soniadidierkmurgia
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4 - Très bien
Palme d’or à Cannes en 1961, « Le Troisième homme » occupe une place à part dans l’histoire du cinéma mondial. Le film reconnu par le British Film Institute comme le meilleur film anglais de tous les temps n’est pas parvenu à se faire une place unanimement reconnue parmi les chefs-d’œuvre mondiaux. Il est vrai que Carol Reed, dont ce film demeurera le plus haut fait d’armes, n’a pas la maestria d’un Billy Wilder qui la même année fait scandale à Hollywood avec le sulfureux « Sunset Boulevard » qui mettait à mal l’usine à rêves. Que peut-on reprocher à Carol Reed qui bénéficie pourtant d’un casting de choix et d’un scénario en béton concocté par Graham Greene ? Sans doute un goût trop prononcé pour le clinquant et le tape à l’œil qui lui fait perdre souvent de vue la rigueur de l’intrigue. Fortement imprégné par l’expressionnisme allemand et Murnau, Reed multiplie à l’envi les prises de vue inclinées et les ombres portées inquiétantes courant le long des murs ruisselant de Vienne et de ses égoûts. En multipliant les hommages à ses metteurs en scènes favoris pour des clins d’œil quelques fois amusants comme celui à « M le Maudit » avec l’homme au ballon qui vient perturber la chasse à l’homme qui commence , Reed sacrifie un peu la cohérence de l’ensemble. Tout ceci fait que son film finit par ressembler à la Vienne de l’époque, une ville aux mains des occupants et, à la recherche de son âme perdue. Malgré toutes les critiques que l’on peut formuler à l’encontre du film notamment le peu de conviction mis par Reed dans l’histoire d’amour entre Joseph Cotten et Alida Valli, son film demeure envoûtant. Le trait de génie de Reed repose essentiellement sur deux noms : Anton Karas et Orson Welles. L’idée d’avoir tenu tête aux producteurs pour imposer la musique entêtante de Karas déclinée sur tous les tons pendant le film entier, montre une réelle intuition et une forte capacité à se battre pour imposer ses points de vue. Mais comme pour Brando avec Coppola dans « Apocalypse Now » la magie du film tient surtout en la présence ou plutôt la non présence d’Orson Welles . Le troisième homme dont tout le monde parle mais que personne n’a réellement vu c’est bien lui, Harry Lime, petit truand qui profite de cette période trouble pour prolonger un peu à sa façon le travail des nazis en sacrifiant des enfants à son trafic de pénicilline frelatée. Comme Brando 30 ans plus tard la carrure de l’acteur est telle qu’elle lui permet de réussir le tour de force d’occuper la place centrale du film avec un rôle mineur qui n'apparait que dans le dernier tiers du film. Enfin, nouveau trait de génie de Reed qui place dans la bouche de Welles à sa sortie de la Grande Roue du Prater la phrase d’anthologie suivante : "L"Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur, de meurtres, de carnage... Ca a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance.
La Suisse a connu la fraternité, 500 ans de démocratie et de paix. Et ça a donné quoi?
Le coucou". Le film se termine par une course poursuite folle dans les égouts de Vienne qui parachève de confirmer la filiation de Reed avec l’expressionnisme allemand et l’une de ses figures de proue, Fritz Lang. Si ce n’est pas du grand art ça lui ressemble quand même.
Ajoutée le 28 nov. 2011 à 07h50
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