une critique de ce qui ne peut changer la réalité juste la transfigurer.