Un premier film qui joue avec les genres (thriller, fantastique), mais se démarque vite de toute référence, pour dresser à sa manière, plus immersive que spectaculaire, un troublant portrait de femme. La mise en scène impressionne par son élégance et la beauté de ses images ; l’histoire, elle, ressemble à un conte plein de mystère, où il nous faut remplir les blancs, mais où la tension est sourde et permanente. En effet, ici, tout est dans la nuance : l’intrigue avance à pas feutré dans cette neige épaisse qui recouvre les lieux et semble vouloir submerger la demeure de pierres où s’est isolée l’héroïne, comme échouée au cœur d’une épaisse forêt de sapins. Camille est une femme à la fois refermée sur elle-même (elle n’arrive pas à quitter cet endroit chargé d’un souvenir traumatique) et ouverte au fantasme (la relation ambiguë qu’elle va nouer avec un garçon fantomatique). Hélène de Fougerolles fait preuve d’une richesse de jeu insoupçonné dans ce rôle d’une mère meurtrie qui se réinvente un enfant. Se fait-elle manipuler ou au contraire vampirise-t-elle ce jeune garçon évanescent ? Et d’ailleurs existe-t-il vraiment ? D’où vient le danger : de l’extérieur ou de l’intérieur ? Le réalisateur détourne les ressorts classiques de thriller fantastique pour se livrer à une étude de caractère qui préfère l’évocation poétique d’un monde intérieur à l’énonciation psychologique - les états de la nature où évolue l’héroïne en disent plus long que les rares dialogues. Entre la neige épaisse qui englue les personnages dans l’incommunicabilité, la dimension féérique d’une forêt ensevelie sous son manteau blanc qui délimite le terrain imaginaire où se rencontrent Camille et de l’enfant, la tempête de neige qui accélère le processus d’isolement de l’héroïne ou le dégel qui marque son retour à la vie – ou son désenchantement, le film instaure un dialogue puissant et complexe entre les personnages et leur environnement, et ce grâce à un superbe travail de direction artistique. Cela permet au cinéaste d’aborder avec subtilité les thèmes de la maternité et de la résilience, en étant plus dans l’évocation d’un sentiment intime et secret que dans l’analyse littérale, de manière à laisser le spectateur libre d’interpréter le récit comme un retour à la vie ou comme une plongée dans la névrose (la fin est particulièrement ambigüe)... Superbement mis en image, « Sommeil blanc » est un film envoûtant à l’univers original, tout en demi-teintes (on peut éventuellement le rapprocher aux «Innocents » de jack Clayton). Rien de tonitruant (le récit est minimaliste), mais un sens du mystère, une gestion de la tension dramatique et une capacité à nous faire pénétrer dans la psyché de son héroïne qui impressionnent et marquent sans nul doute l’éclosion d’un réalisateur singulier.