Le base-ball, à part les Américains, ça intéresse qui ? combien de bides hors des frontières US pour des films ayant pris pour thème ce sport qui nous paraît, à nous Européens, du moins Français, assez obscur. Alors quand on y ajoute de l'économie et de la science par ordinateur, techniquement, ça ne peut pas donner un film viable.
Et c'est pourtant ça, le Stratège, et sa réussite provient de sa capacité à rendre captivante une histoire qui a tous les boulets à ses pieds pour la freiner et la rendre indigeste. Mais Bennett Miller s'attache avant tout aux personnages, Brad Pitt en premier lieu, de tous les plans, magistral, soutenu par des cadors (Jonah Hill, PS Hoffman, à la même hauteur de jeu). Ce n'est pas pour coller à la réalité (c'est tiré d'une histoire vraie) que Miller fuit les terrains et le sport lui-même, avant d'y céder, par obligation, dans sa dernière partie, et ce n'est jamais autant passionnant que quand il ne s'agit pas de base-ball, mais dans l'opposition d'un monde à un autre, où l'économie se joue parfois à des physiques avantageux ou un comportement hors du stade.
Le Stratège diffuse une émotion inexplicable, où se mêlent nostalgie, frustration et sentiment de victoire intérieure. Avant d'être un film sur un changement majeur dans l'appréhension d'un sport, il est le portrait d'un homme porté par des convictions qui redonnent ses lettres de noblesse à l'humanité, au sens de qualité.