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    Death in the Land of Encantos
    Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Death in the Land of Encantos" et de son tournage !

    Festival de Venise

    Death in the Land of Encantos a reçu la Mention Spéciale du Jury Orizzonti à la 64ème Mostra de Venise

    Conditions extrêmes

    Le film a été tourné dans des conditions extrêmes, au lendemain du typhon Durian qui a frappé le centre des Philippines fin novembre 2006 : le réalisateur est alors tout d’abord allé seul sur place, avec sa caméra DV, pour témoigner de la situation.

    Lieux de tournage

    Lav Diaz connaît bien la région de Bicol. Une grande partie du film inachevé HEREMIAS, LIVRE DEUX a été tournée dans cette région d’août à octobre 2006. Le typhon a dévasté bon nombre des lieux où il a tourné. Il dit à ce propos :

    "Quand je suis arrivé là-bas, j’y ai trouvé l’enfer. L’odeur de la mort était partout. Ce n’était que dévastation, destruction, folie, douleur, tristesse, intolérable souffrance, désarroi absolu. Des villages entiers avaient disparu, des centaines de personnes avaient été ensevelies vivantes, des centaines d’autres étaient portées disparues. Pompéi. Pire que l’éruption du volcan Mayon de 1814. Je n’avais qu’à viser et déclencher, tout faisait partie de la tragédie, elle était partout. Je tournais en silence, en essayant de donner sens à ce désastre. A l’époque, un documentaire prenait forme, qui suivait une sorte de trame inconsciente : j’allais voir les lieux où j’avais tourné, revoir les amis. « C’est ici que nous avons tourné telle scène, nous avions placé la caméra là. » A présent, les arbres ont disparu, la route s’est changée en torrent. « L’acteur principal marchait là, nous le suivions. » La route n’est plus, elle est recouverte de sable et d’énormes rochers, certains plus grands que les cabanes de bambou locales, dont on se demande comment le typhon a pu les déplacer jusque-là. « Plusieurs scènes se déroulaient dans cette maison. » Une moitié de la maison a été emportée, le propriétaire dit qu’ils ont tous failli se noyer. Je rejouais les mouvements d’appareil, j’imaginais que les personnages étaient encore là, comme si je faisais une deuxième ou une troisième prise de la scène. C’était un exercice extrêmement déprimant. Je pensais organiser des juxtapositions : des scènes des deux films, et les traces de la catastrophe dans les décors où nous les avions tournées, et bien sûr, la tragédie telle que l’exprimaient les gens que nous interrogions, et ceux qui avaient participé aux deux films. C’était la mise en scène initiale du projet : un exercice de tourné-monté dans ma tête."

    "De retour à Manille après une semaine de tournage, j’ai regardé le matériel. C’était très douloureux. Je n’en dormais plus. J’ai décidé de changer d’approche, en mêlant documentaire et fiction. J’avais déjà une histoire en tête et j’en ai écrit les grandes lignes. Nous avons contacté trois acteurs de théâtre, Roeder, Perry Dizon et Angeli Bayani, deux non professionnels locaux, le peintre Dante Perez et Sophia Aves, pour les rôles principaux. Je leur ai dit que nous improviserions. J’ai choisi quatre personnes pour travailler avec moi au son, à l’organisation et à la photo. Je faisais l’image. Une toute petite équipe."

    Ecriture

    Pour tous ses films, Lav Diaz a l’habitude d’écrire ou de réécrire le scénario au fur et à mesure du tournage. Généralement il écrit la nuit et fait lire à ses acteurs le scénario de la journée au petit matin.

    Une première version

    Il y avait une première version de sept heures que Lav Diaz a entièrement détruite, insatisfait de ce qu’il appelle « le piège maléfique du montage automatique ».

    Côté fiction

     A propos de l’introduction de la fiction dans son film, Lav Diaz dit :

