Avec "Cherry Blossoms", qui a fait le tour des festivals internationaux, Dorris Dörrie nous fait partager une douce histoire d'amour à mort, impossible et chuchotée. Si l'austérité des paysages s'installe parfois un peu trop dans l'atmosphère sordide du film, la subtilité de la mise en scène et des acteurs donnent au film un charme particulier, entre naïveté fragile et nostalgie déchirante. Le scénario n'est pas une révolution en soi (un homme ayant perdu sa femme décide de réaliser le plus grand désir de la défunte, partir visiter le Japon), le voyage initiatique ne prend pas ici un tournant novateur, mais la simplicité et le refus d'en faire trop dans la mise en images offre au film une modestie qui s'accorde merveilleusement à sa sincérité artistique - et humaine - . Images de chats errants dans la rue comme d'un dernier soir, balade d'ombres sur le sable à l'approche de la mort, filtres accidentés sur les remous d'une mer déchaînée pour symboliser la disparition, écroulement du rythme narratif après le drame, plans symboliques, rapprochement des personnages par des liens très théâtraux (la belle scène entre la SDF et le veuf), Dorris Dörrie joue à fond la carte du film d'auteur où l'histoire prend signification dans la base de ses multiples allégories, de ces imageries mi-amères mi-poétiques qui s'enchaînent et s'enchevêtrent. La fascination de la cinéaste face aux terres nouvelles, et particulièrement à la culture asiatique, piégée entre le désir de rester enraciner dans ses propres traditions et le besoin culturel d'un renouvellement, est d'une profonde sagesse. La beauté desespérée qu'elle met en scène, comme une dernière valse avant l'inéluctable, plus avec les gestes que les mots, sont le reflet de l'amour, passionné, total, mais tristement éphémère. La fin, succession de scènes très fortes et émouvantes, filmée comme dans un horizon gelé, a la force d'un grand mélodrame aux résonnances souvent acides, pas assez percutantes quand la cinéaste décide de s'imm