Si ses Hauts de Hurlevent ne m'ont pas ravi subjectivement, force est de reconnaître que le cinéma d'Andrea Arnold est un monstre d'efficacité rêche et brutal. Son Fish Tank en 2009 était déjà une première affirmation redoutable de la réalisatrice sur son registre fétiche : le film social britannique. Ayant obtenu un franc succès critique, Fish Tank a des chances de passer à la postérité et pour cause : c'est une histoire moyennement originale dans sa trame, mais diablement pertinente dans son propos et fichtrement dévastatrice dans sa portée émotionnelle. Commençons par le plus simple : la performance d'acteur. Kate Jarvis éblouissante, peu connue à l'international mais désormais on lui souhaite une carrière grandiose, et Michael Fassbender en pleine élévation, dans le rôle d'un séducteur qui préfigure sa futures prestation choc de Shame. Les personnages secondaires sont tous très bien desservis. La mise en scène ne semble pas chercher ici de métaphores en lien avec la nature, on a des plans brutaux qui s'enchaînent de manière palpitante, proche, réaliste comme jamais, implantant de la poésie dans les décors et les jeux des comédiens, occultant les longs silence des Hauts de Hurlevent pour insérer de la musique. La musique de nos jours comme exutoire, la musique comme havre de paix, comme cellule semi partageable mais jamais totalement. C'est une vision tout à fait lucide de tendances qui dépassent largement le cadre de l'Angleterre. Quant aux mœurs de ce pays, elles se retrouvent dans les maisons, les décors d'intérieur. Ces banlieues filmées au plus proche, tellement proche que l'on se prend en plein la poire ces façons de vivre crasseuses à la fois semblable et différentes des nôtres. Semblables parce que nous aussi on fait la fête, on cherche à s'envoyer en l'air sans l'assumer sauf que c'est moins voyant, en raisons des précautions plus aisément prises avec de plus gros moyens financiers. Dans Fish Tank les logis « carton-pâte » laissent filtrer tout les bruits, l'irresponsabilité des parents dues à de multiples causes les mènent à des excès déplorable...bref, on est en pleine peinture sociale rude et taillée dans le vif, une sorte de mise en relief d'un bouquin de Zola tel que Germinal ou la Terre. A la différence près qu'on nous expose des situations actuelles, pas du dix-neuvième siècle. En lien étroit avec tout ceci, de la violence retenue, sur le point d'exploser, construite par un mélange de haine et de passion dévorante, qui cependant trouve son chemin lors d'une séquence finale ahurissante, une sorte de viol métaphorique atroce, une vengeance animale et putride, qui saisit à la gorge autant qu'elle fait réfléchir. Une vision de Fish Tank laisse un arrière goût amer dans la bouche qu'il est difficile de négliger.