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Adresser un témoignage simple, dans la «vraie vie», revient à transmettre un savoir à un autre, procède au partage univoque d’un mystère. Adresser un témoignage au spectacle, amplifie le phénomène est, plus que de délivrer un secret à quelqu’un, le distribue à toute une masse de spectateurs. Celui qui témoigne au cinéma, témoigne en puissance aux yeux du monde. «Z32» (Israël, 2008) d’Avi Mograbi enregistre deux témoignages, celui d’un ex-soldat israélien dont la troupe avait tué deux policiers palestiniens en mission, et celui du cinéaste qui loge dans son film la révélation de ce soldat. Pour pallier à ce soucis éthique qui fait souvent du cinéma le lieu de refuge des criminels, Mograbi recouvre le visage du soldat et de sa petite amie d’un masque numérique. S’évite toute délation. La présence des masques ne se révèle occasionnellement que lorsque celui qui en porte vient à passer son bras devant son visage. Les trous conservés pour les yeux et la bouche laissent apparaître les morceaux du bras. Mograbi, en actualisant le principe du masque (aussi daté que la tragédie) saisit l’occasion offerte par les effets numériques pour figurer, au niveau crucial du visage, l’altération des identités. A mesure que le témoignage du soldat inconnu se développe, le masque présente une vraisemblance plus ou moins marquée. A travers l’effacement de la trace humaine derrière une reproduction de celle-ci, s’accomplit un lien entre Mograbi et le «Waltz with Bashir» d’Ari Folman. A la différence que Mograbi ajoute une strate supplémentaire dans le jeu des perspectives puisqu’il ponctue son film d’apartés, de zones de respiration dans lesquels le cinéaste discours sur sa réflexion du film. Non pas que «Z32» soit aussi capital que «Waltz with Bashir», mais il déploie un pli singulier où l’auteur joue la pensée de l’art. Les délibérations caustiques et parfois liturgiques sur les choix du film accomplissent pleinement la nature théâtrale du dispositif des images.
Ajoutée le 04 oct. 2009 à 23h23 Signaler un abus
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