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"Un monde à nous" séduit par la force de sa mise en scène (un vrai sens de l’espace) et par sa capacité à mélanger les genres : thriller paranoïaque, étude psychologique, conte moderne… Le postulat de départ, simple et fort (un père paranoïaque vampirise son fils), ouvre la narration sur une série de motifs : la dimension pathologique des rapports familiaux, la violence comme rupture du lien social, la filiation vu comme la transmission d’une fiction, la révolte du fils comme une réappropriation de cette fiction (la belle fin où le fils devient le père de son père et accepte la fiction qu’il sait fausse)… Bref, une histoire simple et efficace qui ouvre sur une thématique riche. Deux problèmes viennent cependant amoindrir l’impact final de l’œuvre : tout d’abord un scénario un peu trop scolaire - dès le début on sait que le père ment et son comportement est très prévisible (contrairement aux fictions paranoïaques d’un Roman Polanski, le spectateur n’est jamais affecté par la paranoïa ambiante), on regrette aussi que le caractère trouble de la relation père-fils soit seulement esquissée (on ne ressent jamais de vrai malaise dans cette étouffante entreprise d’aliénation), et le fils manque d’ambiguïtés (le côté club des 5 avec ses camarades de classe amenuise la complexité du personnage). Comme en écho à ce manque d’audace scénaristique, il y a le côté un peu trop lisse du casting (ou de la direction d’acteur) : même s’ils s’en tirent honorablement tous les deux, jamais Edouard Baer et Anton Balekdjian n’apportent de vraie densité à leur personnage, jamais ils ne nous entraînent dans leur folie – elle reste très cadrée. Résultat : le film qui commence très bien finit par nous frustrer en restant à la surface de son sujet, beaucoup trop sage. Mais il ne faut pas pour autant bouder le plaisir de voir naître une voix singulière dans le paysage cinématographique français et ce deuxième film comporte suffisamment de qualités pour attendre avec impatience un nouvel opus, plus frondeur on l’espère.
Ajoutée le 17 oct. à 12h12 Signaler un abus
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