    "Ajouter la fiction est devenu impératif, car je voulais un discours plus ample ; l’énigme du majestueux et imposant volcan Mayon, un des acteurs principaux de DEATH IN THE LAND OF ENCANTOS, est une métaphore parfaite de la beauté, de la nostalgie, de l’amour du pays, de la corruption, du pouvoir, de l’humilité, de la mort, de la destruction, de la rédemption, de la vérité, de la thèse de la douleur et de la souffrance comme vérités majeures de l’existence. La décision d’inclure de la fiction est une décision esthétique. Très personnelle, aussi. Je pense qu’un « simple » documentaire serait très fort, mais ma peur de le faire remonte au film sur les enfants des rues, et à l’inachevé NIGHT OF ALICE. Je me suis vu comme un intrus, un envahisseur, un opportuniste spéculant sur les malheurs des autres. Je ne voulais pas revivre cette culpabilité. Je voulais aussi expérimenter une certaine forme, et mieux contrôler la direction de son contenu. Donner de l’équilibre. La fiction vous place à de nombreux niveaux : observateur, critique, philosophe, créateur empathique, participant, poète souffrant, homme qui perd tout. Vous créez des personnages et leurs histoires. La fiction a en quelque sorte changé l’axe de ma caméra. Tourner les parties documentaires était comme travailler dans une zone de combats. C’était la réalité. Ni « si », ni « mais ». On pouvait sélectionner les plans, les personnes avec qui parler, mais c’était la réalité. On voyait des choses mais sans savoir ce qui allait frapper. L’expérience de l’immersion, ou la douleur de l’immersion, est caractérisée par l’inconnu. L’incontrôlable. Parfois, c’était si immédiat que cela échappait à notre contrôle. Nous nous mettions à pleurer. Avec la fiction, il y a du contrôle. On écrit un synopsis, des dialogues, on parle avec les acteurs, on répète, on choisit les axes. On prépare. Mais pendant les prises, quand les acteurs sont eux-mêmes en immersion, une autre dynamique s’installe. Et de la même manière, nous nous mettions parfois à pleurer quand une scène nous frappait. Avec la fiction, on détruit tous les coussins protecteurs de l’homme à la caméra irresponsable qui enregistre, tourne les talons, rentre chez lui, monte les scoops et attend la catastrophe suivante, et pour qui l’enregistrement du malheur est un simple job."

    Images non montrées

    A propos des images non montrées, Lav Diaz explique :

    « J’ai tourné 30 heures. Je tournais sans arrêt, les lieux dévastés, j’interviewais des gens… A la fin, j’ai écarté toutes les images où l’on voyait des morts. J’avais emprunté du matériel à des gens au tout début, car en une semaine, tout avait disparu, les cadavres avaient été évacués. Le film parle de la mort.

    La mort rôde sur tout, on la voit, on la sent : inutile de montrer des cadavres. C’est une question de fond : il s’agit de combiner la métaphore et le réalisme avec plus de force. Dans les parties documentaires, les gens parlent, et le spectateur peut voir le silence, la dévastation. Une histoire sur la mort, plutôt que le spectacle de la mort. Il s’agit de la rendre présente dans la trame générale. »

    Inspiration

    Lav Diaz a été inspiré par une phrase tirée des « Elégies de Duino » de Rainer Maria Rilke : « La beauté est le commencement de la terreur ». Elle illustre pour le cinéaste le danger de l’art :

    « Parce qu’on cherche la beauté. La recherche de la beauté, de la vérité, la représentation et la recherche des impressions : cette recherche est dangereuse si elle ne s’attache pas réellement à la vérité et à la beauté. Beaucoup de travaux de création l’évitent, ne serait-ce que dans le cinéma, où circulent des tas d’idioties animées par la seule vanité. Je parle des dangers de la recherche de la beauté. Il faut beaucoup de prudence, le résultat peut être le contraire de la vision artistique, et fausser la relation au spectateur. Regardez le cinéma « industriel » : tout y est faussé, il fuit la réalité.

    C’est de cela qu’il s’agit : de la beauté et du divertissement per se, car beaucoup de gens considèrent l’art comme un divertissement. C’est en soi une erreur que de ne pas voir l’art comme un mouvement vers la vérité, la justice, pour une plus haute beauté. Tout transpire la vanité, le goût de l’argent, le désir d’être célèbre et de faire fortune. La métaphore du volcan Mayon, aussi beau que destructeur, s’applique à tout, aux problèmes de notre culture, aux problèmes de l’art. Cette phrase de Rilke est très honnête, très puissante. Dans mon premier montage, je l’avais placée en tête du film, ensuite, je l’ai supprimée. Je n’ai pas à imposer la pensée de Rilke, mais à en faire faire l’expérience. Je n’avais pas à citer cette phrase, elle est là. »

    Sortie salles

     La sortie en salles a fait l’objet d’une restauration et remasterisation à partir des seuls éléments sources disponibles, à savoir des mini-DV, le film ayant été tourné sur ce support, dans des conditions extrêmes, compte tenu de l’urgence et de la nécessité de la situation aux yeux du réalisateur. C’est consciente de ces difficultés techniques, nombreuses en post-production, que la société de distribution du film a néanmoins tenu à présenter DEATH IN THE LAND OF ENCANTOS, parce qu’elle considère le film à la fois comme une œuvre cinématographique majeure et un témoignage essentiel.

    Présentations

    Le film a reçu la Mention Spéciale du Jury Orizzonti au Festival de Venise en 2007, et a également été présenté au Festival de Rotterdam en 2008. Il fera l’objet d’une avant-première exceptionnelle, en présence du réalisateur, les 7-8-9 novembre à Paris au Reflet-Médicis (le film sera projeté en trois fois, à 20h). Le film fera également l’objet d’une avant-première événementielle, diffusé en une seule fois, au Musée du Jeu de Paume le 1er décembre, à l’occasion de la Rétrospective Lav Diaz qui a lieu du 3 novembre au 5 décembre.

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